(Photo JM Brouard)
(Photo JM Brouard)

Le Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux tenait hier à Paris sa conférence de presse annuelle. L’occasion de présenter la situation économique de la filière vins bordelaise, avec des signaux positifs qui n’excluent toutefois pas une certaine vigilance.

Sur l’année 2017, les vins de Bordeaux ont été portés par une réelle dynamique qui a vu les sorties des propriétés s’établir à 5,1 millions d’hectolitres, un niveau élevé marquant une hausse de 4% par rapport à fin 2016. Ces chiffres encourageants accompagnent un retour de croissance à l’export, après les années de repli observées depuis 2013. Les progressions sont sensibles en volume (+7 %) mais surtout en valeur (+ 14%) avec un total de 290 millions de bouteilles expédiées et un chiffre d’affaires de 2,02 milliards d’euros. La Chine demeure, et de loin, le premier marché export pour le Bordelais avec 84 millions de cols vendus (en hausse de 14%) associés à une hausse de chiffre d’affaires de 23% (397 millions €). Les Etats-Unis ne sont pas en reste. Avec 27 millions de bouteilles, les exportations y ont atteint leur plus haut niveau depuis 30 ans. Là encore, la hausse de valeur est sensible, +18% pour 231 millions d’euros. Evidemment, la succession des deux très beaux millésimes 2015 et 2016, très favorablement reçus par les marchés, a renforcé cette tendance. Mais la progression plus rapide de la valeur par rapport aux volumes dénote aussi un recentrage progressif, souhaité par le CIVB, des vins de Bordeaux sur le milieu de gamme (vins vendus de 5€ à 15€). Bernard Farges, vice-président du CIVB, a ainsi rappelé que « sur les 7 principaux marchés des vins de Bordeaux à l’export (Chine, Belgique, États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, Japon et Hong-Kong), c’est bien ce cœur de gamme qui se développe le plus. Il est une priorité pour Bordeaux car il est celui qui affiche la croissance la plus importante (de 10% à 15% par an). Il est en outre moins concurrentiel puisque 80% des vins dans le monde sont aujourd’hui vendus à moins de 5€. La volonté du CIVB est donc d’accompagner cette tendance des consommateurs sur les marchés matures à consommer moins mais mieux ».

Des challenges à venir

La demande importante de vins de Bordeaux au niveau mondial s’accompagne logiquement d’une hausse des prix comme en témoigne celui du tonneau, passé de 1200 € à 1500 € depuis l’an passé. Ce phénomène devrait même s’accentuer compte tenu de la faiblesse quantitative du millésime 2017, au plus bas historique depuis 1991 avec 3,5 millions d’hectolitres. Le gel catastrophique d’avril a eu des conséquences importantes sur la récolte et, par voie de conséquence, sur les niveaux des stocks qui eux aussi affichent des niveaux très bas (11,7 millions d’hectolitres). Là encore, c’est le secteur d’entrée de gamme qui va pâtir le plus de ce manque de volume, renforçant de ce fait la stratégie de recentrage vers des vins de meilleure qualité. Allan Sichel, président du CIVB, a toutefois insisté sur l’importance de continuer à alimenter la demande des marchés pour ne pas casser la dynamique en marche, quitte à puiser dès à présent dans les stocks. Les acteurs, qui auraient intérêt à retenir leurs vins pour ne les vendre que d’ici 1 à 2 ans pour profiter de cours plus soutenus, ne serviraient pas la filière dans son ensemble qui doit conserver ses parts de marché à l’international au risque de se faire partiellement remplacer par d’autres vins. Cette vision court-termiste est doublée d’une approche plus long terme sur la nature des vins bordelais pour les années à venir.

Si Bernard Farges rappelle que « le réchauffement climatique est aujourd’hui bénéfique aux vins de la région car il permet d’atteindre des meilleures maturités de façon plus régulière », il n’en demeure pas moins qu’il posera des problèmes dans les décennies à venir. D’où les réflexions multiples notamment sur les cépages qui pourraient accompagner ces mutations. De nombreux essais sont ainsi menés aujourd’hui, notamment sur des cépages anciens plus résistants à la chaleur et qui pourraient peut-être à terme entrer dans les cahiers des charges à hauteur de 5% maximum. « L’idée n’est évidemment pas de perdre l’âme des vins bordelais et d’aller imiter une autre région. Point de syrah à venir dans le vignoble par exemple » réaffirme Bernard Farges. Cette limite de 5% pourra en revanche éventuellement permettre de planter quelques cépages hybrides résistants aux maladies cryptogamiques et contribuer ainsi à accentuer encore davantage la baisse importante d’utilisation des pesticides engagée dans le vignoble. Pour ce faire, il faudra continuer les tests en cours et obtenir un changement de réglementation européen (les hybrides n’étant aujourd’hui pas autorisés dans les AOP).