(photo CIVL)
(photo CIVL)

Les vendanges sont achevées dans le vignoble régional. Le bilan provisoire promet un grand millésime avec des estimations de récoltes encore à affiner, bien que revues à la hausse en raison d’une meilleure appréciation des pertes de récoltes dues au mildiou. La situation reste toutefois contrastée sur l’ensemble du vignoble, avec certaines zones durement frappées suite aux aléas climatiques.

Après les intempéries, après le mildiou, vient le temps des chiffres et de l’appréciation de ce millésime, dans l’ensemble prometteur en volume et en qualité. Avec une estimation de 12,3 millions d’hectolitres, le bassin du Languedoc-Roussillon retrouve un niveau de production satisfaisant par rapport à la moyenne des cinq dernières années (12,5 M hl), bien qu’en léger recul (-2%) selon les prévisions de récoltes arrêtées au 1er octobre par les services d’Agreste, organe de statistiques du ministère de l’Agriculture. Ces estimations révisées confirment une production régionale revue à la hausse (+18%) par rapport à 2017, en raison des précipitations favorables de la fin du mois d’août et d’une meilleure appréciation des pertes de production dues à la sécheresse ou au mildiou.

Un millésime très qualitatif

« Après un hiver froid et humide, un printemps très humide, nous avons eu trois semaines de pluie en juin qui ont eu pour avantage de recharger les réserves hydriques, et pour inconvénient une prolifération du mildiou venant impacter certaines zones comme sur les appellations Faugères ou Saint-Chinian. Mais dans l’ensemble, nous retrouvons les volumes d’une année normale si l’on couvre le spectre de ceux qui ont atteint des rendements maximaux et ceux qui ont moins récolté », précise Miren de Lorgeril, présidente du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc (CIVL). On retiendra donc surtout de ce millésime, l’extrême qualité de la vendange récoltée, grâce à un été très chaud ponctué de pluies régulières, limitées et courtes, un air sec et des températures favorables présentant des écarts jour-nuit assez marqués. Ce contexte climatique propice a permis de récolter des raisins à leur optimum de maturité dans la majorité des parcelles. « 2018 a toutes les caractéristiques d’un beau millésime en Languedoc, confirmant sur l’ensemble des appellations, un joli fruit et une expression très harmonieuse des arômes. La Syrah, moins sensible aux attaques du mildiou que le Grenache, est le cépage roi de ces vendanges, celui qui s’est le plus épanoui dans le vignoble », observe Miren de Lorgeril.

Cellule d’urgence : 140 viticulteurs dans la tourmente

Malgré un bilan très positif à l’échelle du bassin Languedoc-Roussillon, il faut toutefois nuancer ces chiffres à échelle micro, avec des situations de grande précarité observées chez certains viticulteurs cumulant sur trois campagnes successives, des aléas climatiques (grêle, sécheresse, gel, mildiou). Dans un tel contexte, la cellule d’urgence activée fin septembre par le préfet de l’Hérault, Pierre Pouëssel, a identifié sur ce département via le dispositif Agir ensemble, 140 viticulteurs très fortement impactés. « Ils ont le moral dans les chaussettes, certains sont proches du burn-out, les trésoreries sont exsangues. Nous avons demandé aux services fiscaux de la Direction générale des finances publiques (DGFIP) de prendre en considération les situations les plus difficiles, pour chaque foyer fiscal qui en fera la demande », précise Guilhem Vigroux, président de la commission viticole à la Chambre d’agriculture de l’Hérault et président de la FDSEA Hérault. Report des cotisations sociales, dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés non bâties (TNFB) comptent parmi les dispositifs d’aide en cours. Par ailleurs la FNSEA travaille à une réforme du système assurantiel et à la mise en place d’un dispositif fiscal d’épargne de précaution, destiné à faire face aux aléas climatiques ou économiques. Adopté mardi 23 octobre en première lecture au parlement, ce dispositif devrait permettre aux viticulteurs de mettre de l’argent ou du stock non fiscalisé de côté les bonnes années, pour pouvoir faire face aux aléas lors des mauvaises années.

Sinistrés de l’Aude : la solidarité s’organise

Rappelons aussi que ce mois d’octobre a été fortement marqué par les inondations touchant principalement l’ouest et le nord-ouest du bassin, après la fin des vendanges. Si l’impact de ces intempéries sur le millésime 2018 est donc nul, plusieurs domaines sinistrés font face à des travaux de relevage des vignes et de rénovations des parcelles, en particulier en Cabardès et Minervois. « L’Aude vit la plus grave catastrophe climatique jamais advenue depuis 1999, rappelle Frédéric Rouanet, le président du syndicat des vignerons de l’Aude. Le débit des eaux, extrêmement violent, a entraîné des dégâts terribles : il y a des vignes qui n’existent plus, des parcelles qui ne pourront plus être travaillées parce que la terre est partie, des camions couchés au milieu des vignes, des lits de rivière qui se sont déplacés au milieu du vignoble ».

Alors que les expertises sont en cours, les premiers appels à solidarité ont été lancés via l’association des viticulteurs sinistrés de l’Aude, créée en 1999 et réactivée le 17 octobre, deux jours après les inondations. « Elle va permettre de récolter des fonds d’aide et de gérer la logistique autour du formidable élan de solidarité qui s’est manifesté avec beaucoup de vignerons bordelais, de Bourgogne, de Champagne et d’Occitanie qui souhaitent venir nous aider », se réjouit Frédéric Rouanet. D’ici quinze jours, une première carte des degrés d’impact sur ce département, identifiant les besoins des vignerons sinistrés, devrait être publiée. Fin nombre, les premières journées de solidarité seront organisées dans l’Aude, pour s’étaler jusqu’au mois de mars.