(photos ©F.Hermine)
(photos ©F.Hermine)

L’appellation de la vallée du Rhône méridionale tire bien son épingle du jeu avec son cru rouge mais tente de faire (re)découvrir son muscat aux trois couleurs, notamment via l’œnotourisme.

A l’heure où les vendanges commencent, l’année a été éprouvante pour Beaumes-de-Venise. Après le gel et le mildiou, le vignoble vauclusien a souffert d’un grand incendie à la mi-août, la même semaine que le Var, touchant directement une cinquantaine d’hectares de vignes (dont 20 détruits) et près de 250 de forêts dans les Dentelles de Montmirail. « On peut s’attendre à environ 10-15% de pertes de volumes, estime Claude Chabran, le président de Rhonéa et co-président de la section interprofessionnelle. Mais au global, l’appellation se porte plutôt bien avec un prix du vrac à 360€/hl au lieu de 220€ quand nous n’étions pas encore cru [avant 2005] mais juste en Côtes-du-Rhône Villages. Les cours n’ont pas baissé avec la crise sanitaire mais il faut reconnaître qu’il y a peu de vrac en Beaumes, la coopérative vendant quasi intégralement sa production en conditionné ».

Après la création de plusieurs caves indépendantes, Rhonéa qui représentait les trois-quarts des volumes de l’AOC au début du siècle n’en pèse plus que la moitié, près de 12 000 hl en rouge sur les 23 000 du cru, 3000 en VDN sur les 55 000 hl au total « Notre force est d’avoir su maintenir une bonne entente entre la coopérative, la quarantaine de caves particulières et le négoce », estime Claude Chabran. La coopérative a par ailleurs créé il y a trois ans une SIC à financement participatif, à hauteur de 3 M€, pour acheter une trentaine d’hectares de vignoble confiés directement ou en fermage à de jeunes vignerons afin de les aider à s’installer ou à compléter leurs revenus. « Et on achète ce qui se présente pour aider les jeunes à s’en sortir. Le passage en cru a bien aidé et en a même sauvé quelques-uns au moment où les ventes de VDN s’effondraient ».

L’œnotourisme pour faire découvrir le rouge ou le muscat

En 20 ans, la production de muscat de Beaumes-de-Venise est passée d’environ 15 000 hl à 5000 hl et l’arrivée des muscats rosés (5-6%) et rouges (1%) n’a pas suffi à relancer l’attrait des consommateurs pour ces vins « sucrés » en désaffection. « Il est loin le temps où s’exportaient 200 000 bouteilles par an en Grande-Bretagne notamment chez Sainsbury; aujourd’hui, ce serait plutôt 30 000 demi-bouteilles ». L’export pour l’appellation représente quand-même entre 20 et 25%, principalement en Europe du Nord, aux Etats-Unis, au Japon, en Asie du Sud-Est… »

Aux côtés du Beaumes-de-Venise rouge (à 50% minimum de l’encépagement en grenache et 25 à 50% de syrah pouvant être complétés par du mourvèdre, du carignan, du cinsault, de la counoise… et même 10% de cépages blancs), l’appellation aimerait obtenir un jour un classement en blanc à majorité muscat petits grains associé au viognier et au grenache blanc sec « mais le dossier traine depuis des années car le muscat petits grains avait été été abandonné dans la vallée du Rhône et l’Inao ne tient pas à le voir réapparaître dans les cahiers des charges ». Aujourd’hui l’appellation se concentre sur le développement de l’œnotourisme avec comme atout majeur les magnifiques paysages des Dentelles qui bénéficie déjà du label Vignobles & Découvertes. L’occasion de faire découvrir dans les caves et les restaurants des environs des nouveaux accords, la cuisine méditerranéenne et le chocolat avec les beaumes-de-venise rouges, les fromages à pâte persillée, les desserts aux fruits et même du saumon mariné avec un muscat.