(photo : F. Hermine)
(photo : F. Hermine)

Lors des premières Assises Nationales de l’Œnotourisme animées par Alain Marty hier au Palais des Congrès de Paris, personnalités et politiques sont venus apporter leur pierre à l’édifice avant l’annonce des mesures en faveur de l’œnotourisme et celle de la création de la Fédération nationale des labellisés Vignobles & Découvertes. Extraits choisis.

Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères
Le partage d’expériences de près de 70 destinations labellisées dans le cadre d’une fédération sera forcément positif et permettre de s’inspirer des bonnes pratiques (…) Nous avons mis des crédits supplémentaires pour défendre l’excellence française, qui ont permis d’organiser ces Assises mais également en mars un forum sur la gastronomie dont fait partie le vin associé à l’opération Goût de France. L’œnotouriste est une chance pour mieux consommer et si César disait « pas de vin, pas de soldat », je dis « pas de vin, pas de touriste ». On mise sur 100 millions de touristes d’ici 2020 en espérant 60 Mds€ de recettes.

Paul Dubrule, président d’honneur du Conseil supérieur de l’œnotourisme

L’œnotouriste signifie aussi irriguer le territoire et mettre en réseau les vignobles avec le patrimoine d’une grande richesse. Mais nous n’avons pas encore réussi à créer cette union. C’est ça le véritable challenge, parler pour créer ensemble.

Christian Mantei, directeur général d’Atout France
Atout France a d’abord investi dans des études avant la création du cluster, l’accompagnement du Conseil supérieur de l’œnotourisme et de Destinations Vignobles. Nous estimons à 50 millions le nombre d’œnotouristes en France et ce secteur bénéficie du plus fort potentiel de croissance. Le nombre d’œnotouristes a augmenté de 3 3% depuis 2009 et génère 5 Mds€ de recettes. (…) Il faut associer davantage œnologie, patrimoine, culture, circulations douces comme les randonnées et le vélo (…) Nous accueillerons bientôt la Coupe du monde de rugby, comme en 2007, où nous nous étions rendus compte que les rugbymen aimaient l’œnotourisme ; il faut en profiter.

Philippe Faure-Brac, Meilleur Sommelier du monde
Il faut lier les plaisirs. Organiser la restauration et l’hébergement autour du vin comme on le fait en Californie, en Australie, en Afrique du Sud depuis longtemps puisque nous avons la chance d’avoir une dimension et une diversité culturelles. Il faut aussi ne pas avoir honte de déclencher des achats car la viticulture et la culture sont aussi une industrie commerciale et il ne faudrait pas l’oublier.

Jean-Marie Barillère, président du Comité national des interprofessions des vins
La France a un pouvoir d’attractivité énorme à condition d’être fière de sa production viticole. Il ne suffit pas de partager un verre de vin à la propriété, il faut aussi faire découvrir notre métier et faire des visiteurs de véritables ambassadeurs de nos vignobles. Il faut avoir le bon langage pour ça et faire des efforts pour être plus professionnel. (…) Il faudrait un guichet unique pour faciliter les démarches en particulier des PME et se donner une feuille de route commune par région en travaillant tous ensemble et non pas les uns contre les autres.

Sylvie Cazes, président de la Fondation pour la culture et les civilisations du vin (Bordeaux)

La Cité du Vin a fêté son millionième visiteur en août et nous avons désormais comme objectif de la faire rayonner dans le monde avec un projet de création en Chine, dans un grand village des vins de France, une exposition itinérante qui pourrait démarrer aux États-Unis et une exposition des vins français à Tokyo en 2021. La Cité parle de tous les vins du monde et le fait de voir se créer d’autres cités du vin dans l’Hexagone est une chance, mais il faudra travailler en réseau pour avoir des ambitions à l’international.

Thomas Montagne, président des Vignerons Indépendants
Nous avons les moyens de prendre des parts de marché, en matière d’œnotourisme, la France étant le seul pays viticole avec l’Italie à bénéficier d’autant de petits domaines qui sont l’âme de cette activité. Restent quelques freins : l’autorisation de seulement deux panneaux pour indiquer un domaine (s’il est excentré, c’est évidemment insuffisant) ou le fait de considérer nos visiteurs-vendangeurs comme du travail dissimulé (une mesure a été prise en ce sens par la toute nouvelle fédération – Voir article du 20 novembre sur les mesures annoncées par Hervé Novelli). L’œnotourisme est clairement une source de diversification mais pour encourager les vignerons à s’y impliquer il faudrait faciliter la fiscalité.

Jean-François Portarrieu, député de Haute-Garonne

Nous allons bientôt atteindre les 100 millions de touristes en France mais il faut veiller à ce que le surtourisme ne se concentre pas sur des territoires très limités. L’œnotourisme doit favoriser une meilleure irrigation du territoire. Il faut aussi arriver à générer davantage de recettes car si depuis 2009 les dépenses des touristes ont augmenté de 18 % (et les dépenses des œnotouristes sont supérieurs à la moyenne), c’est une progression beaucoup plus faible qu’en Espagne ou aux États-Unis car l’offre n’est pas toujours adaptée aux nouvelles clientèles, portées aujourd’hui principalement par l’Asie.

Krystel Lepresle, délégué générale de Vin & Société

Les consommateurs estiment à 85 % que le vin est une composante de l’art de vivre et 94 % estiment qu’il est le symbole d’un rayonnement international. Il faut s’appuyer sur la présence des vignobles dans 66 départements pour développer l’œnotourisme mais le faire de façon qualitative et responsable. Nous allons donc communiquer davantage sur les bonnes pratiques notamment pour l’organisation des fêtes viticoles et réfléchir à un label national avec Atout France.

Alexandre Lazareff, vice-président du CSO

Les initiatives locales de Destinations Vignobles ont d’abord été spontanées sans passer par Paris ; Elles ont ensuite demandé de l’argent au CSO mais comme il n’en avait pas, ils ont finalement trouvé de belles idées comme le Fascinant Week-end en Rhône-Alpes qui ne cesse de prendre de l’ampleur au fil des années. Il faut créer des eductours pour se parler entre les régions, partager des idées et que l’œnotourisme devienne une réelle fierté pour nos politiques.