Dans chaque numéro de « Terre de Vins », avec sa chronique « L’école du vin », Jacques Orhon, maître sommelier et « écrivin », apporte son éclairage d’expert sur toutes les subtilités de la dégustation, du service, de la conservation, de la viticulture… Retrouvez ici ses meilleurs conseils.

Il est rare qu’une variété de vigne ait pour ainsi dire donné son nom à un vignoble, à une région. C’est pourtant ce qui est arrivé au muscadet. Dans ma prime jeunesse, on s’en allait dans le Muscadet, sous-entendu dans le vignoble du muscadet, dans ce coin du Pays de Nantes, en Haute-Bretagne.

Parlons en justement du vignoble nantais. Celui-ci existe depuis longtemps, bien avant le Moyen Âge, mais le portrait ampélographique était bien différent de celui d’aujourd’hui. Les péages et contrôles douaniers sur la Loire jouaient un rôle important dans le commerce du vin, et seules les cuvées de bonne qualité avaient le privilège de passer. Dès le XVIe siècle, les producteurs de gros-plant exerçaient un commerce lucratif avec les Pays-Bas ; pour le muscadet, ce sera plus tard. Car il faudra attendre la fin du XVIIe siècle et le début du XVIIIe pour voir s’installer pour de bon ce cépage que l’on appelait à l’époque le melon, particulièrement à la suite du grand gel de 1709. Contrairement à bien des variétés qui ont migré un peu partout sur la planète, le muscadet s’en tient à sa terre d’adoption, même s’il pousse également dans la Vendée voisine. En cherchant bien, on en trouve quelques plants en Ontario (dans le vignoble de Prince Edward County), en Argentine, et quelques centaines d’hectares en Californie sous le faux nom de pinot blanc.

Les mots du muscadet

C’est en effet ce melon (dont la feuille est ronde comme un melon), aux arômes floraux et légèrement musqués (semblait-il autrefois, d’où le nom de muscadet) qui a conquis le monde en prenant racine dans cet environnement maritime qui lui laisse parfois son empreinte saline et ce goût iodé, surtout lorsque le raisin est cultivé autour du lac de Grandlieu. Il se plaît aussi sur des coteaux, entre Loire-Atlantique et Maine-et-Loire, pas loin d’Ancenis. Mais c’est sur les sols caillouteux provenant de roches éruptives (riches en granite, en gneiss ou en schiste), conférant au vin ce caractère plus affirmé et minéral, qu’il a trouvé son terroir d’élection dans ce qui fait la gloire de l’endroit : le muscadet sèvre-et-maine. À un point tel, que blotti entre les deux petites rivières éponymes, le vignoble est dense et représente les trois-quarts de la production. Enfin, le muscadet peut se targuer de tirer sa réputation de son élevage sur lies, qui lui procure une certaine rondeur et une plus grande finesse.

Le muscadet passe à table

Par son côté sans-façon, décontracté et vif à la fois, parfois incisif, le célèbre vin blanc sec se prête admirablement aux jeux de l’harmonie avec les fruits de mer et les crustacés comme des langoustines ou une araignée. Formidable compagnon des huîtres, faire-valoir incontournable des moules à la marinière, il sait mettre en valeur des poissons grillés et tient sans concession le haut du pavé quand il escorte un bar ou un brochet au beurre blanc, surtout si le vin provient d’un cru en particulier, comme Clisson, Le Pallet, Mouzillon ou Monnières.