(photo AFP)
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L’ancien international du XV de France Christophe Dominici est décédé hier à l’âge de 48 ans. Le monde du rugby, sous le choc, est en deuil, mais aussi le monde du vin, auquel le Toulonnais était très lié.

C’était un ailier phénoménal, un modèle de French Flair, aux fulgurances saisissantes et aux appuis déstabilisants. Malgré son 1m72, il pouvait défier les plus grands : chacun se souvient, entre autres, de son essai prodigieux face aux All Blacks en demi-finale de la Coupe du Monde 1999. Avec 67 sélections sous le maillot bleu, Christophe Dominici – une victoire en Tournoi des 5 Nations et trois victoires en Tournoi des 6 Nations, une finale de Coupe du Monde au compteur – a marqué pour toujours l’histoire du rugby français. Ce rugby français, comme tout le rugby international, est en deuil, suite à la subite disparition du joueur, hier à Saint-Cloud en région parisienne, à l’âge de 48 ans.

Depuis l’annonce de son décès, dont les circonstances exactes restent encore à élucider, les hommages se multiplient dans les médias comme sur les réseaux sociaux. Tous saluent un champion d’exception et un co-équipier de valeur.

Natif de Toulon, Christophe Dominici s’intéresse d’abord au football avant de se convertir au rugby. Formé à Solliès-Pont, il rejoint ensuite le club de La Valette avant de signer en 1993 au RC Toulon. En 1997, il intègre le Stade Français, où il terminera sa carrière professionnelle en 2008. Parmi ses titres avec Paris : cinq championnats de France, deux Coupes d’Europe et une Coupe de France. Après sa retraite sportive, il sera successivement entraîneur adjoint au Stade Français, consultant pour France Télévisions, candidat malheureux au comité directeur de la FFR en 2016. Plus récemment, durant l’été 2020, il porte un projet de rachat de l’AS Béziers, qui n’aboutira pas.

Outre son parcours dans le monde de l’ovalie, Christophe Dominici était un amoureux du vin. Il avait noué de solides amitiés, aussi bien avec des vignerons qu’avec des restaurateurs et des cavistes, et avait même créé sa société de négoce, Maison Dominici, basée dans l’Hérault et valorisant les vignobles du Sud de la France, du Languedoc à la Provence. Dans le monde du vin aussi, les hommages se multiplient.

Gérard Bertrand a joué au Stade Français de 1992 à 1994. Même s’ils ont porté le même maillot, lui et Christophe Dominici ayant sept ans d’écart, ils ont peu joué ensemble. “Mais je le connaissais bien, et nous entretenions un lien très amical”, précise celui qui est devenu, en dehors des terrains, une figure incontournable du vin languedocien. “En tant que joueur, il était exceptionnel, l’un des deux ou trois meilleurs du monde à son poste, un relanceur fantastique. Mais c’est l’homme qui m’a surtout intéressé : il était attachant, jamais avare de prise de risque, comme il l’a prouvé dans ses nombreuses entreprises dans le vin – et l’eau minérale. Partant de zéro, il s’est investi dans cette nouvelle vie avec beaucoup de courage. On se voyait trois à quatre fois par an et à chaque fois j’essayais de lui prodiguer quelques conseils, de le guider et de canaliser son énergie. C’était un fin dégustateur, qui écoutait beaucoup et apprenait vite, il avait un regard avisé sur le sujet du vin, et bien sûr entre rugbymen, il y avait un lien naturel, sans filtre. Il avait le feu en lui, une énergie incroyable, mais aussi une grande sensibilité ; il avait sans doute été affecté par certaines épreuves de la vie. Sa disparition nous rend tous immensément tristes, et c’est un drame familial”.

Stéphane Ogier, vigneron en Côte Rôtie (photo ci-dessus), nous confie : “c’est un coup de massue. J’ai rencontré Christophe il y a quelques années par un ami commun, restaurateur à Lyon, et le courant est tout de suite passé entre nous. Il s’arrêtait souvent chez moi, spontanément, lorsqu’il faisait le trajet entre Paris et le Sud de la France ; on a passé des heures à ouvrir des bouteilles et refaire le monde. Il était un fin dégustateur, très précis et aiguisé, doté d’une grande sensibilité. C’était vraiment un homme spontané, attachant, à fleur de peau, on pouvait parler de tout. J’ai appris son décès hier, alors que je me trouvais à l’endroit même où nous nous sommes rencontrés… Je perds un copain, je suis très triste.”

Georges Dos Santos, célèbre caviste lyonnais, a partagé sur Facebook un grand souvenir de soirée avec celui qu’il qualifiait de “géant”.

Imanol Harinordoquy, son ancien partenaire du XV de France et rival en club, lui aussi reconverti dans le monde du vin, lui a rendu également hommage sur Instagram. Il confie à Terre de Vins : “c’est terrible, je ne m’en remets pas. J’ai apprécié de jouer avec lui, c’était un puncheur, un gagneur, il avait la flamme, toujours à fond, dans l’excès aussi. On ne croisait plus le fer sur les terrains, mais on avait quelquefois l’occasion de se rencontrer pour nos activités dans le monde du vin. On se retrouvait dans cette convivialité, l’amour du produit, il avait ce côté festif que l’on aimait chez lui, avec les troisièmes mi-temps qui allaient avec… Le monde du vin lui correspondait bien.”