Photo : Anne Serres
Photo : Anne Serres

A l’initiative du département de l’Hérault, seize vignerons ont apporté leur témoignage et leurs vins pour parler des cépages qui pourront contribuer à l’avenir du Languedoc face au changement climatique. La dégustation a eu lieu à Montpellier ce mardi 9 novembre. Entre cépages locaux oubliés et cépages importés, la question de la résistance à la sécheresse a aussi révélé de délicieuses pépites !

Le département de l’Hérault se mobilise face au changement climatique, priorité stratégique de son président, Kleber Mesquida. Outre un plan irrigation (lancé en 2019, avec l’objectif d’irriguer 22 500 ha supplémentaires d’ici 2030 pour un budget de 310 M€ en cofinancement), des plantations sur ses trois domaines expérimentaux, le Conseil Départemental contacte des vignerons héraultais, mais aussi gardois, audois et pyrénéens-orientaux, qui ont planté des cépages qui font face à la sécheresse sans flétrir, qu’ils soient patrimoniaux ou venus d’ailleurs et en particulier de zones sèches d’Italie et d’Espagne. Les visites dans ces domaines (et chez un pépiniéristes et dans les stations viti-vinicoles de l’Aude et des Pyrénées-Orientales) ont permis de s’interroger sur la culture de ces cépages, leur vinification, mais aussi les opportunités de marché qu’ils représentent.

Ce mardi 9 novembre, en présence d’Yvon Pellet, vice-président délégué à l’économie agricole et à l’aménagement rural, sous la direction de Gisèle Soperas, Responsable de l’Observatoire Viticole du département, a eu lieu la première dégustation de ces cépages, fraîchement plantés (comme le nielluciu, dont l’acidité claquante équilibre le fruit rouge grenadine du rosé Bélier Bleu du Domaine Saint-Clément, 14 €) ou présents depuis parfois plus de 30 ans (comme le zinfandel du Domaine de l’Arjolle, 14,50 €, ample et généreux comme il sied à ce cépage tardif ; opulent, oui mais sans déborder, encadré dans un élevage extrêmement bien maîtrisé).

Cépages anciens : intenses envolées

Du côté des patrimoniaux, on citera la counoise, cépage rouge réputée plus intéressante en assemblage que seule (elle figure parmi les treize cépages de Châteauneuf) ; aux Terrasses de Gabinèle, elle est parfaitement autonome ! Sa robe très claire, ses accents savoureusement viandés sur un fond de cerise et ses tannins gentiment griffus sous la patte de velours évoquent le pinot noir et pour 6,80 € c’est un coup de coeur pour cette cuvée Ponpon le Cheval (le nom, l’étiquette, le fond, la forme, tout y est, à 13 °) !

Le morrastel était également présent aux deux bornes du spectre des prix de cette dégustation, représenté par le domaine de Villeneuve d’Anne-Lise Fraisse à Claret (7,50 €) et par le Mas Granier de Jean-Philippe Granier à Aspères dans le Gard (45 €). Ce cépage que le Languedoc a négligé mais que l’Espagne a conservé sous le nom de graciano, présente l’immense avantage d’offrir une pleine maturité de ses arômes et de ses tannins dès 13° d’alcool potentiel.

On note ce trait commun aux cépages patrimoniaux redécouverts : des degrés tout doux! Vient confirmer cette règle : le Ribeyrenc de Thierry Navarre. Voici les chiffres dans l’ordre pour un tiercé gagnant : 13,90 en euros, 11,5 en degrés, 15 en milligrammes de sulfites libres. Une robe rubis claire, un fruit rouge croquant et net, éblouissant !

Venus d’ailleurs : d’autres équilibres

Nous ne quitterons pas cette page sans vous parler des raretés étrangères : au Château Laroque, en biodynamie, l’assyrtiko et la malvoisie d’Istrie (dont nous vous avions parlé ici) remarquables d’opulence épicée dans un cas comme dans l’autre, avec un fruit tropical goyave-ananas pour l’assyrtico sur une arête acide plus marquée que pour la malvoisie, plus enrobante sur la mangue avec une touche florale de genêt. Seul cépage portugais présent au panel : le touriga nacional encore en brut de cuve, mais ce millésime 2020 est déjà étonnamment prêt au Domaine Saint-Clément, à suivre!

Terminons enfin sur l’autre coup de cœur en tête de notre liste des courses-plaisir : le saperavi du domaine de Villeneuve (7,50 €, là encore, comme pour le morrastel). Ce cépage géorgien à peau épaisse s’exprime là sur des notes croquantes de fruit rouge, un équilibre tannin-acidité inédit, inattendu. Schématisons un déroulé en bouche bien connu : “attaque aromatique en force – poigne tannique en cœur – finale relevée par l’acidité”. Ce saperavi nous offre une attaque fraîche, du fruit rouge croquant en cœur de bouche et une finale sur la mâche tannique, savoureuse, juteuse en finale. Résistant à la sécheresse, définitivement !