Eloi Jacob (photo JP Lamarque)
Eloi Jacob (photo JP Lamarque)

Après avoir dirigé pendant six ans le château Fonplégade, grand cru classé de Saint-Émilion, Éloi Jacob vient de changer de rive pour prendre la direction générale du château Fourcas Hosten, propriété de la famille Momméja en appellation Listrac. Il reprend le flambeau laissé vacant par Caroline Artaud, partie au château Clerc Milon en novembre dernier.

Éloi Jacob, nouveau directeur général de Fourcas Hosten, a suivi de 2000 à 2003 des études à l’ENITA de Bordeaux (aujourd’hui École nationale supérieure des sciences agronomiques de Bordeaux Aquitaine). Première vinification dans la vallée de Sonoma en Californie pour revenir notamment faire “un mémoire de fin d’étude sur 1200 ha des terroirs viticoles du Ventoux suivi d’une vinification”. Éloi Jacob est plutôt fier “d’avoir identifié cinq terroirs qui puissent être vinifiés” et de constater que ces identifications “ont débouché sur une nouvelle production de 5 vins d’identités différentes”. Puis retour à Bordeaux, où le couple d’Américains Denise et Stephen Adams lui confie la gestion de deux domaines prestigieux : Fonplégade (Saint-Émilion Grand cru classé) et l’Enclos (Pomerol) pendant 16 années, dont 6 au poste de directeur général.

Une affaire d’entente et un outil de production au top

L’appel d’une nouvelle aventure aura certainement conduit Éloi Jacob à changer de rive pour venir à Listrac. Mais les challenges sont peu évidents à identifier à Fourcas Hosten, tant le château a progressé depuis une dizaine d’années grâce à la dynamique impulsée par ses ambitieux propriétaires et par Caroline Artaud, qui a piloté le vignoble pendant plus de neuf ans.
“Cette propriété est un fleuron du Médoc”, confie Éloi Jacob. “Elle va de l’avant depuis son acquisition en 2006 par Laurent et Renaud Momméja. Leur rencontre a été un atout majeur dans ma prise de décision. Ils sont très à l’écoute et sont habités par une permanente remise en question pour évoluer. Les Momméja ne viennent pas du milieu agricole mais ils ont su s’encadrer des bonnes personnes pour avancer vite. Depuis mon arrivée, il ne se passe pas un jour sans que Renaud Momméja m’appelle. On travaille en toute transparence”.

Éloi Jacob aura trouvé à son arrivée une propriété plus qu’en ordre de marche. “J’arrive dans un outil de production qui est au top !” suite à tous les investissements qui ont été faits ces dernières années. Pour preuve, une restructuration du vignoble qui après une étude parcellaire a été replanté en grande partie avec des porte-greffes adaptés et une nouvelle densité de 10 000 pieds à l’hectare ; un cuvier et un chai à barriques entièrement nouveaux ; puis, bientôt, un “pôle viticole” dédié aux engins agricoles et intégrant une “tisannerie”, en voie d’achèvement. La beauté du site de Listrac et de la bâtisse bourgeoise entièrement rénovée ont fini de convaincre Éloi Jacob de relever le défi. Mais de nouveaux projets sont aussi dans le viseur.

Biodynamie et grands vins blancs

“Les frères Momméja m’ont contacté car ils veulent mettre le vignoble sur la voie de la biodynamie”, explique le nouveau directeur général (NDLR, Fourcas Hosten est déjà en conversion en agriculture biologique, avec certification pour les blancs en 2020, et en 2021 pour les rouges). “Ils recherchaient quelqu’un qui avait les bases techniques pour franchir le pas”, poursuit-il. Or Éloi Jacob est celui qui a converti le château Fonplégade à la biodynamie : une expérience précieuse à l’heure de rejoindre Fourcas Hosten. “Les Momméja croient vraiment en ce qu’ils font, ils veulent transmettre un patrimoine et un outil de production opérationnel avec un respect de la tradition et de l’environnement”, précise-t-il.

Le nouveau directeur général arrive avec la conviction que Fourcas Hosten dispose d’un grand terroir, où de nouveaux paliers peuvent encore être franchis. Parmi tous les millésimes qu’il a dégustés, un s’est avéré particulièrement déterminant : le 2003. C’est une année de canicule où, selon les terroirs, la vigne s’est comportée très différemment. “Le sous-sol argilo-calcaire a permis de produire un vin formidable, ce qui est le marqueur d’un excellent terroir”, selon Éloi : confirmation que de grandes choses peuvent être produites ici, jusque dans la difficulté.

Par ailleurs, Fourcas Hosten a planté, en 2013, 2,5 ha de blanc. Une originalité historique puisque Listrac en produisait beaucoup avant 1960 – et avec talent. Un atout qui n’a pas échappé à Éloi, très séduit par ce blanc particulier, mais surtout “surpris et étonné” de voir à Fourcas Hosten une telle production, confidentielle en volume mais “d’une qualité et d’une originalité” qui a capté toute son attention. Une dégustation des trois millésimes produits atteste de l’intérêt que les amateurs doivent porter à ce vin.

Une équipe mobilisée

Éloi Jacob arrive donc dans une propriété portée par un beau dynamisme et par une équipe d’expérience. “Cette équipe est là depuis de nombreuses années (les plus jeunes ont au moins 10 d’expérience), avec quelques salariés qui ont plus de 30 ans et qui connaissent bien les vignes. Il y a ici une base solide”, explique-t-il. “Ouverture d’esprit”, “habitude ré-interrogée” et “formation solide” sont quelques-uns des qualités collectives que le directeur général a rapidement identifiées. “Et puis on a un vrai leader d’équipe en la personne du chef de culture Xavier Bruyez, qui maîtrise très bien son travail et qui a été moteur pour la conversion en bio”. Sans oublier bien sûr la talentueuse directrice commerciale, Sophie Solnicki-Thierry.

Éloi Jacob se déclare donc ravi d’arriver dans ce bel environnement, esthétique et technique à souhait, où la relation humaine est porteuse. Des atouts dont il se saisit pour relever des challenges déjà bien identifiés, tout en apportant sa touche personnelle : achever la conversion en biodynamie, parfaire la replantation, terminer la construction du pôle agricole. Outre les fonctions de Directeur Général, Éloi Jacob occupera également les fonctions de directeur technique, ce qui lui permettra de renouer avec la vinification au côté du maître de chai. “Ma volonté est de mieux comprendre les différents terroirs et d’aller davantage dans la précision” résume-t-il, tel un credo.