Comptant parmi les dernières maisons de champagne familiales, Henriot voit sa holding familiale ébranlée. Alors même que la marque enregistre une année de tous les records.

Nous vous annoncions la semaine dernière le départ de Thomas Henriot de la direction générale de la maison Henriot. Le seul élément officiel apporté depuis à la rédaction de Terre de Vins est qu’ « un recrutement est en cours et que la famille reste très mobilisée pour assurer le développement et la pérennité de Champagne Henriot ».

Malgré aucune réponse à nos appels, nous sommes en mesure de confirmer que, suite au décès de Joseph Henriot, des dissensions fortes sont apparues au sein de La Vigie, holding familiale qui possède Champagne Henriot ; Bourgognes Bouchard père & fils et William Fèvre ; crème de cassis Lejay-Lagoutte ; et domaine Ponciago en Beaujolais. Cette holding est actuellement présidée par Gilles de Larouzière, neveu de Joseph Henriot. Fin décembre, la divergence entre les différents blocs familiaux a conduit à la mise en minorité de Thomas Henriot et son éviction du poste de directeur général de la maison de champagne.

D’après nos informations et même si aucun des actionnaires n’a souhaité s’exprimer, ce sont au total 24 cousins qui détiennent le capital familial. Parmi eux, les 3 enfants de Joseph Henriot (Stanislas qui dirigea précédemment la maison de champagne, Thomas et leur sœur Mathilde) possèdent 40 % des parts, le nom, ainsi que la propriété de la marque Henriot.

Selon une source très proche du dossier, la branche des enfants de Joseph Henriot aurait affirmé faire corps et continuer d’assurer, même en situation minoritaire, une vigilance très pointue sur les mesures qui seront prises dans les prochains mois concernant la marque, sa production, sa distribution et sa communication.

Henriot, le bon élève de la classe champagne

Cet imbroglio est d’autant plus stupéfiant que tous les clignotants sont au vert pour Henriot.
La marque connaît une véritable explosion de ses ventes : + 10% à 23, 6 M€ en 2015, avec une belle performance en France, une reprise très nette du marché italien et désormais pas loin de 10 000 caisses vendues sur les marchés japonais et américains.

Côté marketing, les résultats confortent la stratégie de repositionnement et d’image, avec en 2015 la sortie en marché de deux cuvées ultra-premium que nous avons commentées et distinguées dans Terre de Vins : la 2e édition de la Cuve 38, un vin « intergénérationnel » inédit en Champagne, ainsi que la Cuvée des Enchanteleurs dans le célèbre millésime 2000.

La communication, axée sur un des descendants porteur du nom, ancrait le champagne Henriot dans l’univers devenu rare des maisons familiales, mais avec une image rajeunie (lire à ce sujet l’interview intégrale que Thomas Henriot livrait dans Terre de Vins de décembre 2015). Enfin, reconnaissance par ses pairs, le chef de caves Laurent Fresnet a reçu la distinction de meilleur vinificateur vins effervescents au monde par le International Wine Challenge.

Le successeur de Thomas Henriot aura désormais un double challenge : maintenir et développer l’image ascendante de la maison rémoise mais aussi incarner un nom tout en maintenant la cohésion des branches familiales actionnaires.