(photos Jean-Michel Brouard)
(photos Jean-Michel Brouard)

Depuis 30 ans, la famille Drouhin produit en Oregon des cuvées de pinot noir et de chardonnay de très belle facture. Une aventure américaine qui s’élargit aujourd’hui avec un nouveau domaine.

Oubliez les siècles d’histoire viticole qui ont lentement façonnés la Bourgogne. Il y a 40 ans, l’Oregon viticole n’existait pas. Dans cet état situé au nord de la Californie, les choses se sont construites à une vitesse incroyable. Certaines régions disposaient en effet de tous les atouts pour pouvoir produire des vins de qualité et devaient donc nécessairement émerger. C’est le cas de la Willamette Valley, la région la plus réputée de l’état. C’est là que commence en 1987 l’histoire américaine de la famille Drouhin. Robert Drouhin achète à cette époque un domaine auquel il croit compte tenu de la qualité des sols acides et volcaniques, de l’exposition des collines vers l’est, de la climatologie parfaitement adaptée notamment au pinot noir, avec des saisons bien marquées, des étés chauds aux nuits fraîches, élément déterminant pour conserver de l’élégance de ce cépage capricieux. Le lieu rappelle la Bourgogne et va s’avérer un terroir rêvé pour produire de grands vins. Mais être un pionnier n’a pas que des avantages. A l’époque, il n’existe que 30 propriétés et seulement 500 hectares de vignes. Tout est à apprendre, à construire. Le choix des porte-greffes lors de la plantation des vignes, la densité de plantation à adopter (l’usage américain est alors de 3000 pieds à l’hectare ce qui est bien trop peu), les machines à utiliser, l’origine des fûts pour l’élevage des vins. De nombreuses expérimentations seront menées, doublées de l’observation du travail des voisins. La voie tracée rappelle au final la Bourgogne. Les densités sont portées à 7700 pieds à l’hectare, les machines importées de France, tout comme les pièces bourguignonnes de 228 litres qui permettront d’apporter un boisé subtil au cours de l’élevage des vins.

Élégance et capacité de vieillissement

Dès le départ, Véronique Drouhin, la fille de Robert, va prendre en main la destinée du domaine familial. Les références sont évidemment bourguignonnes, que ce soit Chambolle-Musigny pour les rouges ou Puligny-Montrachet pour les blancs. Aucune volonté de (vainement) copier les vins de Bourgogne, mais l’envie de procurer un plaisir de dégustation équivalent. Les Dundee Hills, sorte d’AOP locale dans laquelle se situe le domaine, sont certainement le lieu le plus propice pour y parvenir. Les chardonnays du domaine présentent ainsi de l’ampleur, une acidité bien intégrée qui les rend particulièrement digestes. Ils ont en commun avec les cuvées de pinot noir d’offrir une densité en bouche impressionnante, un fruité bien présent, parfois chaleureux et une allonge certaine. Car le roi ici n’est pas blanc, il est rouge. Avec 95% de l’encépagement, le pinot noir règne en maître incontesté et l’on comprend pourquoi. Le pinot noir 2014 (39 €) du domaine est éclatant, ciselé, doté de tannins soyeux et d’une grande complexité aromatique. La cuvée Laurène 2013 (52, 90 €) se révèle quant à elle généreuse, bien épicée, plus imposante. Un vin à attendre patiemment car il vieillit avec panache, à l’instar du grand 1998 encore fringant, fruité, à peine marqué par des arômes d’humus et de sous-bois. Les vins ont une identité propre mais ils font honneur au cépage qui les constitue. Les amateurs auront également plaisir à découvrir les vins du second domaine familial acheté en 2013 : Roserock. Produits légèrement plus au sud, les vins gagnent ici encore en puissance à l’instar de la cuvée Zéphirine 2014 (49 €), assemblage des meilleures parcelles.

Tous ces vins sont aujourd’hui distribués en France et vont prochainement être rejoints par l’excellent vin de négoce « Cloudline » (environ 25 €) aux délicates notes de fruits rouges. Drouhin et l’Oregon, une belle histoire d’amour qui ne fait que commencer.