(photo : Vins du Beaujolais)
(photo : Vins du Beaujolais)

Le gel a frappé deux fois ce printemps dans le Beaujolais, le rendant à la fois violent et précoce. Les zones les plus touchées se situent en plaine et bas de coteaux (à moins de 200 mètres d’altitude), plus particulièrement sur les appellations Chénas, Moulin-à-Vent, Beaujolais et Beaujolais-Villages (vers Belleville, Saint-Georges de Reneins et la vallée de l’Azergues).

C’est en pleine manifestation « Bien Boire en Beaujolais » que le gel a fait des siennes la première fois, avec des températures atteignant -5°C par endroit dans la nuit du 4 au 5 avril, puis s’est rappelé au bon souvenir des vignerons quinze jours plus tard.

La première salve fut la plus meurtrière, en raison d’une humidité latente ayant imbibé les bourgeons, et offrant une matière de prédilection au gel.

S’il est trop tôt pour évaluer l’ensemble des dégâts, le chardonnay s’annonce perdant face au gamay, quoi qu’il arrive. Le gamay est capable de produire des contre-bourgeons pouvant se révéler plutôt productifs, tandis que le chardonnay ne produira plus rien à partir du moment où le bourgeon a « cramé ». Un petit espoir persiste pour celles et ceux qui ont taillé tardivement : le bourgeon n’était pas encore dans le coton à la date des gelées, étant ainsi moins exposé.

Certains vignerons appréhendent une reproduction de ces phénomènes, plus violents et plus précoces que ceux qu’ils ont connu jusqu’à présent, quand d’autres se montrent pus fatalistes, appréhendant cet épisode à la lumière de leur expérience. Les années 1950 sont revenues en mémoire de plusieurs vignerons, pendant lesquelles les années belles et productives se sont succédées avant de laisser la place à des années plus ou moins meurtries d’un point de vue climatique. Dominique Piron se rappelle ainsi le gel de 1953, et Gilles Gelin se souvient de l’année 2003, où un épisode de gel similaire, en plus de sols très secs (ce qui est également le cas cette année) et du vent très fort (comme ces derniers jours, cassant encore quelques rameaux), avait annoncé un millésime qui s’est apparenté de fait à un catalogue d’aléas climatiques.

Si tout est cycle, y compris les phénomènes climatiques, la plupart des vignerons s’accordent toutefois à dire que les derniers incidents, quels qu’ils soient, ont tendance à être plus violents, et ce depuis 20 ans.
Aucun bilan définitif ne peut toutefois être dressé avant quelques semaines et même avant la fleur (entre mi-mai et mi-juin).
Espérons que les contre-bourgeons rattraperont un peu la mise pour 2019.