Les incendies qui ont frappé l’Oregon mi-septembre n’ont pas fait de dégâts dans les vignes des domaines français installés dans cet état de l’ouest américain. Mais les fumées ont pu atteindre les raisins, faisant planer une menace sur le millésime 2020. Entretien avec Véronique Drouhin-Boss, œnologue de la maison Drouhin, propriétaire d’un domaine à Dayton.

Vous encadrez actuellement les vendanges du domaine familial en Oregon. Les incendies ont-ils eu une influence sur la récolte 2020 ?
Par chance les feux n’ont pas atteint nos vignes. Mais la fumée a été intense, et elle l’a été pendant pas mal de jours. Des molécules responsables de goûts désagréables peuvent entrer dans les peaux des raisins, on doit faire très attention. On a tout une année qui pourrait être affectée. C’est triste car on tenait un grand millésime, avec de petites grappes, et une maturité exceptionnelle. Mais on n’oublie pas que c’est plus ennuyeux pour ceux qui ont perdu leur maison. Certains sont dans des situations dramatiques, il faut relativiser.

De quoi parle-t-on, concrètement, quand on évoque ces “goûts de fumée” ?
Ce sont des molécules liées à un sucre. Quand les liaisons se coupent, cela devient odorant. On s’en rend compte pendant la vinifications, ou plus tard dans la vie du vin. On des goûts de fumée subtils, comme peut le donner le fût de chêne. Mais aussi des goûts moins agréables, de bacon, ou de cendrier vide… C’est en fonction de la quantité. Cela s’analyse, et on attend avec impatience les résultats. Mais les labos sont saturés.

Peut-on corriger ces phénomènes ?
On s’est beaucoup documentés, auprès d’amis qui ont eu le problème en Californie. Certains nous ont même gentiment envoyé des vins. Mais même si les Californiens ont déjà été confrontés au problème [et le sont encore actuellement, NDLR], les recherches ne sont pas encore avancées. Bien sûr, on va adapter nos pratiques. Comme l’arôme se cache dans les peaux, on privilégie les vendanges manuelles plutôt que mécaniques et on limitera les extractions. Mais on est quand même inquiets du résultat final. Il existe des traitements, mais ceux-ci risquent de dépouiller les vins. Peut-être qu’on ne fera pas nos cuvées les plus prestigieuses cette année.

[Parmi les quelques maisons bourguignonnes ayant investi en Oregon, les Drouhin font figure de pionniers. Depuis 1987, la famille beaunoise produit essentiellement du pinot noir dans cet état du nord-ouest américain, où elle possède désormais plus de 100 hectares plantés.]