©F. Hermine
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Pour fêter les 50 ans de l’appellation Cahors, historiens et chercheurs ont remonté la piste du malbec en se penchant sur les archives de l’Antiquité à nos jours pour tenter de retrouver l’origine exacte du cépage et mieux cerner son évolution historique et géographique. Le malbec viendrait bien du Quercy.

Depuis 2014, chercheurs et historiens ont planché sur l’histoire du vignoble de Cahors en tentant de faire la part de l’Histoire et des légendes  « car on entendait des versions très différentes d’un vigneron à l’autre, reconnait le co-président des vins de Cahors Pascal Verhaeghe. Ce travail collectif a permis de démêler un peu mieux le vrai du faux, la réalité du farfelu ». Une enveloppe de 40 000 € a été consacrée à ce travail de recherches pour mieux définir le patrimoine cadurcien. Un effort budgétaire de l’Union Interprofessionnelle des Vins de Cahors (UIVC) en partenariat avec le Crédit Agricole Midi-Pyrénées. Les recherches étaient dirigées par deux historiens, Pascal Griset professeur à la Sorbonne et Léonard Laborie, chercheur au CNRS avec Patrice Foissac président de la Société des études du Lot.

Du Quercy à Fontainebleau

On retrouve des traces de la vigne dans le Quercy dès l’Empire romain à partir de quelques serpettes servant à la fois en agriculture et en viticulture, de dessins et de sculptures sur des stèles et des sarcophages comme celui des vendanges à la cathédrale de Cahors ou encore de pépins de raisins minéralisés et d’amphores attestant d’une culture du vin cadurcien. Restait à enquêter pour tenter de découvrir l’origine du malbec identitaire aujourd’hui du vignoble cadurcien. « On a rencontré de nombreuses versions, certaines le faisant venir de Hongrie ou d’autres accusant les lotois de l’avoir déprécié en l’appelant ‘mauvaise bouche’ en occitan selon les Argentins » analyse Léonard Laborie.

Il apparait que le malbec ayant comme ascendant la magdeleine noire des Charentes (comme le merlot) et le prunelard de Gaillac ait été identifié comme cépage principal de la région à partir du XVIe même si aucune mention de cépage n’a été retrouvé dans les écrits du Moyen-Age. Il est accompagné d’une cohorte de synonymes, pas moins d’une soixantaine répertoriés, mais l’hypothèse la plus crédible semble celle d’Henri Galinié selon laquelle il viendrait du samoireau. Il aurait été apporté au XVIe par un Quercynois, un certain Rigal, dans le vignoble commandé par François 1er. Le roi voulait que l’on y plante les cépages de toutes les régions pour identifier les meilleurs pour le vin. C’est ce plant qui va ensuite être diffusé largement et baptisé du nom du village où il avait été planté près de Fontainebleau (Samoreau aujourd’hui).

L’expansion bordelaise

Il devient auxerrois, dérivé d’austerus, vin austère et sombre, selon Patrick Foissac. Mais également malbec pour lequel deux hypothèses apparaissent : Jean-Batiste de Secondat évoque une plantation croissante fin XVIIIe dans le Médoc d’un cépage malbeck du nom d’un propriétaire viticole mais on n’en retrouve nulle trace dans les cadastres; selon Auguste Petit-Lafitte, il aurait été planté rive droite à Sainte-Eulalie par un certain Malbeck (il existe d’ailleurs un château Malbec appartenant aujourd’hui au groupe Castel). En tout cas, tout concorde pour attester de l’origine quercynoise du malbec qui aurait ensuite prospéré en Aquitaine. Il connait une large expansion au XIXe dans le Bordelais (Cahors a d’ailleurs failli être inscrit dans la zone d’appellation bordelaise au début du XXe) mais également en Australie, au Chili puis en Argentine. Après le phylloxera, il se fait plus discret, ne subsistant qu’autour de Cahors. Il est surtout replanté à partir des années 60 au moment où l’Argentine commence à l’arracher avant de le redécouvrir dans les années 90.

Ces pistes passionnantes après des recherches minutieuses ont pris plusieurs années aux différents historiens mobilisés sur le sujet, de l’Antiquité à nos jours. Elles sont détaillées dans deux ouvrages publiés aux éditions Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, « Vignoble et vin de Cahors de 1650 à 1850 » de Sophie Brenac-Lafon (24 €) et Textes choisis et présentés par Patrick Foissac, Pascal Griset et Léonard Laborie « Vins de Cahors et du Quercy ». Un recueil sur l’histoire des hommes, des lieux et des produits (22 €).