En 2020, le château Mangot, fleuron des vignobles Todeschini en Saint-Émilion Grand Cru, s’offre une seconde jeunesse. Nouveaux habillages, aboutissement de la certification en bio, consolidation d’une stratégie de commercialisation partagée entre la place de Bordeaux et un réseau “fait maison”… dans la famille, on n’a pas l’habitude de se reposer sur ses lauriers.

Nous vous avons déjà parlé de Karl et Yann Todeschini. Depuis qu’ils ont repris en 2008 les rênes des propriétés familiales (Château Mangot en Saint-Émilion Grand Cru, Château La Brande en Castillon Côtes de Bordeaux) acquises par leur grand-père maternel Jean Petit et développées par leurs parents Anne-Marie et Jean-Guy Todeschini, les deux frères n’ont cessé de se remettre en question pour toujours améliorer la qualité et la précision de leurs vins, élargir leur gamme, renforcer leur distribution, étendre leur notoriété. Un véritable travail de fond qui aujourd’hui paie et permet au duo de compter parmi les nouveaux talents du vignoble bordelais.

La cuvée “Todeschini” devient “Distique”

Douze ans après avoir commencé à inscrire leurs pas dans ceux des générations qui les ont précédés, Karl et Yann concluent un cycle et en amorcent fièrement un nouveau : cette année 2020, bien que chamboulée par la pandémie de covid-19 et les affres du confinement, est l’occasion pour eux d’annoncer plusieurs actualités majeures. Tout d’abord, une refonte de leur gamme qui s’accompagne d’un nouvel habillage. Estimant que les derniers millésimes produits portent définitivement leur “pâte”, les deux frères ont voulu que le contenant soit aussi soigné que le contenu, défendant une certaine “délicatesse” voire “une touche ‘italienne’ dans le goût des belles choses, de l’élégance, du raffinement…” Le millésime 2018 qui arrive actuellement sur le marché est le premier à bénéficier de ce relooking. Les Todeschini ont travaillé en famille et avec “un partenaire choisi pour son engagement, son franc-parler, ses convictions, sa plume et son coup de fourchette” (les initiés auront reconnu la description de Vincent Pousson) pour élaborer des étiquettes précises et épurées, faites de matières nobles jusque dans le choix des papiers et des cires. La cuvée “porte-drapeau” Château Mangot, destinée à incarner “un vrai bon rapport qualité-prix en grand cru sur plateau calcaire”, est illustrée d’une gravure de 1897 du Féret achetée aux enchères. L’ancienne cuvée “Todeschini”, destinée à être une plus libre interprétation du millésime par les deux frères, tant au niveau de l’assemblage que de l’élevage (bois ou jarres), est rebaptisée “Distique” et s’offre une étiquette quasi subliminale, où dominent les notions fortes de famille, d’ancrage géographique (Saint-Etienne de Lisse) et historique (1515, date originelle du nom Mangot). Pour l’anecdote, en poésie un distique est la “réunion de deux vers de mètre différent, formant un sens complet”. Désormais, au lieu d’un millésime, Distique affichera un numéro, sachant que le N°1 correspond à l’année 2008. Le château La Brande, en appellation Castillon Côtes de Bordeaux, bénéficie lui aussi d’un habillage repensé.

2020, aboutissement de la conversion en bio

Ces nouveaux habillages – jusque dans le choix des caisses bois, très soignées – servent d’écrin à un 2018 qui a été le premier millésime vendu via la place de Bordeaux pour les frères Todeschini. Une mise en marché qui a connu un franc succès et qui vient récompenser tout le travail de positionnement de marque fait en amont. Pour autant, Karl et Yann n’abandonnent par leur réseaux de cavistes et de sommeliers qu’ils continuent de peaufiner en direct. Les primeurs 2019 leur ont permis de confirmer la pertinence de cette stratégie – et ce n’est que justice, tant l’ensemble de leurs vins est en constante progression. De plus en plus précis au vignoble – l’année 2020 est celle de l’aboutissement de leur conversion en bio – comme au chai, où les vinifications sont faites en douceur et où ils n’hésitent pas à combiner barriques, foudres et amphores au stade de l’élevage, les frères Todeschni produisent des bordeaux de caractère, francs, nets, élégants et digestes, représentatifs de leurs terroirs. À 17,50 € TTC la bouteille de Château Mangot en primeurs, on est sans doute parmi ce qui se fait de mieux en rapport qualité-prix sur la rive droite. Bon, beau et bio, Château Mangot a de sérieux arguments pour s’inviter dans votre cave.

Commentaires et notes Primeurs de la rédaction de Terre de Vins.

Château Mangot 2019
95-96

Robe de pur velours, déjà magnifique, mais ce n’est rien à côté du nez envoûtant, riche, sur des effluves éclatants, intenses, suaves, sur la cerise noire, le cuir de fruit, ourlé d’une subtile touche havane. Attaque très pleine puis palais bien resserré sur une ligne minérale. Il y avait une grosse matière, bien mûre, que l’équipe du domaine a amenée sur l’élégance. Tanins fondus, mâche soyeuse. Très grosse progression.

Distique N°12
96

Nez très pur et tonique, profond, dense. La bouche s’illustre sur une grande tension, des cabernets de grande classe sur terroir calcaire, élancés, frais, très aromatiques. Une matière d’une grande pureté, des tanins ciselés, du juteux, c’est un vin fin et identitaire, à la finale remarquable, très salivante et digeste.
40% merlot, 40% cabernet franc, 20% cabernet sauvignon. Élevage 1/3 barriques Neuves, 1/3 en foudre bois 20 Hl, et 1/3 en amphore.

Château La Brande 2019
92

Une certaine franchise dans ce vin qui s’annonce sur un frit explosif, droit, net. La bouche est très sapide, dotée d’un joli grain de tanin marqués par une jolie rusticité. C’est un vin bien dans ses bottes, qui parle de là d’où il vient, juteux, sanguin, désaltérant, signé par de beaux amers en finale.