L’humoriste Jason Chicandier s’associe avec le vigneron des Costières de Nîmes Luc Baudet (le Clos des Centenaires) pour lancer sa gamme de vins, baptisée Domaine de la Chicanderie. Les deux associés ont reçu Terre de Vins dans leurs vignes du Gard pour raconter cette nouvelle histoire.

Ses vidéos génèrent des millions de vues et sa page Facebook attire à elle seule plus de 270 000 abonnés. Jason Chicandier est plus qu’un humoriste, c’est un phénomène qui, depuis près de trois ans, fédère autour de lui une communauté de bons vivants, amateurs de bonne chère, de bonnes quilles et de belles tablées entre copains. Mais derrière le personnage truculent aux débordements tonitruants se cache un garçon beaucoup plus subtil que ce que laissent entrevoir ses punchlines devenues culte. Derrière Chicandier se cache Laurent Regairaz, un quadragénaire originaire de Saint-Étienne qui se définit lui-même comme “issu d’un milieu bourgeois, fils de médecins de Province, vrai libertaire et, à la base, un intello”. Titulaire d’un diplôme de notaire, Laurent est, depuis toujours, un fou de cinéma et de musique, aussi bien biberonné à Coluche qu’à Brassens et Barbara, filleul de Pierre Gagnaire et adepte du “gai savoir”, qui depuis sa plus tendre enfance a toujours fait rire ses potes, écrit des pièces et des sketches, filmé des courts-métrages, et rêvé d’en faire sa – vraie – vie.

“On est pas des Allemands”

Le destin se met en branle en 2018 lorsque, alors juriste en entreprise, celui qui partage sur les réseaux (“quand Facebook est arrivé, j’ai su que j’avais trouvé mon terrain de jeu”) les petites capsules vidéo filmées dans sa voiture sous le pseudo de Jason Chicandier signe une séquence peu élogieuse envers les banquiers, ce qui va lui valoir de se faire remercier par ses employeurs. Peu affecté par cet épisode, l’humoriste en herbe y voit surtout l’occasion de poursuivre la voie qui le fait vraiment vibrer : faire rire son prochain. Quelques jours plus tard, deuxième couche du destin, Chicandier envoie la vidéo qui va faire définitivement le buzz, celle du “vendredi bleu métal” : en d’autres termes, le vendredi midi, interdit de penser au travail, on boit des coups avec les collègues ou les copains, jusqu’à rouler sous la table, parce que, vous comprenez, “on est pas des Allemands”. La séquence devient virale, attire des millions de vues, et Chicandier devient un véritable porte-étendard. De quoi d’ailleurs ? Pas seulement des amateurs de viande rouge et d’apéros qui durent, mais de celles et ceux, toutes générations confondues, qui veulent insuffler une dose de folie et d’irrévérence dans leur quotidien, sans garder l’œil sur l’apport calorique. “Tout ça dans une hygiénisation totale de la société, où on t’explique ce qu’il faut que tu bouffes, ce q’uil faut que tu boives, et comment tu dois penser”, explique l’intéressé.

Dès lors, ça s’emballe. Jason Chicandier publie ses vidéos à un rythme stakhanoviste, s’offre un featuring à succès avec l’équipe de Gueuleton, puis lance début 2020 une émission exclusive pour le web, “L’addiction s’il vous plait”, dans laquelle il se met à table avec des invités célèbres. De Bruno Solo à Laurent Gerra, de Fred Testot à Joël Dupuch, en passant par Clara Morgane (son plus gros succès, devinez pourquoi), il installe ce rendez-vous hédoniste et consolide sa figure de bon vivant “à la française”, qui lui vaudra même d’hériter du rôle d’Ordralfabétix dans le prochain épisode d’Astérix réalisé par Guillaume Canet. En parallèle, Chicandier diversifie ses activités, lance sa marque de bière Bleu Métal, sa marque de vêtements (Bleu Métal et Bleu Métal Golf), ses accessoires de cuisine (Bleu Métal Gourmet), tourne un spectacle en streaming avec Laurent Gerra et Eddy Mitchell, et prépare pour le septembre prochain le retour de son spectacle “Un jour sans faim” à la Comédie de Paris.

Ci-dessous : Chicandier passe au rouge ! (Éloignez les enfants…)

Que manquait-il au paysage ? Le vin, pardi ! Toujours très à l’aise pour ouvrir des magnums d’un geste large, Chicandier n’est pas juste un franc buveur, c’est aussi un connaisseur. Initié au vin avec un Clos Vougeot 1976, amateur de grands vins du Rhône, de Bourgogne et du Languedoc (la Grange des Pères, Daumas Gassac et le domaine Peyre Rose font partie de ses références), il semblait tout naturel qu’il en vienne à faire son propre vin. Un jour, en tournage de “L’Addiction” avec Fred Testot, il découvre les vins de Luc Baudet au Clos des Centenaires, en Costières de Nîmes. Chicandier, qui vit désormais dans le Languedoc, n’est qu’à un jet de bouchon du vigneron gardois ; les deux hommes se rencontrent, le courant passe : ils partagent le même goût des bonnes choses et pas mal de références en commun. Luc, ancien ingénieur reconverti dans la vigne depuis une vingtaine d’années, a fait du Clos des Centenaires un des fleurons de l’appellation. Le vigneron propose à Chicandier de reprendre ensemble 2 hectares de vignes. Ainsi naît le Domaine de la Chicanderie. “Notre philosophie, c’est de produire des vins simples et de qualité, des vins de plaisir et de copains, qui séduiront de jeunes consommateurs qui se sont détournés du vin pour aller vers des alcools plus forts ou vers la bière”, expliquent les deux compères. “Le vin c’est très bourgeois, et la bourgeoisie n’est jamais aussi bonne que quand elle est bousculée”, poursuit Chicandier. “C’est ce qu’on essaie de faire : bousculer les codes avec des vins canaille, qui amèneront peut-être de nouveaux amateurs à élargir leur curiosité”.

La gamme de la Chicanderie se divise en trois segments : “Buvez tranquille”, des vins de négoce en blanc, rouge (les deux en Côtes du Rhône) et rosé (en Coteaux d’Aix), vendus à 10 euros ; “Les Insatiables”, produits en Costières de Nîmes et dans les trois couleurs, plutôt taillés pour la table, vendus à 12 euros ; et, prochainement, “Les Métaphores”, un blanc et un rouge produits sur les 2 hectares acquis en commun, visant la gastronomie. Au total, six cuvées disponibles (bientôt huit), d’une jolie complémentarité et d’une excellente cohérence, sur un registre de buvabilité gourmande et sacrément bien balancée. On apprécie particulièrement “Buvz tranquille” rouge 2019, assemblage 75% grenache, 15% syrah 10% cinsault, un vin de soif explosant de fruit et de réglisse, juteux à souhait, fini avant même d’avoir commencé (vivement le magnum), et “Les Insatiables” blanc 2020, 80% roussanne, 10% marsanne, 10% viognier, mariant une élégance florale avec un côté poire juteuse, à la fois gras et tendu, bien élancé. Pour l’instant déclinée sur des volumes modestes (3000 à 7000 bouteilles selon les cuvées), la Chicanderie est distribuée via le réseau de caves V and B et le site Vinatis. Compte tenu de la notoriété de Jason Chicandier, on ne s’inquiète pas tellement pour son succès. Et pour s’en persuader, il vaut mieux écouter l’intéressé (avertissement aux oreilles sensibles)…

Photos et vidéos : Albert de Monts