(Photo  Balint Pörneczi)
(Photo Balint Pörneczi)

La prise de parole de Michel Rolland diffusée le 4 avril sur Terredevins.com a suscité beaucoup de reprises et d’interrogations. Dans ce papier, Michel Rolland, le célèbre winemaker bordelais, n’a pas ouvert le robinet d’eau tiède mais s’est clairement emporté en répondant à une question qui était destinée à valoriser Bordeaux : « Le millésime 2015, déjà précédé d’avis très flatteurs, est-il un antidote au ‘Bordeaux Bashing’ ? »
A cette question simple, Michel Rolland a répondu sans retenue. Pourquoi ? Décryptage en quatre questions.

Dans quelles conditions s’est déroulée cette interview ?
Notre journaliste, Laura Bernaulte, a préparé en amont une série de « Questions du jour » destinées à alimenter notre chronique des primeurs et a contacté Michel Rolland en lui expliquant clairement pourquoi elle l’appelait. Michel Rolland, pour rappel, ne fait plus partie depuis longtemps des enfants de chœur et connaît la grand-messe des médias. Il leur doit en partie sa renommée, il a su en tirer profit quand sa notoriété n’était pas encore acquise, il sait se jouer d’eux, il sait aussi entretenir avec eux quelques inimitiés ou amitiés. Bref, en fin politique du vin – car Rolland est une institution – il connaît toutes les règles du jeu et les dessous des cartes.

Quelles sont les réactions sur la toile ?
A propos sans filtres, réponses sans filtres. Les réactions sur les réseaux sociaux ont parfois été à la mesure du langage fleuri employé par l’interviewé, certains internautes profitant de l’occasion pour exprimer haut et fort leur perception négative du monde du vin à Bordeaux et pour donner leur avis sur le travail du « flying winemaker » – ou du moins ce qu’ils croient en connaître. D’autres ont salué le franc-parler et la liberté de ton de Michel Rolland, dans un milieu où le discours diplomatique est souvent de rigueur. Beaucoup ont souligné que « Michel Rolland dit tout haut ce que les autres pensent tout bas » , quelques-uns ont regretté à mots couverts que des amalgames soient faits entre tous les journalistes spécialisés – comme si tous les consultants en œnologie étaient mis dans le même panier. In fine, la remarque la plus pertinente reste celle-ci : alors que la question posée visait à « calmer » le Bordeaux Bashing face à un millésime prometteur, la réponse ne donne-t-elle pas encore plus de grain à moudre aux adeptes du « Bordeaux Bashing » ?

Fallait-il publier ces propos ?
La réponse est oui. D’abord parce qu’ils ont été recueillis en totale transparence. Michel Rolland est grand , il sait quel message il veut faire passer et pourquoi. Visait-il toute la profession ? Probablement pas. Il est de notoriété publique en revanche que quelques journalistes l’agacent au plus haut point, sous prétexte qu’ils auraient commis des articles critiques à l’égard de Bordeaux. Cet exercice du « micro ouvert » montre toutefois ses limites et, de la même façon que le documentaire « Mondovino » de Nossiter n’offrait qu’une image partielle et tronquée de Michel Rolland, cette prise de parole ne peut à elle seule dépeindre Michel Rolland. Résumer Michel Rolland à la brutalité de ce propos, c’est oublier sa carrière, sa réussite et la réussite de ceux qui lui doivent beaucoup, c’est oublier son talent.

Et maintenant ?
Maintenant… la vie continue. La campagne des Primeurs va battre son plein, avec des négociants qui vont tenter de faire comprendre aux courtiers que les projets de hausse sont excessifs et des propriétaires qui vont vanter l’excellence de ce 2015 avec des prix qui doivent évidemment être revus… à la hausse. C’est la vie à Bordeaux. Michel Rolland recevra à table les journalistes pour fêter tout ça, avec quelques bons mots et franches rigolades comme il a l’habitude de le faire, et comme ce fut encore le cas le 25 mars à Paris chez le chef Alain Passard. Les mots passent, les millésimes restent. C’est la magie des bordeaux.