©Cédric Vlemmings
©Cédric Vlemmings

Ce magnifique château s’est imposé en l’espace de quelques années seulement comme une référence, devenant en 2020 l’un des 14 « crus bourgeois exceptionnels ». Un classement qui vient couronner une décennie d’efforts.

A seulement 20 kilomètres au nord du centre de Bordeaux, le château de Malleret apparaît au visiteur avec toute sa majesté héritée à travers les siècles. Bâtiments remontant au XVIème siècle pour leur partie la plus ancienne, vignoble existant ici depuis plus de 200 ans et représentant 60 ha sur les 350 ha du domaine composé également d’un magnifique parc planté au XIXème siècle. Le lieu est admirable, fascine, d’autant que son identité est intimement liée à celle du cheval qui y tient une place centrale. Le haras est mondialement réputé pour élever des cracks, les installations dernier cri en témoignent. Mais surtout, c’est le plateau de graves superbes qui donne tout son potentiel à Malleret. Pourtant, lorsque Paul Bordes en a pris en charge la gestion de l’exploitation, tout était à construire. « A l’époque, j’avais noté en préambule de l’audit que j’avais réalisé à mon arrivée : « domaine à l’abandon » », aime-t-il rappeler. Comme pour donner encore plus de force à tous les chantiers qui ont été entrepris. Les investissements nécessaires n’avaient pas été réalisés si bien qu’il fallait repenser globalement l’avenir de la propriété. Dans ce parcours, long et périlleux, un homme va jouer un rôle déterminant. Il s’agit de Stéphane Derenoncourt, célèbre consultant vigne et vin. Lui et son équipe bien sûr, en particulier Hannah Fiegenschuh et Simon Blanchard, vont participer au réenchantement de cette belle endormie.

Respecter l’identité et la vérité d’un terroir

Le lieu peut assurément produire de grands vins. Encore fallait-il que les moyens suffisants soient alloués et une approche adéquate mise en œuvre. La vigne avant tout. Sans elle, point de salut. De vieilles parcelles vieillissantes ont donc été arrachées. Le roi cabernet sauvignon, qui trouve sur cette terre chaude de graves günziennes et de graves fines un terroir d’élection, a été replanté. Il constitue aujourd’hui la majorité de l’encépagement (65%) complété par du merlot (31%) et du petit verdot. A cette occasion, la densité de plantation a été sensiblement augmentée, passant de 6000 pieds à l’hectare à près de 10 000. L’un des moyens simple d’augmenter la concurrence racinaire permettant d’aller renforcer une certaine puissance dans les vins qui n’est pas l’apanage de ce type de terroir. L’enherbement va venir également jouer un rôle similaire avec la création d’un mulch entre les vignes, couvert organique de surface de sols particulièrement sujets au tassement. Plus récemment (2021), le domaine a entamé une conversion vers le bio et introduira (presque logiquement) des chevaux dans les vignes.

Parallèlement, une nouvelle cuverie a été inaugurée en 2017, démultipliant le nombre de cuves et leurs capacités pour permettre une approche véritablement parcellaire de la vinification. Pas moins de 54 cuves pour 55 hectares en production. Et surtout des volumes de 40hl à 140hl, bien loin des anciennes cuves de 300hl qui ne pouvaient que lisser les expressions spécifiques des différentes parcelles. Ces ensembles de mesures s’apparentent à une véritable révolution, portée avec enthousiasme par les équipes. Avec, une décennie plus tard, la récompense ultime. Celle d’être reconnu cru bourgeois exceptionnel. La qualité des vins en témoigne. Leur progression est très nette. Encore démonstratifs et un peu patauds au début des années 2010, ils ont gagné en précision, en élégance, en droiture. Désormais fidèles à leur terroir aérien, ils offrent des équilibres précis et une fraîcheur admirable. Le château de Malleret 2019 rouge avec ses tanins poudrés et son milieu de bouche délié, est à ce titre un parfait exemple. Le Baron de Malleret, second vin, joue davantage sur un fruité plus immédiat. Quant aux blancs, vinifiés pour la première fois en 2019, ils font honneur au sauvignon (monocépage pour cette cuvée) avec une grâce et une fraîcheur brillamment révélées. En somme, Malleret est un modèle de remise en question et une illustration du dynamisme retrouvé de Bordeaux.