Mardi 20 Octobre 2026
Guillaume Peu, directeur général château de Calavon©F.Hermine
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20.10.2026
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À Lambesc, à l’ouest d’Aix-en-Provence, l’histoire des Audibert s’écrit depuis plusieurs générations autour du Château Calavon, dans un paysage de garrigue, de pinèdes et de vignobles. La famille, qui revendique six générations et quelque 120 ans de présence au domaine, a progressivement construit un ensemble viticole qui dépasse aujourd’hui les frontières des Coteaux d’Aix-en-Provence avec le Jas des Papes à Châteauneuf-du-Pape et le Domaine du Pavillon à Mercurol, en Crozes-Hermitage. Trois propriétés, trois appellations, avec la volonté désormais affichée de renforcer l’identité des domaines, d’accroître la part des vins commercialisés en bouteille et de franchir un nouveau cap qualitatif.
L’histoire moderne du domaine commence à Lambesc lorsque Édouard Audibert transforme en 1907 un ancien relais de poste du XVIIᵉ siècle en chai. Ce qui en fait le plus ancien domaine viticole du secteur. Cette cave, située au cœur du village, constitue aujourd’hui encore le lieu de vinification des rouges. Elle abrite également une boutique donnant sur la place du marché. Le domaine fonctionne aujourd’hui sur trois sites distants d’environ trois kilomètres : la cave historique consacrée aux rouges, un autre site dédié à la vinification des blancs et des rosés et un troisième pour le stockage.
Lorsque Michel Audibert prend les rênes du domaine en 1998, il entreprend de moderniser l’exploitation et de réhabiliter d’anciens cépages comme le carignan, son cépage fétiche, et plus tard, le caladoc, et la counoise. Le développement ne se limite pas au château de Calavon : la famille enrichit progressivement son patrimoine avec deux autres propriétés, le Jas des Papes, fort d’une dizaine d’hectares à Châteauneuf-du-Pape, et le Domaine du Pavillon, 14 hectares à Crozes-Hermitage. Car Michel Audibert est avant tout un homme de rouges (dans les années 2000, le rosé ne représente que 35 à 40 % de la production).
Au château de Calavon, la couleur est devenue l’un des marqueurs du domaine. L’identité du vignoble repose notamment sur le couple cabernet sauvignon-syrah avec une part importante de cabernet sauvignon, pour certains millésimes comme 2018 jusqu’à la limite autorisée par le cahier des charges de l’appellation, soit 50 %. Pour le MOF Fabrice Sommier, c’est « un bulldozer qui construit la puissance, donne de la matière et de l’ampleur, tandis que la syrah apporte le fruit et les épices ». L’assemblage n’est pas sans rappeler certains profils australiens ou des vins comme ceux de Trévallon.
Ils sont conçus pour la table, avec des accords qui vont naturellement vers le gibier, les rougets ou encore le ragoût de lapin. Le vignoble bénéficie de fortes amplitudes thermiques, dans un environnement marqué par le sud du Luberon et l’influence rafraîchissante de la Durance. Ces conditions participent à l’équilibre des vins. La cuvée Réserve constitue depuis 2020 l’un des emblèmes historiques du domaine. Une bouteille du millésime est d’ailleurs offerte à chaque bébé naissant à Lambesc. Une nouvelle étape se prépare d’ailleurs autour de cette mémoire des millésimes, avec le projet d’un coffret en caisse bois réunissant six millésimes à l’horizon 2027.
Guillaume Peu, arrivé à la direction du domaine il y a trois ans après une décennie passée comme directeur commercial chez Advini, accompagne une réflexion plus expérimentale. Sur certaines parcelles précoces, l’équipe, sous la houlette du maître de chai Arnold Mas, envisage notamment d’introduire 10 à 20 % de grenache en cofermentation avec la syrah. Cette pratique a déjà été expérimentée en 2020, 2023 et 2024. Elle peut notamment contribuer à éviter le caractère réducteur de certaines syrah, mais son emploi reste limité à quelques parcelles.
Cette logique d’expérimentation se retrouve dans les cuvées Astéros (syrah-rolle), Aposta (pétillant naturel en carignan-syrah) ou Clarescure (blanc de noirs issu de grenache), conçues « comme des espaces de créativité laissant carte blanche aux équipes des chais, dont la moyenne d’âge est inférieure à quarante ans », explique Guillaume Peu. « Le développement récent passe également par une approche plus parcellaire. Depuis deux ans, le domaine élabore ainsi des cuvées issues de parcelles identifiées, à l’image de Saumade, un 100 % grenache de Cabrières élevé en fût neuf sur les millésimes 2024 et 2025, et qui sera bientôt commercialisé.
Cette organisation accompagne une ambition plus large : développer le réseau de distributeurs, accroître la commercialisation en bouteille et soutenir l’évolution qualitative des trois propriétés. À l’arrivée de Guillaume Peu, le domaine comptait 95 hectares de vignes, avec une part importante de négoce. L’objectif affiché est désormais de mieux valoriser les vins en bouteille. Tout en conservant une compétence historique sur les rouges, les autres couleurs ont progressivement pris une nouvelle dimension. Le domaine produit désormais 10 à 12 % de vins blancs, avec un travail qualitatif particulièrement marqué depuis 2020.
Les rosés, eux aussi, ont franchi un cap au cours des quatre ou cinq dernières années. La maison revendique ainsi une véritable « patte » sur cette couleur qui représente quand même deux tiers des volumes. La stratégie commerciale se tourne un peu plus vers l’international qui pèse un tiers des ventes avec comme principaux marchés les États-Unis, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne et la Suède.
Le travail environnemental constitue un autre axe fort de cette nouvelle période. Le château de Calavon rassemble 78 hectares de vignes au sein d’un ensemble d’environ une centaine d’hectares de forêts classées Natura 2000, de pinèdes et de garrigues. Il est certifié bio depuis 2013, le Jas des Papes depuis 2016 avec un engagement vers la biodynamie. Le Domaine du Pavillon, à Mercurol, en Crozes-Hermitage, se trouve pour sa part en deuxième année de conversion. La diversification ne s’arrête pas au vin. Le domaine compte également 11 ha d’oliviers, soit environ 1 200 arbres, destinés à produire une huile d’olive dans des expressions « Maturée Noir » et « Fruité », pour une production d’environ 5 000 bouteilles en appellation Aix-en-Provence.
Le domaine est désormais entre les mains d’Anne, épouse de Michel décédé il y a cinq ans, et de leurs trois enfants, qui ne participent pas directement à l’activité opérationnelle. L’évolution générale des domaines Audibert s’est récemment orientée vers une lecture plus terroir valorisant l’expression de chaque propriété. Le Jas des Papes a lui aussi entamé cette montée en gamme, avec des cuvées parcellaires et une présence accrue sur les cartes des restaurants. Malgré cette volonté de conquête, Calavon reste profondément attaché à Lambesc. La famille vit au château, dans la garrigue, et l’ancienne devise de la maison, « Pour vivre heureux, vivons cachés », résume une histoire longtemps placée sous le signe de la discrétion. Depuis un an, cette réserve s’est cependant ouverte à de nouvelles formes d’accueil. Le domaine organise des parcours en vélo électrique dans le vignoble, balisés avec une dizaine de haltes pédagogiques consacrées à la vigne mais aussi à la biodiversité, notamment aux aigles de Bonelli. La cave de Lambesc accueille également le public le samedi, de septembre à mai, ainsi que des événements et des afterworks les jeudis d’été, avec des concerts pouvant réunir jusqu’à une centaine de personnes. Le château familial, lui, ne se visite pas.

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