(Photos : Maurice Subervie)
(Photos : Maurice Subervie)

À l’échelle mondiale, seulement 12 cépages, parmi les 1 100 cultivés sur la planète, occuperaient aujourd’hui jusqu’à 80 % des vignobles de certains pays, selon une étude de l’INRA et l’université de Harvard. C’est pour redonner un peu de diversité à nos vignobles que 150 vignerons se retrouvent chaque année, le temps d’un week-end de novembre, au Bar de la Fontaine à Saint-Côme-d’Olt (12), pour débattre et échanger autour des cépages modestes, ces cépages patrimoniaux devenus minoritaires en France.
Premier de nos six témoignages et retours d’expérience extraits du Terre de vins n°55.


Pierre de Benoist : noblesse de l’aligoté doré de Bouzeron

« Bouzeron, en côte Chalonnaise, est l’un des seuls villages à cultiver l’aligoté doré en haut de coteaux, ce rescapé ayant longtemps été relégué en bas de coteaux et à la production de l’appellation générique Bourgogne aligoté. Le monde à l’envers pour ce cépage présent depuis le XVIIe siècle, de Chablis au Mâconnais ! Arrivé dans les années 1970 à Bouzeron, mon oncle Aubert de Villaine a rectifié cette errance historique en redonnant à l’aligoté doré sa juste valeur. Il a fallu un long travail de sélection de la matière végétale, avec des aligotés choisis uniquement dans la commune de Bouzeron, à partir des plus vieilles vignes, suivi d’une redéfinition des beaux terroirs, sur les coteaux. Paradoxalement, après des siècles d’oubli, l’obtention en 1997 de l’AOP Aligoté-de-Bouzeron (dont Pierre de Benoist est le président, NDLR), pesant aujourd’hui 55 hectares, 30 vignerons et coopérateurs, a été l’un des dossiers les plus rapides de l’histoire de l’Inao, du fait de cette antériorité qualitative. Fils de vignerons à Sancerre, j’ai répondu à l’appel de mon oncle, en 1998, et je poursuis son œuvre depuis 2000. Avec la Chambre d’agriculture, nous avons entamé il y a onze ans la création d’un conservatoire de l’aligoté doré par sélections massales à partir de la plus vieille vigne du domaine de 117 ans. Les cépages modestes, c’est être un peu le Champollion de la vigne ! Derrière cette notion se cache aussi un peu de la modestie de l’homme, car il faut reconnaître l’erreur commise quand nous avons laissé se perdre notre diversité ampélographique. »
Domaine de Villaine – 71150 Bouzeron
03 85 91 20 50 – www.de-villaine.com