(photos Jean-Michel Brouard)
(photos Jean-Michel Brouard)

Reconnu comme l’un des très grands noms de la Savoie, Michel Grisard continue d’œuvrer pour conserver l’identité de ce vignoble. Retour sur une très belle rencontre.

L’homme est avenant, sa bonhommie met immédiatement à l’aise. Michel Grisard a beau être une personnalité de la viticulture française, il n’en reste pas moins humble. Ce n’est pas une posture, loin de là. Sa vie s’est inscrite en Savoie, dans les vignes. Cela n’a pas toujours été simple, surtout lorsqu’il va quitter la maison paternelle en 1982 pour lancer son domaine. A l’époque, il ne possède qu’un hectare de mondeuse mais dès son premier millésime en 1983, il est convaincu de vouloir faire de très grands vins à partir de ce cépage. C’était plus que culotté à une époque où il entend parfois des personnalités de la région affirmer que « la mondeuse sera toujours un bon vin de musette pour la vigne » ! Pas de quoi le faire changer d’avis pour autant. Ses convictions sont inébranlables, quitte à être à contre-courant. Progressivement, Michel va continuer de replanter, notamment 1,5 hectare de roussette en 1985/86, jusqu’au début des années 1990 pour parvenir à un vignoble de 6 hectares. Un caillou à l’échelle du vignoble français. Mais une pépite de Savoie. Le bio s’y est imposé dès le départ suite à une rencontre avec le très respecté Pierre Overnoy, grand vigneron du jura. L’homme lui explique que la population de levures varie de 1 à 2000 entre une vigne désherbée et une vigne labourée… Michel fera donc du bio et s’orientera rapidement vers la biodynamie. Il fallait être courageux en 1994 pour porter cette philosophie face aux voisins vignerons plus que sceptiques. Mais il était convaincu de l’impact sur la qualité de ses vins. Des jus impressionnants qu’il va produire jusqu’en 2010, annus horribilis. Un terrible accident sur l’exploitation conduira au décès de l’un de ses ouvriers. Dès lors, le manque d’envie, le moral en berne l’incitent à arrêter son activité. C’est cette même année qu’il se retire aussi du domaine des Ardoisières, cet incroyable domaine partagé (250 propriétaires sur 11 hectares de vignes) qu’il avait créé en 1998. Le soutien d’amis lui permettra tout de même de sortir un vin rouge dans son domaine du prieuré saint-Christophe, récolté très tardivement. Mais le processus de reprise du domaine est enclenché. Le destin va le mettre en contact avec Clément Giachino, fils d’un autre grand vigneron savoyard. Aux commandes depuis le millésime 2015, les Giachino viennent de mettre en bouteille la première roussette produite avec les vignes de Michel et vont prochainement embouteiller leur première mondeuse. L’histoire continue.

Un exceptionnel patrimoine de vieux cépages

Il suffit de goûter à une cuvée de mondeuse de Michel pour comprendre toute sa clairvoyance sur la qualité de cépages méprisés voire oubliés. Le 2010 à lui seul est d’un potentiel fantastique avec ses arômes de rose et ses amers excessivement délicats en bouche. Un vin très élégant non sans rappeler de belles cuvées de Morey-saint-Denis. Voilà donc bien le combat de toujours de ce vigneron. La reconnaissance du potentiel qualitatif de cépages locaux tombés en désuétude. Il s’est ainsi battu pour que l’appellation Roussette de Savoie soit entièrement composée d’altesse, ce qui est désormais le cas (avant 2002, on pouvait y trouver jusqu’à 50% de chardonnay). Son combat ne s’arrête pas là. Il évoque sans relâche l’intérêt de certains cépages mis au rebut dans les années 1970 et 1980 car ils donnaient des vins à la densité et à l’alcool insuffisants. Une hérésie pour Michel qui rappelle que ce sont les rendements outranciers de l’époque (parfois jusqu’à 100 hl/ha !) qui ont tué ces cépages. Au contraire, bien cultivés, ils présentent des caractéristiques appréciables, surtout dans un contexte de réchauffement général du climat. La douce noire, le persan, la rèze, la mondeuse grise, le robin noir peuvent tous donner de très belles choses, jamais excessives en alcool (autour de 11,5/12 degrés). Encore faut-il qu’ils soient autorisés dans la liste des cépages des appellations. C’est à cette tâche qu’il s’attelle principalement aujourd’hui, sans cesse à la recherche de pieds de cépages oubliés au fond de l’une de ces vallées alpines isolées. Certaines vignes perdues sont même retrouvées grâce à Google Earth ! La finalité est d’alimenter l’un des quatre conservatoires de cépages qu’il a créés, dont le centre d’ampélographie alpine. Les vieux cépages y sont remis en culture et peuvent ainsi être réintroduit généralement après 10 ans. Les Français peuvent être fiers de leurs vins de Savoie dont on redécouvre chaque jour un peu plus la grandeur et la diversité. Alors pour tout cela, merci Michel.