Le grand vigneron ligérien Thierry Germain (Domaine des Roches Neuves) s’est allongé « sur le divin » pour le n°30 de « Terre de Vins », actuellement en kiosques. Morceaux choisis.

A quoi sert le vin, est-ce bien nécessaire ?
C’est indispensable car c’est un produit culturel. Il réunit les gens, c’est comme ça que je le vois, sur cette notion d’échange, de partage. C’est aussi pour la santé quelque chose d’intéressant.

Tu en as fait un objet de culture total au point de dire que tu as réappris à penser le vin et la vigne…

Complétement. C’est une manière de vivre et de penser. Quand je suis arrivé dans la Loire, je connaissais le vin, bien sûr, car j’étais originaire de Bordeaux et qui plus est d’une famille de vignerons mais sans le comprendre. Du coup, j’ai réappris au contact de personnes, notamment François Bouchet, ce vigneron pratiquant de la biodynamie. J’ai découvert un nouveau monde qui n’était pas le mien. Ce fut le début d’un rapport avec la plante… Mais pas seulement, j’ai changé mes relations aves les hommes qui m’entourent, je ne travaille plus pour moi mais pour un groupe, j’ai un côté mutualiste très fort…

Pourquoi Saumur en 1992, pourquoi la Loire ?
J’étais très attiré par le mono-cépage, j’aimais le Rhône Nord et la Bourgogne. La syrah me plaisait et le pinot noir est pour moi le plus grand cépage au monde. Mais grâce à des financiers que connaissait ma famille, l’opportunité s’est présentée dans la Loire. J’avais 23 ans et une petite boîte de com à Bordeaux. L’Union Française de Gestion a acheté le Domaine des Roches Neuves et il fallait un fermier. Il y avait aussi un plan en Hongrie mais avec mon épouse, la Loire nous a plu pour sa douceur et son histoire.

Ce fut aussi le choix de la biodynamie ?
Nous sommes le premier domaine à être certifié dans l’AOP Saumur-Champigny mais je n’y suis pas allé par dogmatisme. D’abord je suis proche de Gérard Gauby dans le Roussillon et de Charly Foucault du Clos Rougeard et sans être des professeurs, leurs vins m’ont fait comprendre des choses. Les vins qui me plaisaient étaient des vins d’énergie. Et Charly m’a présenté François Bouchet. Je fus en quelque sorte son dernier élève et j’étais un régional de l’étape. C’est comme ça que je me suis tourné vers cette pratique à la fin des années 1990.

« C’est la plante et non la chimie qui fait le vin », dis-tu justement ?
Oui, ce n’est pas un monde ésotérique. C’est juste une relation entre la plante et l’homme. J’aime citer Goethe : « Ce n’est pas difficile de croire, ce qui est difficile c’est de voir avec ses yeux ce que l’on a devant les yeux ». Il faut observer, prendre le temps et agir en fonction.

Et pourtant tu as toi aussi fait un burn-out il y a quelques mois qui a failli être fatal ?

La prise de risque est vitale à mes yeux, c’est aussi le choix de la biodynamie. Du coup, ce n’est pas une méthode, c’est une philosophie. On vit avec au quotidien, c’est prenant, fatiguant, sans parler des travaux à la cave et les voyages. C’est vrai que je suis passé près de la correctionnelle mais, là encore, l’équipe a joué son rôle. Il n’y pas ici de relation châtelain-ouvrier. C’est d’ailleurs pour ça que je suis aussi content d’avoir quitté Bordeaux.

La Marginale, l’Insolite, autant de noms de cuvées, autant d’envies de se démarquer au travers d’une société que tu trouves « standarisée » ?
La Marginale existait mais c’est vrai que nous voulons être différents. On fait des chenins superbes et j’ai pris conscience depuis trois ou quatre ans que le cabernet franc était l’un des meilleurs cépages au monde. On arrive ici à toucher l’élégance de ce fruit, la féminité.

Propos recueillis par Jean-Charles Chapuzet. Photo Guillaume Souvant.
Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans « Terre de Vins » n°30.
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