Dominique Piron
Dominique Piron

Dominique Piron, vigneron et négociant à Morgon, est devenu président d’Inter-Beaujolais, l’interprofession des vins de la région, le 13 juillet dernier. Il revient sur les atouts d’un vignoble en pleine mutation.

« S’il y a un pari à prendre sur une région viticole, c’est sur le beaujolais qu’il faut le faire », disiez-vous suite à votre prise de présidence. Expliquez-vous.
En dehors de la période tourmentée que nous traversons, nous avons beaucoup d’atouts notamment notre cépage gamay. C’est un cépage tout en fruit, joyeux, moins alcoolisé que d‘autres. Il s’accorde bien avec toutes les cuisines du monde. Nous proposons en plus un rapport qualité-prix extrêmement abordable. Ici, dès que les gens sont un peu organisés au niveau commercial cela fonctionne très bien. Nous avons de bons arguments pour la suite.

On oppose souvent les crus et le beaujolais nouveau. Que pensez-vous de ce débat ? Y-a-t-il une priorité à établir entre ces deux types de vins ?
En tant qu’Interprofession on se doit de représenter toute une région. Nous n’avancerons pas si on ne se réconcilie pas avec le mot beaujolais. Le gamay peut aussi nous permettre de jouer dans le registre des vins plus consistants, comme les crus (ndlr : Moulin-à-vent, Morgon, Chénas, etc.). Le « nouveau » a aujourd’hui retrouvé sa place, comme au début : ce n’est pas la tête du train mais un évènement sympathique quand arrive l’hiver. Pas plus.

Vous évoquez également une mutation sociologique dans le Beaujolais. Que voulez-vous dire ?
Ce n’est pas vraiment une crise que le Beaujolais a connu, c’est beaucoup plus que cela. Un cycle d’une cinquantaine d’années s’arrête. Maintenant, les crus prennent un peu le leadership, avec des investisseurs, des jeunes, qui montent au créneau. Il y a deuxième cycle que l’on n’a pas vu venir. Un cycle de 150 ans. Au milieu du XIXe siècle la ville de Lyon marchait très fort, tous les industriels ont investi dans le Beaujolais. Ils ne l’ont pas fait pour les vignes mais pour y passer des vacances, les week-ends. Des métayers s’occupaient des vignes. Les gens ont hérité de générations en générations. Il n’y pas eu d’investissements. Aujourd’hui beaucoup de choses changent de mains. Une histoire recommence à s’écrire.

A titre personnel, qu’est-ce qui vous a incité à prendre cette responsabilité ?
Je crois simplement à cette région. Et puis la scission des crus* m’avait hérissé le poil à l’époque. Je me suis dit que ce n’était vraiment pas la bonne solution. Nous avons tous le devoir de transmettre ce que l’on a mis du temps à apprendre. Si je peux apporter quelque chose, autant essayer…

* Fin 2014, l’organisme de gestion des crus du Beaujolais décidait de quitter l’Union des vignerons du Beaujolais.