Désigné nouveau directeur général du château Lafon-Rochet depuis le 1er mars, Christophe Congé aura la responsabilité de conduire ce 4ème Grand Cru Classé de Saint-Estèphe, racheté en septembre dernier par la famille Lorenzetti. Entretien.

Après une grande partie de votre carrière au sein des Domaines Barons de Rothschild (Lafite), vous entamez, à 53 ans, un nouveau chapitre au château Lafon-Rochet. Que représente pour vous ce nouveau défi et quels seront les contours de votre poste ?
En effet, après 23 belles années à Lafite-Rothschild et Duhart-Milon où j’ai pu me forger une certaine expérience, cette opportunité de me lancer dans une nouvelle aventure s’est présentée. J’étais « au bon moment au bon endroit », la famille Lorenzetti cherchait quelqu’un pour reprendre les rênes de Lafon-Rochet ; c’est une propriété que je connaissais déjà un petit peu car elle n’est pas très loin de Lafite. Pour l’instant, je suis encore en phase de découverte, je vais appréhender ce nouveau poste progressivement : après de longues années à m’occuper surtout de la partie vin à Lafite, je vais avoir un rôle plus transversal de direction qui va au-delà de la technique. Emmanuel Cruse reste le directeur général de l’ensemble des propriétés du groupe (Château Pédesclaux, Château d’Issan, Château Lilian-Ladouys, et désormais Château Lafon-Rochet, NDLR) et je vais intervenir dans la conduite quotidienne de la propriété, sur tous les grands projets qui la concernent. Il y a déjà une équipe en place, de très bons professionnels qui étaient présents sous la gouvernance de la famille Tesseron, et cela nous donne une base solide pour travailler ensemble.

Quelle est votre « feuille de route » pour Château Lafon-Rochet et quel regard portez-vous sur cette propriété ?
Je pense que l’essentiel de ma mission est d’aller encore plus loin dans le sens du détail. C’est ce que j’ai appris sur mon poste précédent, où j’ai eu la chance de pouvoir participer à l’élaboration de vins fantastiques, et c’est mon cheval de bataille : l’excellence se niche dans la conquête de ces points de détails. La base terroir est déjà bien présente. On a des fondamentaux de grande qualité à Lafon-Rochet, la marque est solide, c’est le seul 4ème Grand Cru Classé de Saint-Estèphe, à nous d’aller encore plus loin dans la connaissance des parcelles et de l’intra-parcellaire – c’est ce qui fait la différence sur des crus classés de ce niveau. En termes de communication et de rayonnement également, en nous adossant à un groupe familial important, on peut hisser le cru encore plus haut.

Vous avez évoqué vos 23 années passées au sein de DBR, pouvez-nous nous en dire plus sur votre parcours et sur ce que votre expérience peut apporter à Lafon-Rochet ?
Je suis œnologue, issu de la promotion 1992 de ce qui s’appelait encore l’Institut d’Œnologie de Bordeaux. J’ai eu « plusieurs vies » dans la technique, en évoluant dans la Loire, en Afrique du Sud, au Chili, puis j’ai eu la chance de travailler avec Denis Dubourdieu et son père Pierre à Doisy-Daëne pendant trois ans. En 1999, j’ai rencontré Charles Chevallier qui m’a recruté au sein de DBR, où j’ai donc passé de nombreuses années, m’occupant de la partie cuvier et chai de Lafite comme de Duhart en étroite collaboration avec mes collègues qui géraient la partie viticole ; j’étais aussi en charge de la tonnellerie de la propriété. Cette expérience au sein d’un Premier Grand Cru Classé 1855 me donne, comme je l’ai évoqué plus haut, un sens du détail et une culture d’exigence que j’espère transmettre à Lafon-Rochet. Pour l’instant, je découvre les lieux, je n’arrive pas en prétendant tout révolutionner, je vais observer le potentiel du vignoble et faire en sorte qu’il s’exprime le mieux possible. Nous allons suivre de près les semaines à venir pour le futur millésime 2022, et nous engager sur les grands enjeux des années à venir pour la vigne : au-delà d’une conversion en bio, dans la lignée de ce qui est déjà mis en place dans les autres propriétés de la famille Lorenzetti, nous voulons avoir une réflexion globale sur le développement durable, qui inclut l’agroforesterie et la préservation de la biodiversité. C’est aujourd’hui une préoccupation incontournable, globale, dont le bio fait partie mais pas uniquement, pour un plus grand respect du vignoble. Et il nous le rendra bien, je pense.