Olivier Humbrecht (photo F. Hermine)
Olivier Humbrecht (photo F. Hermine)

Une centaine de domaines biodynamiques labellisés Biodyvin (sur 158 adhérents dont moins d’une dizaine d’étrangers) avaient répondu présent la semaine dernière pour présenter leur production à l’Intercontinental de Paris. L’occasion de refaire un point avec le président Olivier Humbrecht et d’évoquer le nouveau règlement.

Le Syndicat International des Vignerons en Culture Bio-Dynamie (SIVCBD) a enregistré cette année une douzaine de nouveaux adhérents dont Le château La Lagune, 3e grand cru classé en Haut-Médoc, le domaine Luneau-Papin en Loire, L’Enclos des Braves à Gaillac, le champagne Schreider… et deux domaines italiens (Croce di Febo en Toscane et Rivetto en Piémont)*. Mais ce qui faisait davantage parler sous la verrière du palace parisien, c’était le nouveau règlement intérieur du syndicat biodynamiste qui risque de décourager plus d’un opérateur : il a été voté il y a quelques semaines par le comité directeur, constitué de 18 adhérents issus de toutes les régions de France, qu’un domaine devait désormais adhérer via sa structure de production et non de commercialisation et donc avoir deux entités juridiques différentes. Il ne peut donc plus vendre des vins conventionnels sous la même marque ou sous un nom risquant d’induire en erreur le consommateur (comme Château Tartempion et Maison Tartempion). Autre changement, il ne peut plus vinifier de raisins conventionnels dans le même chai que les vins en biodynamie – “seul les raisins bios sont tolérés car ils ne peuvent pas polluer l’environnement” précise Olivier Humbrecht – et le logo Biodyvin est obligatoire pour les vins biodynamiques de ceux qui font du négoce. Actuellement, l’apposition du logo n’est pas obligatoire et d’ailleurs, le président estime à environ un quart les adhérents, en particulier les grands châteaux bordelais et bourguignons, ne l’utilisant pas sur leurs bouteilles.

Pas de “négoce bashing”

“Il ne s’agit pas de faire du “négoce bashing” mais de s’inscrire dans une dynamique vertueuse de transparence afin qu’il n’y ait pas de confusion possible pour les consommateurs, insiste le président Olivier Humbrecht. Cela vise aussi à encourager ceux qui font du négoce à inciter leurs apporteurs à passer au moins en bio. Ils peuvent jouer alors un rôle de mentor et expliquer à leurs fournisseurs comment un paiement à l’hectare peut les aider à compenser une baisse de production par exemple car c’est souvent là où ça bloque”. Le vigneron alsacien reconnait volontiers que la biodynamie engendre en effet un surcoût de production de l’ordre de 30% mais qui intègre en général la baisse de rendements. “Il faut toujours commencer par le travail des sols car c’est ce qui coûte le plus cher en main d’œuvre, en particulier le cavaillon, la bande de terre inaccessible à la charrue entre les ceps.

Biodyvin accordera à ses adhérents un délai de 3 ans renouvelable ; Olivier Humbrecht estime que près de 40% des membres de Biodyvin seraient concernés. “Bien sûr, certains m’ont dit d’emblée que ça n’allait pas être possible. Mais finalement beaucoup s’organisent ; ça risque de se révéler peut-être plus compliqué pour les grosses structures comme Chapoutier en Vallée du Rhône, ou Cazes en Roussillon”. A ce jour, trois domaines ont souhaité quitter Biodyvin : le rhodanien Domaine du Coulet, l’allemend Weingut Reichsrat von Buhl et l’italien Podere Le Ripi.

Par ailleurs, le rapprochement avec Demeter ne semble plus envisagé “mais actuellement nous avons 99% de nos cahiers des charges harmonisés. On peut regretter qu’actuellement, la biodynamie ne soit pas protégée car la certification ne relève que d’une marque privée. Seul le bio est encadré règlementairement. Mais au vu des dérives annoncées, les vignerons pouvant dire qu’ils sont en biodynamie en utilisant juste quelques principes, le gouvernement pourrait un jour décider d’une certification officielle et j’espère ce jour-là qu’on nous consultera”.

* Liste complète des membres sur www.biodyvin.com