L’Union des Grands Crus de Bordeaux (UGCB) tenait ce matin sa conférence de presse annuelle pour présenter les grandes tendances du millésime 2020 dont les dégustations professionnelles se tiennent actuellement. Qualité et hausse des prix en perspective.

Après une année 2020 totalement extraordinaire qui avait notamment vu les dégustations primeurs in situ annulées pour la première fois à Bordeaux, l’attente des professionnels était très forte. Les différents acteurs bordelais se sont donc adaptés pour permettre une présentation large du millésime 2020 en primeurs. L’UGCB a donc mis en place un dispositif original avec des sessions de dégustations organisées dans 5 villes, adaptées selon les contraintes sanitaires : Bordeaux, Paris, Bruxelles, Shanghai et Hong-Kong. Pour tous les autres marchés clés comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou bien encore la Suisse, l’UGCB a envoyé 130 échantillons représentant toutes les propriétés membres de l’association à 90 professionnels avec une logistique adaptée (camions et avions réfrigérés) assurée par la société bordelaise WS Logistics. C’est ainsi que le millésime 2020 va pouvoir être dégusté par environ 2500 acteurs majeurs du monde du vin. Et ce millésime s’annonce de très belle facture, achevant ainsi “une trilogie grandiose initiée par 2018 et 2019” comme l’a souligné Ronan Laborde, le Président de l’UGCB.

Si la chaleur a marqué tout le cycle végétatif de 2020 (hiver très doux, mois de mai presque estival, début septembre caniculaire), la sécheresse marquée de juillet et août a été soulagée par quelques pluies bienfaitrices notamment sur la rive gauche. Des conditions peu idéales pour les vins liquoreux qui ont eu de très courtes fenêtres de tir et affichent donc des niveaux de production très bas. Le château Sigalas-Rabaud n’a même pas pu produire de vin, une exception toutefois. Pour le reste, Ronan Laborde évoque “des vins blancs équilibrés avec des sémillons très savoureux, des vins rouges dotés d’une couleur exceptionnelle avec des niveaux d’anthocyanes record sur la décennie, de la concentration, de la densité et un éclat aromatique sensationnel. Avec, chose très surprenante, une très grande fraîcheur dans les vins et donc des vins moins riches et opulents que leurs prédécesseurs sur 2019, 2018, 2016, 2015 et même 2010 et 2009”. Un paradoxe qu’il explique par une acclimatation progressive du terroir à la succession de millésimes chauds.

Une reprise d’activité soutenue par l’Asie

La campagne primeurs qui sera lancée à la suite des dégustations professionnelles dès la mi-mai et jusqu’à début juin va intervenir dans un contexte plutôt meilleur que l’an passé. Alors que l’ensemble des propriétés participant aux primeurs avaient consenti des baisses de prix importantes pour s’adapter à la crise mondiale (au global d’environ 20% avec des baisses pouvant atteindre 33%), Ronan Laborde s’attend à des hausses de prix toutefois “raisonnées”. Les prix devraient certainement se situer entre ceux de 2018 et ceux de 2019, portés par plusieurs facteurs notamment des rendements en retrait par rapport à 2019 qui avait été un millésime généreux comme 2016. Mais également par un rebond économique certain notamment dans la principale zone d’export pour les grands crus bordelais, l’Asie. A elle seule, elle concentre environ 50% des ventes à l’étranger avec la grande Chine (incluant Hong Kong et Macao) comme premier marché (37% des ventes) suivi du Japon, de Taïwan et de nouveaux marchés très dynamiques tels que le Vietnam et la Thaïlande.

Sur les 962 millions d’euros de vins de Bordeaux haut-de-gamme exportés en 2020, l’Europe (hors France) demeure la seconde destination avec en tête la Grande-Bretagne qui reste le second marché mondial. Suisse, Allemagne et Belgique tiennent également le haut du pavé. Reste l’inconnue du marché américain. Traditionnel grand acheteur de primeurs, les ventes globales de Bordeaux y avaient baissé de 43% en volume et en valeur l’an passé du fait également de la surtaxe de 25% imposée par l’administration Trump. La récente levée de cette dernière et l’évolution de la crise sanitaire diront si le marché américain retrouvera sa prépondérance passée. Nul doute en tout cas que la campagne primeurs 2020 attirera les regards du monde entier et donnera une tendance quant au retour d’un certain optimisme au niveau mondial s’agissant de l’avenir.