Premier opérateur alsacien avec plus de 1200 hectares réunis entre 480 familles, Bestheim produit plus de 15 millions de bouteilles par an, dont un tiers de crémant. Retour sur le millésime 2014.

Les origines de Bestheim remontent à 1765 avec la création de la Maison Heim à Westhalten, petit village du Haut-Rhin. Au fil des générations, Heim est devenu Bestheim, ajoutant à son nom d’origine associant la contraction des noms des villages où l’entreprise vinifie et élève ses différentes cuvées. Car avec plus de 1200 hectares de vignes réparties entre 480 familles du nord au sud de l’Alsace, Bestheim est devenu la plus importante coopérative alsacienne, déployée sur deux vignobles emblématiques, Westhalten et Bennwihr. C’est d’ailleurs à Bennwihr que Bestheim a inauguré, à l’occasion des vendanges 2014, de nouvelles installations techniques (voir photo), avec réception par gravité, 10 pressoirs pneumatiques, 91 cuves inox thermorégulées… Les vinifications se réalisent désormais dans un seul et même endroit, avec l’objectif d’améliorer la qualité des vins, d’optimiser les assemblages et de faciliter la logistique pour les coopérants. Ce nouveau site regroupe les capacités de stockage des anciennes cuveries de Bennwihr, Barr et Sigolsheim.

« Ce nouveau site va nous permettre de franchir une nouvelle étape », se réjouit Emmanuel Vergely, responsable de communication de la marque, qui aime à souligner que Bestheim a profondément bousculé les habitudes des caves coopératives de la région, traditionnellement portées vers le vin tranquille et le gewurztraminer. « Notre cheval de bataille, c’est le crémant. Nous l’avons beaucoup développé, si bien qu’il représente aujourd’hui un volume de 5 millions de bouteilles, contre 10 pour les vins tranquilles ». Des crémants dont les vendanges, qui se sont déroulées durant la première quinzaine de septembre, laissent espérer un joli millésime 2014.

15% de baisse de production

Ce millésime, justement. Il a été riche en instructions pour les viticulteurs alsaciens, d’après Emmanuel Vergely. « Après le millésime 2013, qui avait été marqué par une baisse de production de 15%, ce millésime 2014 a une fois été marqué par des rendements réduits. Une nouvelle fois -15%. Malgré un printemps très beau, les pluies et les basses températures de juillet-août ont donné des foyers d’oïdium. C’était très épars. Tout comme les nuisances de la drosophile suzukii, qui a beaucoup perturbé la vendange cette année. L’ordre établi des vendanges par cépages a été perturbé, la récolte a été très morcelée. Il fallait s’adapter, être très réactif. Globalement, les raisins étaient sains, d’une bonne maturité, y compris les cépages sensibles comme le pinot gris, mais les rendements en ont vraiment pris un coup. Un cépage star comme le gewurztraminer, par endroit, a connu des baisses de production de 30 à 40%. C’est énorme ».

Selon Emmanuel Vergely, ce millésime 2014 est représentatif de la « nouvelle donne » des vendanges en Alsace : « on constate que les vendanges sont de plus en plus décousues, chaotiques. Il ne faut plus faire face à un seul type de problème par millésime, mais à une série de pépins éparpillés, localisés, auxquels il faut être tout de suite attentif ». Sans oublier qu’un tel déficit de production deux années d’affilée, sur un vignoble de 15 000 hectares, « va forcément avoir de l’impact sur les approvisionnements, le prix du raisin. Une structure comme Bestheim a la chance d’avoir une vaste palette de clients, mais l’enjeu aujourd’hui est de vendre « mieux » en se recentrant sur des marchés ambitieux. L’Alsace doit mécaniquement sortir des petits marchés pour regarder vers le haut. Ce sera plus difficile pour les petits vignerons. A ce stade, on compte les forces en présence, et on se prépare pour les négociations 2015″.

M.D.