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Vignerons AVenir : un collectif d’utilité régionale

Antoine Carteyron, Guillaume Pouvaret, Fabien Lapeyre, Mathieu Eyhramouno et Étienne Carteyron ©STUDIO DEEPIX

Auteur

Lucie
de Azcarate

Date

27.08.2026

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Qu’ils représentent une petite propriété ou un grand château, tous les producteurs de vins de Bordeaux partagent un même territoire et un destin commun. En période de crise, cela implique qu’entre confrères l’émulation laisse place à la coopération. Pour mettre en pratique cette nécessaire solidarité, le collectif Vignerons AVenir œuvre au rapprochement de propriétés en difficulté avec des domaines emblématiques. 

Qu’y a-t-il de commun entre les châteaux Cheval Blanc, Lafite Rothschild, Petrus et Yquem ? Outre leur renommée et leurs vins d’exception – ce qui est déjà beaucoup : une initiative collective, Vignerons AVenir, qui soutient des artisans vignerons bordelais dans le développement de leur projet. Tout a commencé en 2024, à l’issue d’une enquête exhaustive : « Nous avons rencontré près d’une cinquantaine de vignerons, avec toutes les configurations d’exploitation possibles : petites, grandes, qui commercialisent du vrac, des bouteilles, en direct ou non. Nous avons également interrogé des organisations afférentes : CIVB, Crédit agricole, négociants, courtiers… » se remémore Olivia Gagey, sa secrétaire générale. Malgré des situations éclectiques, tous les producteurs en difficulté achoppent sur un profond sentiment d’isolement : « C’est particulièrement prégnant chez les jeunes ; alors que leur avenir est fragilisé par la conjoncture, ils ne parviennent pas à prendre du recul sur leur situation, à prioriser leurs actions. » 

L’idée d’un mentorat de compétences émerge alors : « Plutôt que d’allouer des moyens de manière ponctuelle, sans véritable plan d’action, mettre à disposition des compétences s’est imposé comme la solution la plus pérenne et la plus équitable », défend-elle. En pratique, cet accompagnement a commencé en 2025 par une première promotion de quatre vignerons, chacun accompagné par les équipes d’une des quatre propriétés fondatrices. Alors que les lauréats de la deuxième promotion viennent d’être sélectionnés, le premier retour d’expérience s’avère concluant.

Le mentorat, une relation équilibrée

L’accompagnement proposé n’est ni une tutelle ni un patronage, sur ce point les équipes qui interviennent auprès des vignerons sont unanimes. « Nous ne débarquons pas avec nos solutions toutes faites, nous accompagnons un questionnement. In fine, c’est aux vignerons de s’approprier les solutions », témoigne Victoria Sichel, responsable développement durable à Petrus. 

Olivier Bonneau, directeur d’exploitation du château Lafite Rothschild, renchérit : « Pour aider un vigneron à structurer son projet, nous ne pouvons pas nous contenter d’imposer une méthode standardisée. Nous devons être suffisamment à l’écoute pour comprendre la complexité de sa situation. » Côté vigneron, faire un premier point sur la situation revient parfois à franchir une étape. « L’expertise comptable a été sans appel, nous devions nous résoudre à arracher une partie de notre vignoble pour retrouver l’équilibre dans nos comptes, concède Fabien Lapeyre, qui reprend le château du même nom, à la suite de ses parents. Nous avons cessé d’appréhender notre vignoble uniquement comme un bien familial et nous l’envisageons dorénavant comme une véritable entreprise. »

Son homologue, Guillaume Pouvaret, du château Grand-Maison, est lui aussi parvenu à se raisonner : « Les équipes de Cheval Blanc m’ont aidé à concevoir un plan d’arrachage et de renouvellement de certaines parcelles. Avec cet encadrement, j’ai passé le cap, alors que j’agis parfois en poète… » Et Nicolas Corporandy, chef de culture du château Cheval Blanc, de corroborer : « Nous apportons un œil extérieur et nos rencontres représentent une trêve, alors que les vignerons ont la sensation lancinante d’avoir une semaine de retard sur tout. »

Pour que l’aventure humaine perdure 

Le partage de compétences et les conseils ciblés n’interdisent pas d’authentiques élans de solidarité : « En 2025, nous avions une parcelle de blanc en partie échaudée. La veille des vendanges, se remémore, ému, Antoine Carteyron, qui a repris le château Penin avec son frère Étienne, toute une équipe de salariés de Petrus débarque dans la parcelle, y compris des administratifs et des personnes de la préparation de commandes, pour trier grain à grain les raisins brûlés afin qu’on ne vendange que les meilleurs. »

Entre les équipes de Petrus et les frères Carteyron, la fin de l’accompagnement n’interrompt pas les liens qui se sont noués : « Nous continuons de discuter, en particulier sur des sujets d’élevage qui ne se règlent pas en un an. » Attention, toutefois, à ne pas idéaliser cette aide. Thomas Robert, responsable du pôle vigne au château d’Yquem, prévient : « Nous n’apportons pas de solution miracle. Notre objectif est de soutenir des projets innovants, viables à court terme, afin de préserver le vignoble bordelais et d’encourager la diversité. »

Si le projet de Mathieu Eyheramouno figure parmi ceux retenus en 2025, c’est qu’il ne se contente pas de prendre la suite de ses beaux-parents au château Prieuré de Beyzac, dans le Médoc. Il a entièrement repensé la gamme afin de s’adapter aux rigueurs économiques. Il continue de produire le cru bourgeois historique en plus faible proportion et développe, en parallèle, cinq cuvées originales pour lesquelles il mise sur la vente en direct plutôt que sur le circuit traditionnel, trop engorgé. 

Pour la promotion 2026, les candidats qui faisaient preuve de la même détermination étaient nombreux, et même trop pour que les quatre domaines fondateurs puissent répondre favorablement à toutes ces démarches. Avis, donc, aux propriétés volontaires qui voudraient se joindre à l’élan solidaire…