Le ban des vendanges a lancé le top départ le 17 août pour le vignoble, soit la deuxième date la plus précoce depuis les cinquante dernières années (la première étant 2003, avec un début de vendanges le 13 août). Un millésime qui s’annonce prometteur mais hétérogène, présenté par Daniel Bulliat, président d’InterBeaujolais

Si vous deviez résumer 2022 ?

Ce sera un millésime de vigneron. C’est-à-dire qu’en fonction de ce que les vignes de chacun(e)s auront vécu, il y aura de vrais choix techniques à faire en cave. On ne pourra pas cuver trop longtemps les petits grains par exemple, il faudra peut-être travailler plus à froid… Si c’est réussi, on pourra comparer certaines cuvées à 2015, qui reste pour moi le plus beau millésime de ma carrière (en termes de concentration et de garde).

Quand avez-vous commencé les vendanges dans votre domaine, et se présente pour vous le millésime 2022 ?

Nous avons ramassé les premiers raisins le 23 août, en Côte-de-Brouilly, sur les parcelles exposées plein sud, et nous finirons probablement par les vignes au-dessus de Beaujeu et à Chiroubles: on a environ trois semaines de décalages entre les parcelles précoces et tardives.

Mais l’ordre de ramassage n’est pas toujours le même d’une année sur l’autre, cette année par exemple ce sont les parcelles exposées sud et aux sols peu profonds qui ont mûri plus vite du fait de la sécheresse estivale.

Quel est d’ores et déjà l’impact du climat du millésime sur la récolte ?

Le plus gros défaut, voire le seul, de ce millésime en Beaujolais sera d’avoir un goût de trop peu… Les vignerons qui font 40 hl/ha seront ravis, mais certains devront se contenter de rendements inférieurs, même de moitié. A titre de comparaison, les grappes pesaient en moyenne 110 grammes l’année dernière, contre parfois 60 cette année !

Même si les pluies de juin ont sauvé les meubles, les 20/25mm du mois d’août n’ont pas permis de compenser la perte estivale en eau, d’environ deux tiers.

En revanche, plus on va dans les zones tardives, et plus ce millésime s’annonce superbe.

Mais ce ne sera pas la même chez tout le monde en raison des impacts de la grêle des orages de juin qui ont plus fortement marqués certains vignerons, comme la sécheresse.

Quels impacts préfigurez-vous déjà sur le marché des vins du Beaujolais ?

On va à nouveau se retrouver avec un stock tout près des pâquerettes… Donc on va être tendu sur l’offre.

L’impact se mesurera probablement sur les marchés d’entrée de gamme, notamment la grande distribution, où le prix final pour le consommateur risque d’augmenter un peu.

Et le marché des Beaujolais Nouveaux risque d’être également plus tendu, à la fois en raison d’un manque de production comme des contraintes tarifaires qui pèsent sur le transport à l’export en ce moment.

Les épisodes de sécheresse risquent de se reproduire, plus fréquemment et avec au moins la même intensité, comment anticipez-vous les choses ?

Les vignes plantées ne seront évidemment pas déplacées, en revanche on essaie de planter un peu plus en hauteur. On gagne entre un demi et un degré tous les 100 mètres, donc on privilégiera les parcelles situées à au moins 400 mètres d’altitude.

Nous menons par ailleurs des expérimentations avec la Sicarex (centre de recherche viti-vinicole, ndlr), dans leur domaine du Château de l’Eclair, avec par exemple un relevage des ceps et une culture en vignes hautes, là on essaye d’avoir les premières grappes à 50/60cm du sol plutôt que 30/40.

Mais en effet, il vaut mieux que l’on commence à s’y préparer, d’autant que le gamay n’est pas un cépage qui aime particulièrement les canicules : jusqu’à 37 degrés avec des nuits qui rafraîchissent, ça va, mais au-delà, c’est plus compliqué.