Il y a un an, le groupe Rémy Cointreau rachetait le champagne J. de Telmont. Son président, Ludovic du Plessis, dévoile aujourd’hui les motifs qui ont guidé cette acquisition, et son programme pour la Maison, avec pour objectifs un passage au 100 % bio, une réduction drastique de son empreinte carbone, et une transparence maximum que reflète déjà le nouvel habillage.

Le rachat du champagne J. de Telmont (rebaptisé Telmont), par le groupe Rémy Cointreau est né d’un rêve. Celui de Ludovic du Plessis de reprendre un jour une maison de spiritueux ou de vins. Global Executive Director du cognac Louis XIII de 2014 à 2020, Ludovic s’est forgé au fil des années une certaine vision du luxe. Il a commencé sa carrière dans les cigares et découvert le champagne en organisant un tasting commun en 2003. « Je m’étais appuyé sur le top 10 de mes collectionneurs, ils s’étaient moqués de moi, en me disant que le cigare allait prendre le pas sur le champagne et qu’on allait boire du schweppes. A l’époque, à mes yeux, le meilleur champagne, c’était Dom Pérignon. J’avais sollicité la marque pour qu’ils m’envoient six bouteilles, ils ont fait encore mieux en proposant également la participation de leur chef de caves Richard Geoffroy. J’ai été conquis par son charisme. Trois semaines plus tard, j’ai vu une annonce et j’ai saisi l’opportunité pour rejoindre sa maison. J’ai travaillé ainsi pendant cinq ans pour Dom Pérignon, puis cinq ans pour Moët & Chandon. Cela m’a façonné. Plus tard, j’ai adoré la Grande Champagne dans le Cognac, mais je n’ai jamais oublié le champagne avec lequel j’ai vécu une histoire d’amour. »

Aussi, lorsque Ludovic (photo ci-dessus) commence à cultiver ce désir d’entrepreneuriat, c’est naturellement qu’il retourne aux sources et part à la recherche d’une maison de champagne. « J’en ai vu quelques-unes. Je me suis arrêté sur J. de Telmont à Damery que je ne connaissais pas. J’ai trouvé le jus incroyable. J’ai d’abord goûté le BSA, parce qu’une maison est bonne si son flagship est bon. Il est toujours facile d’apprécier les cuvées particulières. De fait, le blanc de noirs ou le sans souffre, sont des vins superbes ! Mais si le BSA est bon, la messe est dite, et le BSA est vraiment bon ! Fondée en 1912, au lendemain des révoltes vigneronnes, j’ai été très intéressé par l’histoire de la maison : des champagnes centenaires, il n’y en a pas tant ! Telmont a ses propres vignes, ce n’est donc pas une coquille vide et l’entreprise est demeurée familiale puisque Bertrand Lhôpital représente la quatrième génération. Le fait qu’il soit à la fois chef de caves et chef des vignes était très important pour moi : le même homme crée son raisin et son vin. Enfin, ce qui m’a donné la certitude d’avoir entre les mains une pépite, c’est son engagement environnemental précoce. Dès 1999, Bertrand a arrêté les herbicides, en 2014, il a demandé la certification bio qu’il a obtenue en 2017 pour une première partie du domaine. Aujourd’hui, 72% du vignoble en propre est en bio ou en conversion, 39% de celui des vignerons partenaires, soit au total 50 % des 80 hectares qui nous approvisionnent. »

De nouveaux engagements radicaux en faveur de l’environnement

Ludovic rencontre des investisseurs prêts à le soutenir mais propose aussi le projet à son groupe, proche par ses valeurs (des terroirs, des hommes et du temps !). « J’ai rencontré le président et la famille Hériard Dubreuil, je leur ai raconté l’histoire de cette maison et ce que je voulais en faire, mon projet d’entrepreneur. Ils ont tout de suite été favorables. C’est ainsi que je suis devenu non pas entrepreneur, mais intrapreneur (Ludovic est lui aussi actionnaire) ! » Il faut dire que le projet bâti par Ludovic est novateur. Baptisé « Au nom de la terre », il affiche une série d’objectifs ambitieux. En premier lieu le passage au 100 % bio dès 2025 pour le domaine, et en 2031 pour les vignerons partenaires. « Je suis convaincu que le vin est bon, quand la terre est belle. Cela va nous prendre des années, parce que notre maison va aussi croître en volume. Il ne s’agira donc pas seulement de convertir nos vignerons partenaires actuels, mais aussi d’attirer à nous d’autres vignerons séduits par cette philosophie. En Champagne, la surface en bio représente 3% de l’appellation, on part de loin ».

La maison a décidé d’abandonner les éléments de packaging (étuis, coffret). « Nous, on vend du champagne, est-ce que vous voyez dans les grands crus bordelais des coffrets ? On aura du papier de soie lorsque c’est nécessaire et rien de plus ». Côté flacon, Telmont emploiera pour ses nouveaux tirages exclusivement la bouteille verte du Comité champagne, réputée plus légère et plus recyclable, tandis qu’une collecte des bouteilles usagées sera organisée, lesquelles seront redirigées vers d’autres filières comme celle du cidre. Depuis 2015, la consignation des bouteilles en Champagne est en effet interdite, pour des raisons de sécurité. Telmont s’approvisionnera à 100% en électricité renouvelable, via sa politique d’achat, et l’installation de panneaux solaires. Un travail sur la chaîne logistique amont et aval pour réduire les émissions carbones sera réalisé, en excluant en particulier les transports aériens.

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Satisfaire le besoin de transparence des nouveaux consommateurs

Côté consommateurs, Telmont veut adopter une transparence totale qui passe par l’affichage exhaustif des informations liées à l’élaboration sur l’étiquette et non pas sur une contre-étiquette, tandis que les flacons sont désormais numérotés afin d’assurer leur traçabilité. « L’étiquette doit tout dire, parce qu’elle représente la carte d’identité du champagne. » La Maison conserve sa gamme, qui devrait cependant se resserrer à l’avenir sans remettre en cause les cuvées iconiques. Aujourd’hui, elle a déjà renforcé la qualité des vins avec un allongement du vieillissement sur lattes du BSA, passé de 30 mois à 36 mois et lance sa première cuvée certifiée Bio « Réserve de la Terre », ficelée à la main (l’un des beaux savoir-faire artisanaux de la maison avec le remuage manuel). Le nouveau concept a déjà séduit de grands restaurateurs. En particulier Laurent de Gourcuff, à la tête de Paris Society, propriétaire de Monsieur Bleu et la Giraffe, mais aussi Gilles Malafosse, le patron de Loulou…

Enfin, la Maison, récompensée du Trophée de l’œnotourisme, a engagé des travaux conduits par l’agence Saguez pour rénover ses espaces d’accueil : salle à manger, cuisine de chef… « Mais les tracteurs seront toujours là ! Je suis ravi qu’on tombe dessus en arrivant. Ici on travaille le raisin ce qu’on oublie parfois en visitant certaines maisons. Nous ne sommes pas un château dans les vignes, je préfère qu’on parle d’un atelier de production, l’atelier Telmont ».

Cuvée « Réserve de la Terre », prix recommandé : 60,20 €
www.champagne-telmont.com

Ci-dessous : Bertrand Lhopital