L’assemblée générale du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux qui s’est tenue hier a permis à son président Allan Sichel d’aborder un certain nombre de sujets majeurs avant l’été. Les épisodes météorologiques de ces dernières semaines et les perspectives d’avenir de la filière étaient au cœur des sujets évoqués.

Lorsque le président du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB), Allan Sichel, a rédigé son discours destiné à l’assemblée générale du 16 juillet 2018, il ne savait pas encore que la France serait championne du monde ni que, le même soir, la grêle frapperait de nouveau le vignoble bordelais. La filière en était encore à finir d’évaluer les dommages des épisodes météorologiques des 21 et 26 mai derniers (7000 hectares impactés, dont la moitié affligée d’une perte de récolte de 80%) que de nouveaux orages se sont abattus sur le Bordelais pendant que les Bleus bataillaient à Moscou. Hier, Hervé Grandeau, président de la Fédération des grands vins de Bordeaux, avait encore du mal à donner un chiffrage précis des dégâts (on estime à 2000 hectares environ la surface touchée), mais les estimations étaient sans appel : « il y a eu plusieurs régions impactées, le sud Médoc vers Blanquefort-Parempuyre-Ludon, Bourg et Blaye sur la rive droite, mais aussi le Sauternais et la zone de Langon. Certaines communes ont été impactées à 100%, beaucoup de propriétés annoncent des dommages entre 50 et 80% du vignoble. Certains vignerons ont tout perdu. Après le gel de 2017 et la grêle de mai dernier, c’est une situation très préoccupante pour la filière, d’autant que nous assistons par ailleurs à une pression mildiou inédite qui va rendre ce millésime compliqué jusqu’au bout ».

Bordeaux Ambition 2025

Dans ces circonstances, il était difficile de se réjouir d’une victoire au football « qui est en mesure de rapporter +0,2 point de PIB ». D’autant que les chiffres annoncés par le président sont plutôt ceux du repli : « ce que nous avions anticipé est en train de se passer, la faible récolte 2017 vient directement impacter les volumes enregistrés en contrat d’achat qui sont en baisse de 18% à fin juin ». Malgré tout, les résultats à l’export sont toujours enthousiasmants sur les 12 derniers mois (chiffres du printemps) avec +3% en volume et +8% en valeur. La fin de l’année devrait tout de même se distinguer par un ralentissement sur ce segment également, « en attendant la disponibilité du millésime 2018 et l’espoir de l’arrivée d’une récolte plus abondante ».

Si la filière attend avec un mélange impatience et d’inquiétude les vendanges 2018, elle a déjà l’œil tourné vers un avenir plus lointain. Le plan stratégique Bordeaux Ambition 2015 se structure autour de six axes clairement définis hier en AG :
– L’ambition de développer la valeur et les volumes durablement (analyse de la demande sur les marché, plans de conquête, etc.)
– Une marque Bordeaux forte, lisible et visible
– Une stratégie digitale conquérante
– Un engagement dans une démarche RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises)
– Une filière mobilisée et engagée plus collectivement

L’aboutissement de ce plan Bordeaux Ambition 2015 passe notamment par une stratégie marketing renforcée, dont certaines composantes ont été exposées hier. Le digital y occupe une place de choix, avec un déploiement renforcé sur les sept marchés majeurs des vins de Bordeaux (France, Belgique, Royaume-Uni, Allemagne, Etats-Unis, Chine, Japon), une volonté d’aller chercher les jeunes consommateurs (Générations X et Y), et un développement accéléré de l’École du Vin de Bordeaux, qui célèbrera ses 30 ans en 2019. Une marketplace digitale ecoleduvindebordeaux.com et un focus sur les formations de professionnels sont dans les cartons.

L’essor du SME

Cette assemblée générale a aussi été l’occasion pour les équipes du CIVB de revenir sur le succès de Bordeaux Fête le Vin. L’édition du 20ème anniversaire a battu des records avec 62 000 pass dégustation commercialisés (+26%), 18 000 formations dispensées à l’École du Vin et plus de 520 000 dégustations proposées en 5 jours. La prochaine édition se déroulera du 25 au 28 juin 2020.

Enfin, l’autre axe majeur des vins de Bordeaux est celui de l’environnement. Avec une volonté d’engager 100% de la filière dans une démarche environnementale, le CIVB annonce qu’aujourd’hui ce sont 60% des opérateurs qui ont entamé une conversion vers une certification bio, biodynamie, AgriConfiance, Terra Vitis, HVE, AREA, etc. Les vins de Bordeaux entendent bien sûr mettre en avant le Système de Management Environnemental (SME), qui de 28 entreprises pilotes en 2010 est passé aujourd’hui à 800 entreprises engagées en 2018. 246 membres sont, à ce jour, certifiés Haute Valeur Environnementale (HVE) ou ISO 14001. Une avancée dont se félicite le président Allan Sichel, qui a profité de cette assemblée générale pour « saluer les initiatives prises par les viticulteurs et les négociants pour faire évoluer leurs pratiques avec l’objectif de restreindre le retour aux produits chimiques, engager le dialogue avec les riverains, d’agir en faveur de la protection de l’environnement et de porter une attention toute particulière à la proximité des sites sensibles ».