Au lendemain du départ d’Anthony Barton, les témoignages pleuvent sur Saint-Julien. C’est une figure médocaine qui s’en va, plus encore une leçon de savoir-vivre.

Depuis ce mardi 18 janvier 2022, un silence étrange enveloppe le Médoc : Anthony Barton est mort. C’est un territoire, une profession, un univers qui est en deuil. Descendant d’une grande lignée de négociant et de propriétaire, il laisse le souvenir d’un homme sympathique et élégant. Son petit-fils, Damien Sartorius-Barton, fut un témoin privilégié : « Je retiens tellement de choses, une ouverture d’esprit assez unique, un grand orateur, beaucoup de charme de d’humour, tout l’inverse de l’égocentré, toujours porté sur les autres, un exemple pour moi au quotidien, dans notre malheur, nous avons la chance d’avoir tous été là pour son dernier souffle, chez lui. Il a eu une vie extraordinaire, il n’était pas destiné à venir vivre ici, éconduit de Cambridge, il est venu à Bordeaux pour travailler avec son oncle qui n’avait pas d’enfants, c’est drôle, quand on sait la carrière qui va suivre ». Le plus irlandais des Médocains rattrape à lui seul l’histoire des Grands Crus Classés 1855. Le propriétaire des Châteaux Léoville-Barton et Langoa-Barton en fut l’esprit avec tout le professionnalisme et la modestie que ça requiert. « C’était un véritable ami, avec qui j’ai entretenu des relations de confiance pendant près de 40 ans, nous avons beaucoup voyagé ensemble, il avait une connaissance intime de la culture du vin et j’aimais son élégance, sa finesse, son humour », confie Jean-Michel Cazes. De son côté, May-Éliane de Lencquesaing, l’ancienne propriétaire du Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande, conserve aussi un précieux souvenir du défunt : « Anthony Barton nous quitte mais il restera le symbole de la présence irlandaise en Médoc par son élégance et celle de ses vins, par l’harmonie de sa rigueur professionnelle et de sa bienveillance. Il restera une grande figure du monde des vins de Bordeaux ». On retrouve cette estime dans les mots de Philippe Casteja, propriétaire et négociant, mais également président du Conseil des Grands Crus Classés 1855, qui a travaillé à ses côtés : « Il fut un temps vice-président du Conseil et je peux dire que c’était un homme formidable, un ami, un homme engagé et très droit, je suis très triste de sa disparition », souligne-t-il. Anthony Barton marchait sur sa quatre-vingt-douzième année. Ce 18 janvier, un peu de presqu’île fut emportée dans les remous de l’estuaire.