(Photos Marie Vidal Vigneron)
(Photos Marie Vidal Vigneron)

L’Aude viticole est en état de choc, après les pluies diluviennes qui se sont abattues sur le vignoble dans la nuit de dimanche à lundi.

Le département étant encore en alerte rouge crue, il est impossible actuellement de se déplacer et d’avoir une évaluation des dégâts. Entre les routes coupées et les ponts arrachés, il sera encore extrêmement difficile durant les jours à venir d’avoir un diagnostic exact de la situation. On sait à ce jour que l’Aude, en débordant, a endommagé les vignes situées sur ses abords, que Carcassonne et ses alentours ont été très touchés, tout comme AOC Cabardès, Malepère, Limoux, Minervois, ainsi que l’AOC Saint Chinian, mitoyenne dans l’Hérault. Villemoustaussou, Villegailhenc, Conques, Villardonnel, Floure et Trèbes sont les villes les plus touchées, selon le préfet. Selon Vigicrues, via l’AFP, il s’agit d’une crue d’un niveau sans précédent, de plus de 7 mètres, pas vue depuis 1891 dans la vallée de l’Aude.

Par son ampleur, cet épisode orageux diluvien rappelle celui des 12 et 13 novembre 1999, causant la mort de 25 personnes, touchant 200.000 personnes, avec une lame d’eau record de 620 mm en 48h et des crues centennales dans de nombreux cours d’eau, indique l’Observatoire France des Tornades et Orages Violents.

Frédéric Rouanet, président du syndicat des vignerons de l’Aude, recadre : « la priorité du jour sont les victimes, on ne peut rien dire aujourd’hui, et on ne peut pas se déplacer ».

La situation est à l’avenant dans l’AOC Minervois. Philippe Coste, son président, déclare : « la situation est très compliquée. La télé montre les personnes touchées, il y a aussi beaucoup de dégâts dans les vignobles. Toutes les vendanges n’étaient pas terminées, notamment en Carcassonnais et Hautes Corbières. Dans l’Ouest du département, les dégâts seront probablement équivalents au désastre de 1999, avec des problématiques d’arrachage se souches et de sols. Il faut attendre, pour voir les dommages, qu’il n’y ait plus de végétation, pour tailler. Il faut que le vignoble soit classé en catastrophe naturelle ». Marie Vidal Vigneron, sa directrice technique, complète : « nous sommes sous le choc, en alerte rouge, on se préoccupe de ses proches, de ses voisins. Il n’est pas possible de circuler, l’Aude à Homps fait encore 500m de large, les accès routiers continuent à se dégrader, il y a peu de téléphone et d’internet. Tout ce qui est le long de l’Aude a été sous le déluge : les vignobles de Limoux, Cabardès. Dans le Minervois sur la partie Ouest, il y a des caves touchées et des vignerons qui n’avaient pas terminé la vendange. A Bize-Minervois, l’esplanade où s’est tenu Tastes en Minervois les 1er et 2 septembre a été entièrement sous l’eau. Près des 2/3 de l’appellation ont été touchés à des degrés extrêmement variables. Il semble aussi que Durban en Corbières et Saint-Chinian aient subi des dommages ».

Dans l’AOC Limoux, Marlène Tisseire, sa directrice, est dans l’expectative : « nous ne savons pas tant que nous n’aurons pas fait le tour ; il semble que nous ne soyons pas le vignoble le plus endommagé. Nous avons eu déjà un épisode le 7 mai, les vignes le long de 2 cours d’eau ont été submergées ».
Les caves aussi ont été inondées : dans le Cabardès, Stéphanie Ramé, présidente de l’AOC et vigneronne dans sa Maison Ventenac, à Ventenac-Cabardès, est mobilisée, avec toute son équipe, à nettoyer son chai, et fera un point dans la semaine avec ses adhérents, pour les vignes comme les caves.

La cave des Maitres Vignerons de Cascastel, reconstruite après les inondations de 1999, a elle aussi subi 15 cm d’eau du débordement de la Berre, mais Atmann Afanniss, son directeur, se veut rassurant : « les vignes sont sauves ».