A quelques heures de la finale du concours ASI de Meilleur Sommelier du monde, qui opposera trois candidats dont l’identité sera très prochainement révélée, entretien avec Philippe Faure-Brac, vainqueur de la compétition en 1992 et président de l’Union de la Sommellerie Française (UDSF).

Philippe Faure-Brac, depuis 1989 vous avez vécu « de l’intérieur » chaque concours de Meilleur Sommelier du monde. Vous avez remporté le titre en 1992. Cela se joue à quoi, une finale ?

En termes de connaissance et de travail, tous les candidats encore en lice ont montré un très haut niveau. La différence entre les finalistes va se jouer à la capacité à prendre sur soi, à gérer son stress, son énergie, et à se détacher de ce que l’on est en train de vivre. C’était le cas pour ma finale en 1992 et lorsque j’en discute avec mes confrères, ils ont le même sentiment : il faut essayer de se replacer dans son environnement professionnel habituel, dans ses repères, en faisant abstraction de ce qui se passe autour, la salle, le jury. Sinon il est difficile de résister à la pression de l’enjeu.

Quels sont les principaux pièges que les trois finalistes devront éviter ?
Il faut surtout ne pas surjouer, rester soi-même, c’est indispensable. Avoir envie de donner du plaisir aux gens, prendre du plaisir soi-même – cela se ressent vraiment et le jury fait la différence. On ne doit pas jouer, on doit « être », et c’est comme ça qu’on gagne.

Y a-t-il certains détails auxquels les candidats devront être particulièrement attentifs ?
En finale, chaque détail compte. En premier lieu, il faut très bien écouter les questions. Bien écouter c’est déjà avoir une partie de réponse, et malheureusement on voit parfois en finale qu’un candidat peut passer à côté parce qu’il n’a pas été assez concentré sur la question. Ce n’est pas parce qu’on est brillant et éloquent qu’on répond aux attentes du jury.

Vous qui côtoyez de près David Biraud, le candidat de la France, comment l’avez-vous trouvé ce matin ?
Je l’ai senti comme les autres candidats, qui sont à quelques heures d’un moment important dans leur vie personnelle et professionnelle – à la fois pour eux, pour leur profession et pour leur pays. David ressent tout ça mais il a vraiment bien travaillé, quoiqu’il arrive cet après-midi il n’a rien à se reprocher. Il a fait le maximum dans sa préparation, avec le soutien de l’UDSF et de tous les sommeliers de France. David a une super expérience, il a déjà disputé des finales… j’espère que tout cela va suffire. Je le sens bien, serein, j’espère du fond du cœur qu’il fera partie des trois finalistes. Et après, tout est permis, y compris le rêve.