Accueil Actualités L’Oratoire des Papes : 100 ans de grands millésimes à Châteauneuf-du-Pape

L’Oratoire des Papes : 100 ans de grands millésimes à Châteauneuf-du-Pape

© F. Hermine

Auteur

Frédérique
Hermine

Date

15.09.2026

Partager

L’Oratoire des Papes est passé, en un siècle et demi, d’un clos familial de deux hectares à un vignoble de 38,5 hectares, présent dans une centaine de pays. Pour fêter le centenaire de la marque emblématique déposée en 1926, la Maison Ogier a ouvert quelques-uns des plus beaux millésimes de Châteauneuf-du-Pape, en rouges et en blancs Elle en a profité pour réaffirmer sa volonté de faire à la fois des vins de garde et des vins de table, capables de traverser les générations sans renoncer à leur fraîcheur.

Le Clos de l’Oratoire des Papes a 100 ans. La marque est déposée chez le notaire du village le 30 juillet 1926 par Léonce Amouroux lorsqu’il fonde la maison du même nom. Son père, Édouard, avait reçu en cadeau de mariage en 1880 une parcelle de deux hectares située sur la commune de Courthézon. Le lieu tire son nom d’un petit oratoire édifié au XVIIIe siècle, non loin d’une chapelle consacrée à Saint-Marc, patron des vignerons et protecteur des vignes. L’étiquette Art déco qui orne toujours les bouteilles apparaît dès cette époque sur les rouges ; le blanc ne viendra que beaucoup plus tard, dans les années 1970. Une histoire de flacon qui participe à son identité : « Avoir sa propre bouteille est le signe des grands domaines de Châteauneuf-du-Pape », rappelle François Miquel, arrivé dans la maison Ogier en 2013 et devenu directeur en 2015.

Grappes entières et cofermentations

La filiale du groupe AdVini a racheté en 2000 la propriété à la famille Amouroux avec ses 20 hectares. Depuis, le vignoble s’est agrandi au gré des opportunités, jusqu’à atteindre aujourd’hui 38,5 hectares. Cette stratégie a permis à l’Oratoire de disposer aujourd’hui de vignes dans les quatre grands terroirs de l’appellation. Un patrimoine riche, mais morcelé. Cette mosaïque de sols est devenue l’un des ressorts du positionnement : construire des vins qui racontent l’appellation dans sa diversité plutôt que de miser sur un seul lieu. Le grenache domine largement l’encépagement à 75 %, complété par la syrah, puis le mourvèdre et le cinsault. Depuis une douzaine d’années, les rouges sont vinifiés majoritairement en grappes entières, à plus de 70-80 % et en cofermentation, « afin d’apporter de la structure tout en abaissant légèrement le degré ».

François Miquel © F. Hermine

Le service doit suivre cette volonté de fraîcheur : 15 °C maximum pour les rouges, autour de 10 °C pour les blancs. Andreas Larsson, meilleur sommelier d’Europe 2007, résume l’orientation en disant que « ces vins qui ne sont pas sur la puissance sont conçus pour la table. Ils sont finalement à la mode sans jamais avoir voulu l’être ». François Miquel revendique en effet « des vins modernes à faibles degrés car ce sont des vins à boire autant jeunes que très vieux ». Une philosophie qui permet de renouer avec une certaine idée de Châteauneuf-du-Pape, plus digeste.

Blancs à succès

Même si la notoriété a d’abord été construite par le rouge, le blanc constitue désormais un marqueur fort du domaine. Le sommelier Xavier Thuizat, meilleur sommelier de France 2022, rappelle que « lorsque Clément V arrive de Bordeaux en Avignon, il a besoin de vin de messe. Il crée donc un vignoble, de vin blanc uniquement parce que le vin de messe est blanc pour éviter de tacher les chasubles. Le rouge n'arrivera qu'en 1750. » Les six cépages blancs de l’appellation sont désormais réunis dans la cuvée de l’Oratoire : grenache blanc, roussanne, clairette, bourboulenc, piquepoul et picardan. Ces vins sont majoritairement issus de sols sableux et limoneux. Leur poids dans la production ne cesse de progresser.

Le domaine a acheté récemment deux hectares supplémentaires de blanc, issus de l’ancien domaine de la présidente, un vignoble de dix hectares exploités en groupement foncier viticole (GFV) par le Crédit Agricole puis revendu par morceaux. « Ces deux hectares comptent parmi les plus beaux avec des clairettes et des roussannes âgées d’environ 40 ans, palissées et implantées sur des sols légèrement argileux. Ce qui nous permet désormais de produire quasiment 20 % de blanc, tandis que l’AOP avoisine plutôt les 7 %. L’Oratoire dispose désormais de la cuvée blanche la plus volumétrique de l’appellation, tout en restant incapable de satisfaire toute la demande. Le vin est sous allocation dans 11 pays, mais près de la moitié des volumes est commercialisée en CHR en France. »

Une cave de 25 000 flacons

Le partenariat noué en 2000 avec le festival des Chorégies d’Orange, à l’initiative d’Antoine Leccia, PDG d’AdVini et amateur d’opéra, a donné naissance aux cuvées Les Chorégies, des sélections parcellaires, en rouge et en blanc. « Leur notoriété a presque éclipsé celle de l’Oratoire lui-même », reconnaît François Miquel. « Le domaine a donc choisi de simplifier en supprimant de la cuvée principale la mention Le Clos de l’Oratoire, désormais réservé aux cuvées des Chorégies. »

Cette volonté de construire une identité forte passe aussi par la mémoire des millésimes. L’Oratoire conserve un patrimoine de 25 000 bouteilles en vieillissement, auquel s’ajoutent chaque année entre 5 000 à 6 000 bouteilles, tandis que 3 000 à 4 000 sont revendues annuellement. Les rouges remontent jusqu’à 2003 et les blancs jusqu’à 2011. À l’occasion du centenaire, 16 vieux millésimes ont été ressortis pour la vente. Certains vins plus anciens sont désormais sanctuarisés pour les événements. L’histoire des vieux millésimes réserve parfois de belles surprises. François Miquel raconte avoir récemment pu récupérer 18 bouteilles du millésime 1971, conservées dans un état impeccable, en les échangeant avec leur propriétaire contre des millésimes plus récents. « Le millésime 1971 est l’un des plus froids du siècle dernier avec 30 centimètres de neige dans le vignoble. L’eau du village avait été coupée pendant trois semaines, les commerces étaient ravitaillés en luges. Pourtant, dans le verre, cette année climatique extrême a produit une fraîcheur étonnante et comme tous les très vieux châteauneufs, il pinote. » Pour le centenaire, la maison édite un coffret en 6 000 exemplaires avec L’Oratoire des Papes 2024 en rouge (44 €) ou L’Oratoire des Papes en blanc (50 €) accompagné d’une lithographie du graffeur C215.

Une montée en puissance sur plus de deux décennies

La démarche environnementale a pris une place croissante. Le domaine a été certifié en bio en 2008 et environ la moitié de sa surface est aujourd’hui en AB. Depuis 2015, le directeur technique Édouard Guérin a renforcé cette orientation en supprimant l’utilisation d’engrais organiques, y compris dans le cadre de l’agriculture biologique, au profit d’un amendement 100 % naturel provenant d’un partenariat avec un éleveur local de moutons, vaches et chevaux. Cette démarche s’inscrit également dans des principes de biodynamie.

Les investissements ont aussi porté sur le patrimoine bâti et l’accueil. Un espace de dégustation a été créé dès 2009 pour faire découvrir les jardins et le conservatoire des terroirs, vaste parcelle pédagogique qui reconstitue les quatre terroirs de l’appellation, chacun étant planté avec un cépage représentatif. Les chais ont été restaurés progressivement et équipés d’une diversité de contenants (tronconiques, muids, demi-muids foudres, amphores, tulipes béton). Le vieux monastère du XVIe siècle, le prieuré, longtemps en ruines, a fait l’objet de deux ans et demi de travaux entre 2014 et 2016. Il abrite aujourd’hui trois chais dédiés à la vinification et à l’élevage des vins mais également des espaces réceptifs. Depuis 2016, des chambres installées à l’étage de l’ancienne cave ont ouvert, avec une grande cuisine destinée notamment aux réceptions professionnelles.

Cette évolution de l’accueil répond à une politique ambitieuse d’œnotourisme, avec visites et dégustations pour professionnels et amateurs, installant solidement L’Oratoire dans le paysage de Châteauneuf-du-Pape.