Installée depuis 1864 à Epernay, cette Maison champenoise est relativement peu connue du grand public. Elle produit des vins singuliers qui témoignent d’un style affirmé depuis les origines et défient le temps avec brio.

« Nous sommes une toute petite Maison avec une production annuelle de seulement 300 000 bouteilles. En cave, seules 6 personnes dont notre chef de caves Nicolas Jager élaborent les vins ». C’est par ces mots que Frédérique Lenoir, Directrice marketing et communication de Freixenet Gratien (la Maison a été rachetée en 2000 par le groupe viticole allemand Henkell Freixenet) tient immédiatement à rappeler la taille modeste de Champagne Alfred Gratien au regard des poids lourds de la région, pour beaucoup présents sur l’avenue de Champagne située non loin du siège historique. Et c’est vrai que les occasions de dégustations de ces vins ne sont pas si nombreuses. La part de l’export a toujours été prédominante et représente encore aujourd’hui 80% des ventes. Si le marché français progresse, il se concentre toutefois uniquement sur le circuit traditionnel. C’est donc sur les plus belles tables de la gastronomie française que l’on retrouve la gamme très homogène dont le fil rouge est évidemment l’élevage sous bois. Depuis toujours, les vins sont ici vinifiés dans des barriques d’occasion, apportant une micro-oxygénation bénéfique à leur longévité tout comme une patine particulière. Tous les champagnes, du brut aux cuvées millésimées, offrent ainsi une matière ample et une complexité aromatique couplée d’une fraîcheur vibrante conférée par l’absence systématique de fermentation malolactique.

Un nouvel opus dans la collection Memory

Si la Maison dispose d’1,56 hectares en propre, ce sont surtout les 60 viticulteurs partenaires qui lui permettent de disposer d’une matière première de qualité issue pour les 2/3 des premiers et grands crus. Le chardonnay a toujours tenu une place toute particulière avec des approvisionnements en provenance notamment de la Côte des Blancs sur ses plus beaux terroirs (Avize, Mesnil, Chouilly, Vertus et Cramant). Le Meunier quant à lui provient de Leuvrigny, Damery et Reuil-sur-Marne. Quant au pinot noir, dont l’importance croit, c’est à Ludes et Bouzy que la Maison le sélectionne. Quelque soient les raisins, seules les cuvées, ces premières presses donnant les jus les plus qualitatifs, sont conservées. Parmi les pépites de la Maison, les millésimés de la collection Memory permettent d’expérimenter la magie des champagnes au vieillissement prolongé sous liège. Initiée en décembre 2020 avec les millésimes 1996, 1997 et 1998 (seuls les deux derniers sont encore disponibles, respectivement à 395€ et 365€), la collection s’est récemment enrichie du superbe millésime 1999 (350€). Un assemblage souverain de 65% de chardonnay, 20% de pinot noir et 15% de meunier au nez d’une intense fraîcheur, portant des notes précises d’agrumes légèrement confits et quelques élans briochés. Un vin droit dans ses bottes, insolent de vivacité qui semble virevolter en bouche comme un jeune homme qu’il n’est pourtant plus tout à fait. Il offre aussi de fins amers superbes en finale qui, comme pour le 1997, apportent un surcroît de complexité. Voici un champagne récemment dégorgé, évidemment tout indiqué pour la table où il mettra sa noblesse au profit de produits de son rang, comme un homard juste laqué d’un beurre noisette, des Saint-Jacques crémées, un ris de veau truffé voire une belle pièce de chevreuil. Assurément un grand champagne promis à un très long avenir.