(photo Millésima)
(photo Millésima)

Le château Palmer, 3ème grand cru classé 1855 à Margaux, donne désormais rendez-vous aux acteurs et aux amateurs de la filière vin en commercialisant, chaque année, le dernier millésime affichant 10 ans d’âge. Ce sera donc cette fois-ci et pour la première, le fabuleux 2010.

Dante Nolleau, directeur de la communication arrivé au printemps 2020 au sein de la propriété, nous explique : “il s’agissait de créer un deuxième temps fort après les primeurs, mais aussi d’invoquer une tradition lors du dernier repas des vendange (la gerbaude). On y ouvrait une bouteille de 10 ans d’âge”. Et l’on verra que ces dix ans d’âge ont du sens.
Le château Palmer garde chaque année une partie importante de sa production. Ce stock de bouteilles pourra être mis en marché plus tard. Une attente qui a un coût mais que le château accepte de supporter car l’amateur comme le château y trouvent des bénéfices.
Lesquels ? “L’acheteur a l’assurance que le vin a été bien conservé”, indique Dante. C’est aussi une réponse à une demande naissante de la part de nouveaux amateurs qui n’ont pas eu le temps de se constituer une cave – quand ils en ont une qui convient – et de faire vieillir leurs bouteilles. Ils trouveront là le moyen de déguster des vins qui “sont dans le premier palier de leur maturation” comme le dit Thomas Duroux, le Directeur Général. D’ailleurs, comme pour confirmer l’intérêt d’attendre dix années avant d’ouvrir une grande bouteille, Dante Nolleau ajoute : “Emile Peynaud* avait cette règle de ne jamais boire un grand cru classé avant 10 ans”. Et puis, le château Palmer garantit que les conditions de vieillissement au château ont été excellentes et que la bouteille n’a pas voyagé ou transité de cave en cave dont on ne connait pas toujours la valeur.

Thomas Duroux regrette lui aussi que parfois, les vins soient bus trop jeunes et ne donnent pas ce qu’offre “le franchissement de ce premier palier de maturation” : ce que confirme bien évidemment la dégustation faite tout récemment au château sur le 2010. Il y a sans doute un peu de pédagogie dans cette intention de livrer les vins après dix années d’attente : “une éducation des grands amateurs”, précise avec bienveillance Thomas Duroux . Mais 10 années pour ce 2010 est un tout début, car ce vin a un fort potentiel et “pourra être conservé bien au-delà des 10 ans”.

Un prix calculé

Quant au prix, le château a considéré plusieurs paramètres avant de fixer son tarif pour le négoce. Pour le premier d’entre eux, Thomas Duroux indique qu’il s’agit de “respecter le consommateur qui a fait le même achat en primeur et qui doit conserver le sentiment d’avoir fait une affaire correcte. On se retrouve avec des prix consommateurs qui sont en phase avec le prix de sortie en primeur”. Toutefois, la difficulté est “qu’il n’y a pas de cote stable et que les prix fluctuent beaucoup d’un vendeur à un autre sur le marché d’un vin âgé. Il y a une forte variation selon les marchés et les canaux de distribution”, explique Thomas Duroux. Et de conclure : “le prix décidé par le château l’a été essentiellement en fonction de la valorisation perçue, en fonction aussi d’un premium qui est la conservation au château pendant neuf années”.
Quant à la quantité mis en marché, Dante Nolleau est clair là-dessus : “nous mettons en marché le 2010 restant : il n’y en aura plus après. Palmer va jusqu’au bout du stock”. Ce sera “l’ultime mise en marché du millésime N-10 de la propriété”.

Palmer 2010

2010 est un formidable millésime à Bordeaux. A Palmer, comme un peu partout dans le bordelais, le déficit hydrique a eu pour conséquence que les raisins avaient “des baies très petites avec une richesse aromatique et une préservation de l’acidité étonnantes. Quelques millimètres de pluies salvatrices lors de la deuxième semaine de septembre ont accéléré la maturation des pellicules”. Le château nous dit : “lorsque nous avons présenté Château Palmer 2010 en primeur, nous savions que ce vin ferait date dans l’histoire de la propriété. Intensité, profondeur et complexité en étaient la démonstration. Rares sont les millésimes offrant un tel sentiment de plénitude.”

Qu’en est-il dix années plus tard ? Le vin a commencé à s’ouvrir et a atteint son premier plateau de maturité. La robe est sombre et profonde. Nez de fraise écrasée, de fruits rouges et noirs avec des touches discrètes d’eucalyptus et de menthol. La bouche est pleine, suave, sur une matière noble : de la chair et un boisé bien dosé, bien intégré. Un vin puissant et majestueux. Un monument qui, en effet, commence à être accessible.

L’amateur ne pourra qu’être convaincu et sera donc attentif à la prochaine mise en marché du 2011, lors du dernier jeudi de septembre 2021, pour cette opération ritualisée.

* Emile Peynaud (1912-2004) : surnommé le « père de l’œnologie moderne », il a été œnologue, professeur à l’université de Bordeaux. Figure emblématique, il a contribué à révolutionner les techniques de vinification.