À l’épreuve du confinement, la vie au sein du Haut-Médoc Cru Bourgeois Supérieur en biodynamie a ses bons et ses mauvais côtés. Les surfeurs du Château Doyac peuvent travailler à la vigne, Max de Pourtalès élabore son propre pain bio, les chevaux pour le polo se portent à merveille mais la vente de vins est quasi-nulle. Max, de sa propriété lovée à Saint-Seurin-sur-Cadourne, nous donne le yin et le yang.

Quel est votre premier sentiment à l’égard de cette crise ?
Pour être franc, avec les travaux à la vigne qui se poursuivent normalement, on n’a pas l’impression d’être confinés. Le confinement à la campagne est à relativiser. Et, à Doyac, on a la chance d’être 6 salariés, ma fille Clémence, mon épouse Astrid, moi-même ainsi que trois surfeurs. Comme le surf est interdit, ils sont très disponibles et ils sont très contents de venir travailler… Ils sont polyvalents, de la vigne au chai. L’inquiétude chez eux est de savoir s’ils vont pouvoir ouvrir leurs écoles de surf du côté d’Hourtin-plage pour la saison. Les pauvres, s’ils surfent, c’est 135 euros d’amende, c’est un peu aberrant quand on voit l’attroupement dans certains magasins… Bref, mais à la propriété, on s’organise bien, on travaille les sols, on traite avec les solutions biodynamiques que prépare Clémence. Tout roule.

Qu’en est-il des ventes de vins ?
C’est l’arrêt absolu. Mon principal négociant m’a appelé pour me dire qu’il avait perdu 80% de son Chiffre d’Affaires. Concernant le positionnement, il nous conseille de ne pas monter nos prix, ce ne serait pas prudent. Toutefois, il ne nous conseille pas de descendre car le fait d’être devenu Cru Bourgeois Supérieur et d’être labellisé bio et biodynamie sur le millésime 2019 est un atout. Il me dit que nous n’avons pas d’inquiétude à nous faire. Et le vin est magnifique. Les premières dégustations primeurs sont très positives. On a aussi une carte à jouer sur notre second vin, Le Pélican*, toujours en Haut-Médoc, un 100% merlot qui a le niveau de qualité du premier vin que nous produisions il y a 5 ans. La conversion bio et biodynamie a tiré la qualité vers le haut. Et les cabernets francs plantés il y a quelques années viendront bientôt améliorer notre assemblage qui devrait devenir 70% merlot, 20% de cabernet franc et 10% de cabernet sauvignon.

Vous avez 30 hectares de vignes, 4 hectares de prairies, des surfeurs, un terrain de polo mais aussi un four à pain de professionnel, pour la vie en autarcie c’est un bon point…
Heureusement, je peux encore acheter du foin et du fumier à Pauillac pour les chevaux et les vignes. Des commerces de première nécessité sont ouverts à Pauillac. Et pour le pain, je le faisais de façon irrégulière dans mon four à pizza. Il faut faire un bon levain et bien faire sa pâte, j’ai regardé sur internet… Depuis le début du confinement, je le fais tous les jours avec de la farine bio de chez une productrice voisine, les Champs d’Élodie. Mais elle est à court de farine car elle a multiplié la vente des pains qu’elle élabore également. Alors, je me pose la question de cultiver dans l’avenir mon propre blé bio, pourquoi pas sur une parcelle de vignes arrachées en y plantant au préalable de la luzerne. Tout est envisageable, s’acheter une meule et il me restera à passer un CAP de boulanger.

En attendant, comment peut-on se procurer du Doyac pour faire passer le temps du confinement dans les meilleures dispositions ?
On ne vend pas de vins pour le moment, c’est très compliqué car nous n’avons pas développé la vente directe aux particuliers et la livraison n’est pas encore au point. C’est onéreux d’envoyer 2, 3, 6 bouteilles. Ou alors il faudrait que je livre le vin jusqu’à Libourne à un transporteur qui ensuite ferait les livraisons. Ce n’est pas rentable. Et le mieux est que je sois sur mon tracteur. Donc, avant la crise, 20 000 bouteilles sont parties pour les États-Unis via notre négociant et 14 000 pour la Belgique, depuis plus rien ne bouge. Je ne sors que pour déposer en moto quelques échantillons primeurs à Bordeaux. Quel plaisir, il n’y a personne sur les routes ! Dans le coin on peut se procurer du Château Doyac à la Winery de Bordeaux.

Quand prévoyez-vous la sortie du tunnel ?
Je ne suis pas très optimiste car je n’ai pas confiance en nos politiques, il y a trop de voix discordantes qui préfèrent sacrifier l’économie à la santé. La santé est primordiale mais à trop se protéger, la France ne va pas se relever. A un moment donné, les Français vont exploser. Et le mouvement des Gilets jaunes à côté, ce sera peanuts. A l’échelle du vin et de Bordeaux, je pense que la campagne des primeurs aura lieu en septembre. Le marché du vin va reprendre. Il y aura toujours de la place pour les bons rapports qualité-prix. En attendant, on a de quoi s’occuper à la propriété. A ce sujet, samedi soir, on a eu quelques grêlons mais plus de peur que de mal. Et attention, on n’est pas encore sorti de la période de gel possible.

* Cette marque est aussi celle de leur cuvée de vin blanc (AOC Bordeaux), un 100% sauvignon, le premier millésime est 2019.

EN BONUS
Pour rappel, notre note et commentaire de dégustation de
CHÂTEAU DOYAC 2018 en primeurs
94-95
Le premier nez est timide avant de devenir intense en fruits noirs et de facto profond. L’attaque est éclatante et précise à la fois, la pureté de la grosse cerise noire est maîtrisée avec une structure tannique soyeuse et contenue. Il n’y a pas de hasard dans ce vin, il est pensé.