Une semaine avant le coup d’envoi de la vingtième édition de Millésime Bio à Montpellier, Thierry Julien président du salon et de l’association Sudvinbio, répond aux questions de « Terre de Vins ».

Organisé par l’association Sudvinbio (anciennement l’AIVB-LR), le salon « Millésime Bio » se déroule du 28 au 30 janvier au Parc des Expositions de Montpellier. Près de 700 exposants, venus de France, d’Italie, de Suisse, d’Allemagne, du Portugal, des Etats-Unis ou encore du Chili, viennent à la rencontre des acheteurs du monde entier. Événement professionnel créé en 1993, « Millésime Bio » a pris en vingt ans d’existence une envergure indéniable, faisant office de salon-référence en matière de viticulture bio. A une semaine du coup d’envoi, Thierry Julien, président de Sudvinbio et de « Millésime Bio », répond à nos questions…

Que représente pour vous ce vingtième anniversaire de « Millésime Bio » ?
Tout en restant modestes, disons que cette édition un peu particulière représente une forme de consécration pour le travail accompli depuis vingt ans. Quand on se rappelle comment ce salon a débuté en 1993, avec une poignée de vignerons qui se retrouvaient au mois de janvier pour déguster le nouveau millésime en toute simplicité, on mesure le chemin parcouru ! Le succès grandissant de « Millésime Bio » a suivi la route ascendante de la viticulture bio, d’abord dans la région Languedoc-Roussillon (pionnière en la matière), puis en France, dans les pays voisins, et enfin à l’échelle du monde entier. Nous portons sur cette belle trajectoire un regard amusé : au début, on n’a pas toujours été pris au sérieux, par une frange du monde paysan qui peut se révéler parfois obtue…

Justement, comment a évolué la perception de la viticulture bio en vingt ans, au niveau de la filière comme du consommateur ?
Il faut d’abord dire que nous n’avons pas tous la même histoire avec le bio. Les Allemands par exemple, comme les Européens du nord, étaient plus « en avance » que nous sur ce sujet. Les Français s’y sont mis plus tard : il y a cinq ou six ans, le bio était encore mal perçu. Il a fallu un certain nombre d’éléments déclencheurs (des crises environnementales ou sanitaires…) pour qu’apparaisse une prise de conscience progressive, favorable à une alimentation plus saine, mieux encadrée. Progressivement, cette prise de conscience s’est étendue au vin. Au niveau des professionnels, il y a bien sûr eu – et il y a encore – des réticences, notamment à cause des contraintes liées au bio (enherbement, rendements plus faibles, prix plus élevés) : dans son ensemble, le monde paysan avait oublié que parfois, la nature remporte des batailles et qu’on ne peut pas tout maîtriser. Mais peu à peu, face aux questions de développement durable, de santé des consommateurs et de leur propre santé, les vignerons ont évolué. Au niveau des consommateurs, la presse spécialisée nous a bien aidé à sensibiliser le grand public, par exemple sur la réduction du SO2 dans le vin. Aujourd’hui, on constate que le bio attire de nouveaux consommateurs vers le vin, des jeunes en particulier.

La nouvelle règlementation européenne sur les vins bio, mise en place en 2012, a-t-elle changé la donne selon vous ?
Cette règlementation européenne, qui englobe désormais la conduite de la vigne et la vinification en bio, est une avancée primordiale, dont nous parlons depuis vingt ans. Ce n’était pas facile de parvenir à un compromis où chacun trouve son compte : cette règlementation a le mérite d’être un socle commun à tous les pays européens producteurs de vin, qui doit nous permettre d’aller plus loin. Rien ne nous empêche d’ici 2015 d’amener de nouvelles évolutions. Mais d’ores et déjà, la viticulture bio a gagné en clarté, pour la filière et surtout pour le consommateur.

Quels vont être les temps fort de ce vingtième « Millésime Bio » ?
Nous avons d’abord l’honneur d’être inaugurés par M. le président de la région Languedoc-Roussillon : cela nous donne l’occasion de souligner à quel point cette région, qui nous soutient depuis longtemps, est en avance sur la viticulture bio. Nous avons aussi le 28 janvier, une soirée vigneronne avec animation musicale, durant laquelle nous remettrons les médailles d’or du Challenge Millésime Bio 2013. Enfin, cette vingtième édition sera marquée par des échanges entre « anciens » du bio, ceux qui ont construit et fait grandir le salon, et les nouveaux venus, qui prennent la relève. Ce n’est pas une réunion d’ancien, mais un dialogue tourné vers l’avenir. De façon générale, nous attendons toujours plus de producteurs et acheteurs du monde entier, de plus en plus de cavistes, d’acheteurs de la grande distribution, de professionnels asiatiques. C’est la grande tendance de ces dernières années : après l’Europe du nord, les États-Unis, le Canada qui ont été des marchés précurseurs, on assiste à un intérêt croissant du Japon et de la Chine pour les vins bio.

Propos recueillis par Mathieu Doumenge

www.millesime-bio.com