(photos F. Hermine)
(photos F. Hermine)

Le château Duvivier dans le Haut-Var, renommé pour son travail sur le développement durable, a sorti deux cuvées à partir de cépages résistants, le souvignier gris et le muscaris.

Erik et Lolita ne manquent pas d’idées pour orienter toujours plus le château Duvivier vers le développement durable. La base est déjà solide. Le domaine est depuis 25 ans le laboratoire de la méthode Delinat créée en Suisse par Karl Schefer. Un cahier des charges viti et vini en bio qui se veut plus rigoureux que le label AB et comportant également des volets RSE et biodiversité. Il lui permettait de trouver des fournisseurs exclusifs notamment pour les marchés suisse et allemand. Lorsqu’il rachète le domaine du Haut-Var à Pontévès, la bâtisse est en mauvais état et les vignes en friche. Le château est rénové avec une quinzaine de chambres pouvant accueillir uniquement les clients Delinat ; le vignoble d’une vingtaine d’hectares bordant les collines boisées du massif du Bessillon est restructuré avec la création d’un chai en 1998. Duvivier sera confié pendant une vingtaine d’années à Antoine Kaufmann qui va s’attacher a réduire les traitements, augmenter la fertilité des sols avec des pratiques bio et biodynamiques, initié la permaculture avec petit maraîchage et arbres fruitiers…

Toujours plus de biodiversité

Lolita Roche et Erik Bergmann ont pris la suite depuis cinq ans après avoir travaillé dans de nombreux domaines en Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud… Le jeune couple passionné poursuit le travail entamé en bio et biodynamie, développe l’agroforesterie notamment “pour la biodiversité”. “Nous disposons de tracteurs thermiques, bientôt du photovoltaïque sur le parking et nous espérons en 2021 être autosuffisant”. Des bassins de rétention font office de zones tampons pour des parcelles trop humides entre vignes, vergers et potager et des “vagues” ont été créés en travers des chemins pour réorienter le ruissellement des eaux pluviales vers les vignes. “L’objectif est que chaque goutte d’eau qui tombe sur le domaine reste chez nous, explique Erik. Depuis 3-4 ans, nous cherchons à aller plus loin sur l’enherbement, l’aération des sols, la permaculture… Ça prend un peu de temps et d’huile de coude mais c’est mieux que de se raccorder au canal de Provence et ça coûte moins cher”. Entre les rangs, des hotspots constitués de buissons, de plantes aromatiques et d’arbres accueillent des “hôtels à insectes” aménagés dans de vieilles barriques, dans des pots en terre cuite et des rocailles. Environnement-Ecologie venu réaliser en 2019 un inventaire enthomologique a recensé l’an dernier 167 insectes différents sur le domaine…qui attirent de nombreux oiseaux et chauve-souris qui y ont aussi leurs abris.

Poursuivre les essais sur les cépages résistants

Les deux jeunes vignerons s’émancipent doucement, font évoluer les cuvées existantes pour mieux les valoriser, et s’attellent à poursuivre les recherches sur les cépages résistants. Les premiers avaient déjà été plantés à la fin des années 90 avec 20 à 40 pieds d’une quarantaine de cépages suivis à l’époque par l’Inra et le centre du Rosé. 1,2 ha ont été replantés en 2015 en cépages résistants, 4,2 devraient entrés en production d’ici 3-4 ans. Lolita et Erik ont déjà sorti deux cuvées à partir de cépages résistants, le souvignier gris et le muscaris. Comme les autres vins de la gamme, ils sont fermentés et vinifiés en levures indigènes. “Finalement, nous avons abandonné le cabernet blanc, pas si résistant, peu productif et manquant de matière et d’équilibre, complète Lolita. En rouge, le cabertin est encore en expérimentation et les cépages qui avaient été retenus par le Centre du Rosé comme l’artaban et le vidoc semblent finalement mal s’accommoder de la chaleur provençale”.

Terre de Vins a aimé :

Endevenidou (14,50€) : l’avenir en provençal Un assemblage à 70% de souvignier gris avec rolle et grenache blanc élevé en barrique. Le souvignier est un cépage blanc à baies roses, croisement de cabernet sauvignon et de bronner, cépage résistant, en particulier à l’oïdium, au mildiou et au botrytis. Au total, une parcelle expérimentale de 0,24 ares sur 1,2 ha plantée en 2015 avec cinq cépages. 2100 bouteilles.
Une belle couleur jaune paille, des aromes de fruits blancs, verveine, agrumes, un joli gras, une note de fenouil, une pointe d’épices et une finale saline, un vin fruité et aromatique qui rappelle le chardonnay

Suço Meu (25 € les 50 cl) : sucrerie en provençal. Un IGP Var (dans le décret depuis 2019) 100 % muscaris, croisement de muscat petits grains et du cépage résistant solaris. 24 ares. Le cépage particulièrement précoce n’est pas adapté pour élaborer un blanc sec ; Lolita et Erick ont poussé la maturité (récolté fin septembre) pour en faire un vin moelleux (90 g de sucre résiduel) vinifié et élevé en barriques dont la fermentation est stoppée par le froid. Une note mentholée sur des arômes de fruits jaunes (abricots, mirabelle), fleurs jaunes (genêt), une note exotique, et acidulée amandes et de raisins croquants. 1000 bouteilles