Évoquer la province argentine de Mendoza, c’est susciter les images d’un grand terroir des vins du Nouveau Monde et son emblématique représentant : le cépage malbec. Mais au pied de la majestueuse Cordillère des Andes sont aussi sortis de terre des bâtiments au design innovant, aujourd’hui référence en matière d’architecture vinicole.

Un cabinet d’architecture a particulièrement dessiné cette transformation paysagère et sociale : celui d’Eliana Bormida et Mario Yanzon qui accompagnent l’essor du vin argentin avec plus de 30 édifices construits en dialogue “profond” avec le paysage andin. A la fin des années 1990, Mendoza est devenue terre attractive pour des investisseurs désireux “de faire des vins capables de rivaliser sur les marchés internationaux” et qui ont fait appel au cabinet Bormida et Yanzon “pour planter leurs bodegas dans le décor”, raconte Eliana Bormida lors d’un entretien avec l’AFP.

“Nous n’aurions jamais imaginé qu’une décennie plus tard, il y aurait eu un tel boom à créer des établissements vinicoles qui soient non seulement un lieu de production de grands vins, avec les outils d’une œnologie moderne et contemporaine, mais aussi un lieu d’accueil de visiteurs”, explique-t-elle. Et depuis Mendoza, le cabinet Bormida et Yanzon a exporté son savoir-faire à travers les frontières et crée désormais des espaces viticoles en Bolivie, en Uruguay, au Mexique, au Portugal et en Russie.

Ailleurs dans le monde, dans le vignoble bordelais, de nombreux crus prestigieux déjà pourvus en bâtiments avaient aussi souhaité à l’aube des années 2000 investir dans le bâti pour augmenter la valeur du domaine et surtout sa notoriété. L’adaptation technologique à une vinification encore plus précise avait déclenché une rivalité pour s’arracher de grandes signatures de l’architecture internationale et construire de nouveaux chais en harmonie ou disruption avec le classicisme bordelais.

“Architecture du paysage”

En Argentine, les bodegas ont elles aussi évolué de “lieu de vinification à centre d’interprétation de la viticulture de Mendoza”, estime Eliana Bormida. “En suivant le concept d’architecture paysagère, nous avons cherché non seulement à concevoir des bâtiments utiles, mais aussi à créer un dialogue profond avec le paysage des montagnes enneigées” qui les entourent.

“Architecture du paysage” est le nom du recueil dans lequel l’architecte décrit certaines de leurs réalisations les plus emblématiques comme les bodegas Salentein, O. Fournier ou Diamandes, certaines ayant été primées. Ce que leurs créations expriment “c’est une très grande appréhension du design, de l’architecture, de la culture, du climat et du paysage. Peu d’architectes dans le monde ont la profondeur et l’étendue de ces connaissances”, estime auprès de l’AFP Paul Nakazawa, professeur d’architecture à l’université de Harvard.

Dans la vallée de l’Uco et son immense plaine désertique de végétation xérophile, trône la gigantesque bodega Salentein, à la démesure de la nature qui l’entoure. Le long d’un axe de 1,5 km de long, dans un complexe de 2.000 hectares de vignoble irrigué par les eaux de fonte des sommets enneigés de la Cordillère, se mêlent les chais de vinification, la pharaonique cave de vieillissement, un centre d’accueil, un lieu de restauration, d’exposition, et même une chapelle. Les matériaux des façades sont un mélange de sable et de cailloux prélevés dans le sol de la région. Tout en couleurs terreuses.

Dans l’étendue de la province de Mendoza, où est produit plus de 70% du vin argentin, les desseins des propriétaires sont divers et l’architecture est aussi influencée par le lieu où est érigé l’édifice. A la fin des années 1990, un jeune Espagnol s’est présenté au cabinet Bormida et Yanzon avec une vision claire: construire une bodega “qui exprimerait le XXIe siècle et le Nouveau Monde”. Le résultat architectural se nomme Alfa Crux (anciennement O. Fournier), qui intègre différentes échelles d’espaces extérieurs et intérieurs dans la vaste plaine aride.

L’oeuvre, comme tous les projets conçus par le duo d’architectes, a été conçue à partir de l’émotion provoquée par le lieu.

Pour Mario Yanzon, Mendoza est devenue “l’une des capitales du vin non seulement pour la qualité de ses vins mais aussi pour l’architecture de ces temples dédiés au vin”. Et de s’empresser de préciser : “C’est aussi grâce au paysage andin, car nulle part ailleurs dans le monde on ne trouve cette chaîne de montagnes” en toile de fond.

Par Maria Lorente pour AFP