Vendredi 31 Juillet 2026
Les propriétés du Médoc en renfort des pompiers ©David Houdet
Auteur
Date
31.07.2026
Partager
Débuté le mercredi 22 juillet à Saumos, un feu de forêt s’est propagé à grande vitesse sur une partie du Médoc, du Bassin d’Arcachon et de la métropole bordelaise, avant d’être stabilisé ce jeudi. Pour en venir à bout, pompiers et citoyens, dont des vignerons bordelais mobilisés en nombre, ont uni leurs forces. Témoignages.
Ces images ont fait le tour du monde : des flammes incontrôlables, embrasant les pins comme des allumettes et engloutissant tout sur leur passage et des pompiers mobilisés et épuisés, épaulés par des citoyens volontaires et inventifs. Bilan : 240 habitations détruites malgré les efforts déployés, et 224 000 personnes évacuées préventivement. Malgré les 42 000 hectares consumés par le feu, aucune vigne de Gironde n’a été touchée, annonce un communiqué de presse du Conseil des Grands Crus Classés 1855 en date du 30 juillet.
À Margaux, porte d’entrée du Médoc, un collectif s’est rapidement constitué pour venir en appui aux pompiers sur un large périmètre d’action englobant Salaunes, Saumos, Le Temple, Lacanau, avec une concentration en défense de la D6 pour éviter la remontée du feu vers le Médoc. « Quand on a vu l’ampleur du feu vendredi, inspirés par les agriculteurs mobilisés contre l’incendie de Fontainebleau, nous nous sommes dit que nous pouvions être utiles aux pompiers en mettant notre matériel à disposition et en venant en soutien pour qu’ils restent sur le front », explique Sabrina Pernet, directrice technique du château Palmer.
Porté dans un premier temps par les châteaux Palmer et Cambon-la-Pelouse, l’élan a entraîné dans son sillage nombre de propriétés sud-médocaines et quelques médocaines. Aujourd’hui, 72 domaines sont membres du groupe WhatsApp dédié, rapporte Sabrina Pernet. Parmi eux, on peut citer « des châteaux tels que Palmer et Cambon-la-Pelouse évidemment, Lascombes, Prieuré-Lichine, Marquis de Terme, Giscours, Angludet, Larruau. Brane-Cantenac, Cantenac Brown, Gruaud Larose, Margaux, Lafite Rothschild, Mouton Rothschild, Latour, entre autres », énumère David Houdet, chef de culture du château Lascombes, qui a débuté ses vacances d’été avec cette lutte contre le feu.
Dans un bel élan de solidarité, chacun a amené bénévolement ses moyens matériels et humains, entre des tonnes à eau - dont la plus grosse d’une capacité de 15 000 L -, des tracteurs avec des remorques, des citernes ou des cuves remplies d’eau sur des pick-up, des lances à incendie faites maison avec une motopompe, permettant une adaptabilité maximale aux différents besoins et terrains. Au fur et à mesure des relais diurnes et nocturnes, la lutte s’est structurée. En concertation avec les hommes du feu, les vignerons et salariés des domaines ont mené une double action : « le ravitaillement en eau des camions des pompiers avec de gros contenants, eux-mêmes alimentés par des petits engins pour éviter de perdre les précieuses avancées sur l’incendie, et l’extinction de petites fumerolles en lisière de forêt encore intacte avec des pick-up équipés de citernes embarquées », raconte Aure Massoni-Cazenave, responsable technique du château Prieuré-Lichine. Ce jeudi, si « quelques bénévoles veillent encore sur le terrain, on a commencé à lever le pied, avec une partie des tracteurs rentrés hier, le reste aujourd’hui », confie Sabrina Pernet.
De l’autre côté de l’estuaire, à Bourg-sur-Gironde, la première édition du festival de métal Bourg d’Hell, programmée pour le 31 juillet, et la Nuit du Terroir, prévue le lendemain, étaient dans les starting-blocks lorsque les incendies se sont déclarés. Compte tenu de la conjoncture et des conditions climatiques extrêmes, dès lundi dernier, la prudence a dicté l’annulation, avant même le début du montage. « On ne pouvait pas faire la fête alors que notre département était en train de brûler, que des gens étaient en train de perdre leurs maisons et que d’autres étaient évacués, explique Amélie Osmond, vigneronne du Clos du Notaire et instigatrice du Bourg d’Hell. Cela nous paraissait d’autant plus inconcevable que nous aurions dû mobiliser des forces de sécurité sur place pour ces événements, sans oublier la menace de fumées toxiques en plein air… »
Solidaires, une dizaine de vignerons en ont profité pour prêter main-forte sur les incendies cette semaine, avec une équipe à Lacanau et une autre à Cestas. « Les garçons ont plutôt été affectés à la gestion de l’eau sur les incendies, les filles chargées de collectes et de la logistique », détaille la vigneronne. Une note d’optimisme néanmoins, ce n’est que partie remise pour la Nuit du Terroir et le Bourg d’Hell, qui feront leur retour à l’été 2027.
Aujourd’hui, l’incendie est en cours d’extinction mais des questions subsistent. Alors que les citoyens évacués ont pu largement regagner leurs domiciles, la réalité est bien plus cruelle pour ceux dont le logement a été sinistré ou détruit. Pour les aider, certains vignerons offrent là aussi leur soutien : « outre la présence au plus près des incendies, plusieurs vignerons de Saint-Émilion et Castillon-la-Bataille proposent des solutions de logement, explique Jean-Christophe Meyrou, directeur général des vignobles K. Si besoin, nous proposons par exemple au mois d’août une petite maison avec trois chambres à côté du château Bellefont Belcier, à Saint-Émilion, pour héberger des sinistrés. »
Autre grande interrogation : faut-il s’attendre à un goût de fumée dans les vins de ce millésime 2026, issus de vignes ayant subi les importantes fumées de ces feux ? La réponse semble négative selon un communiqué de presse du Conseil des Grands Crus Classes 1855 en date du 30 juillet : « après avis pris auprès de nombreux experts, ‘’à l’heure actuelle aucun impact sur la qualité des raisins n’a été observé : l’exposition précoce est un facteur de faible sensibilité’’. Il faut rappeler que l’incendie se situe à plus de 20 km de nos vignobles. Les incendies qui avaient affecté durement la Gironde en 2022 s’étaient déroulés à la même période que ceux de 2026, et n’avaient pas eu aucune conséquence sur le goût des vins. » Et de conclure : « aujourd’hui les incendies semblent stabilisés, avec l’arrivée de la pluie, et ce millésime 2026 s’annonce comme précoce, et avec de nombreuses promesses de très grande qualité. »
Une note d’optimisme qui fait du bien dans cette conjoncture difficile.
🤝 Solidarité incendies : mobilisons-nous pour les sinistrés et les pompiers
🙏 Faites un don avec Sud Ouest Solidarité ➡️ https://www.sudouest.fr/sudouest-solidarite/incendies/

Articles liés