Ci-dessus : Solenn Genot, Mas Llossanes (photo P. Martinez)
Ci-dessus : Solenn Genot, Mas Llossanes (photo P. Martinez)

A Vinisud, les exposants la jouent collectif à l’espace Nouvelle Vague, initié en 2017 et exclusivement consacré aux jeunes acteurs vignerons ayant moins de cinq ans d’activité. Arrêt sur image sur quelques valeurs montantes du Languedoc et du Roussillon.

C’est l’une des nouveautés du salon mondial des vins méditerranéens, initiée en 2017 mais reconduite et amplifiée pour cette nouvelle édition de Vinisud avec 60 vignerons inscrits (au lieu de 45 l’an passé) sur cet espace collectif, après un accueil très favorable des acheteurs sur la précédente édition. « Le principe est de proposer à de jeunes vignerons qui se lancent la possibilité d’exposer à un prix très attractif représentant un cinquième du prix habituel pour un stand sur Vinisud », détaille la directrice du salon Pascale Ferranti qui joue d’une pierre deux coups, l’espace Nouvelle Vague offrant également l’avantage de faciliter le travail des acheteurs en leur offrant la possibilité de trouver sur un même espace, les valeurs montantes de demain.

Une opportunité à saisir… et qu’ont saisie de jeunes vignerons venus bien souvent avec leurs bruts de cuve, faire leurs premiers pas dans un salon professionnel. « Terre de Vins » y était, retrouvant au milieu des allées quelques-unes des pépites dévoilées ces derniers mois sur son site : comme Anne-Laure Sicard du domaine Mas Lasta en appellation Terrasses du Larzac, ou Frédéric Fages du domaine de l’Anqueven. Mais il y avait également des nouveautés, dont voici une sélection.

1/ Roussillon : Mas Llossanes bientôt aux sommets
C’est l’un des plus hauts vignobles de France, une pépite de 11 hectares formant un îlot unique au milieu de 12 ha de maquis, à 600 mètres d’altitude sur les contreforts des Pyrénées, qu’est allé dénicher ce couple de français pas encore quarantenaire, Dominique et Solenn Génot… après dix années passées en Toscane à gérer un domaine prestigieux (propriété de château Giscours à Bordeaux). Lui est ingénieur agronome et œnologue, elle formée à la sommellerie, tous deux amoureux des vins du sud. C’est d’ailleurs par la dégustation que le choix des terroirs catalans s’est imposé, l’attractivité du foncier et les paysages à couper le souffle du Roussillon ayant fait le reste. Le vignoble à flanc de montagne regarde la mer, les vignes en IGP Côtes Catalanes dévalant en coteaux sur des schistes et arènes granitiques. « Quand on crée un projet comme celui-là, on choisit son futur, autant se lier à un cadre de vie que l’on aime », plante d’emblée Solenn Génot. En conversion biologique et en biodynamie, le domaine acquis en 2016 auprès d’un ancien coopérateur bénéficie d’un encépagement intéressant : de vieux grenache de 70 ans, du carignan, du cinsault, de la syrah et de surprenants chenanson et chasan blanc, deux obtentions variétales créées par l’Inra de Montpellier. Cépage rare, le chansan rentre à 100% dans la composition d’un blanc légèrement oxydatif mais à la jolie salinité, issu d’une presse longue de six heures (une spécialité de Dominique) et d’un élevage sur lies de 4-5 mois (d’où son aspect vineux). Le rosé, un pur cinsault issu lui aussi d’une presse longue pour une belle complexité des arômes, élevé six mois sur lies fines, joue l’équilibre entre l’acidité et la minéralité. Cuvées confidentielles (5000 bouteilles pour le rosé, 2000 pour le blanc), ces IGP Côtes catalanes sont complétés par deux vins rouges IGP d’assemblages caractérisés par une grande finesse de tanins : la cuvée Dolmen (carignan pour 70%, syrah et chenanson à parts égales) et Dotrera (même assemblage complété par de magnifiques grenache).
Mas de Llossanes, IGP Côtes Catalanes en Roussillon

2/ Saint-Chinian Roquebrun : Tom Hills a trois maisons
D’origine anglaise, ce nouveau venu sur l’appellation Saint-Chinian Roquebrun, peut dérouter par ses origines et ses attaches, multiples : domicilié en Angleterre, producteur depuis 2010 de café Arabica haute qualité au Nicaragua, cet ancien trader pour le négociant en sucre Czarnikow (société de courtage qu’il quitte en 2015 pour passer un diplôme Wine & Spirit Education Trust), acquiert il y a deux ans 23 hectares de vignes auprès de deux coopérateurs voisins, dont il confie la gestion à la régisseuse Amélie Czerwenka. « Je ne cherchais pas spécifiquement à m’implanter sur Saint-Chinian mais j’aime le schiste, la fraîcheur, j’ai naturellement craqué pour ces vignes d’altitude et cet îlot d’un seul tenant », retrace-t-il. Le domaine, en conversion bio depuis 2015 pour une certification attendue en 2018, est dépourvu de cave ? Un garage est loué (il permet pour l’heure de vinifier l’équivalent de 7 hectares), un pressoir également, 14 cuves de petit contenants permettent de vinifier 11 000 bouteilles. Tri des raisins à la vigne, foulage au pied, vinification parcellaire, etc. La première mise en bouteille (en avril 2017 sur le millésime 2015 pour les rouges), livre trois vins de gastronomie, un blanc et deux rouges offrant une très belle expression du terroir de Saint-Chinian : de la rondeur, du fruit, de la finesse, une bonne acidité et des tanins de grande qualité. Mention spéciale pour la grande cuvée du domaine « La Lauzeta » rouge 2015, aux arômes de fruits noirs (mûr, cerise), qui révèle une bouche d’une grande richesse en bouche, bâtie sur des tanins denses et serrés.
Domaine de Lauzeta, appellation Saint-Chinian en Languedoc

3/ Saint-Chinian : Guilhem Castan fils
A 28 ans, Guilhem Castan marchait depuis quelque temps dans les pas de son père, André Castan, 5eme génération de vignerons à Cazouls-les-Béziers et fondateur en 1993 de ce domaine créateur d’une gamme de vins large, en IGP Pays d’Oc et AOC Languedoc. Mais c’est en acquérant 2,5 hectares supplémentaires sur l’appellation Saint-Chinian, que le fils Guilhem a fait son entrée dans les vignes, en 2016… Après un BTS viti-oeno à l’université de Montpellier, deux licences en droit, gestion et commerce des vins, puis deux ans d’expérience sur des domaines en Argentine et en Australie. Le premier vin de Guilhem Castan, un rouge « Lou Crès » millésime 2015 élevé en cuve inox, est un assemblage syrah grenache, très floral, assez atypique en Languedoc avec une belle trame tannique. « J’aime les vins élégants mais faciles à boire, pas trop lourd, confie-t-il. Quand j’ai rentré mes premiers raisins, j’avais ce côté pivoine dans les cuves que j’ai volontairement travaillé pour conserver un profil de vin élégant, rond. » Le second rouge, cuvée L’Enaurada (65% syrah, 35 grenache), est le fleuron des vins du domaine : présentant une belle structure (élevage barrique d’un an en cuves neuves), il offre une trame élégante et une longueur en bouche exceptionnelle. Le rosé « Terroir de Mazet » 2017 s’avère quant à lui un vin de gastronomie, malgré une robe pâle surfant sur les modes actuelles : il joue au contraire sur la structure, développant des arômes de fruits rouges avec des tannins bien présents.
Domaine Castan, appellations Saint-Chinian, Languedoc et IGP Pays d’Oc

4/ IGP cité de Carcassonne : Les copains d’abord
C’est une histoire d’amitié qui est à l’origine de la création, en 2014, de ce nouveau domaine, Plô Grand Bâtard en IGP Cité de Carcassonne. Copains d’enfance, Julien Gil et Pierre Caizergues souhaitaient se réunir à la vigne – le domaine de Julien, vigneron depuis 2006 au domaine Plo Roucarels dans la haute vallée de l’Aude. « Pierre voulait acheter des vignes et que je lui fasse du vin », retrace ce dernier. C’est finalement une longue soirée de dégustation commune qui jettera les bases de cette association de copains inattendue. « On dégustait un Cabernet-Sauvignon qui avait un élevage de 18 mois en fûts, qu’on a assemblés en s’amusant avec un peu de blanc en rajoutant 3% de chenin, explique Pierre Caizergues. Ça ouvrait l’aromatique au niveau du fruit et ça détendait les tanins un peu serrés… d’où la bâtardise (du nom de domaine) et cette gamme de vins Plô Grand Bâtard à la croisée des chenins ». Trois vins présentant une trame commune de chenin, se répartissent en deux rouges (assemblage syrah chenin pour le premier, et cabernet-sauvignon chenin pour le second) et un blanc (chardonnay chenin) issus de parcelles classées en appellation Limoux – d’où leur déclassement en vin de table. Le nom est un rien provocateur, mais le registre est plein de finesse, pour ces cuvées destinées au réseau CHR, qui ont déjà conquis les chefs d’une douzaine de restaurants étoilés.
Plô Grand Bâtard, vin de table, haute vallée de l’Aude