Le président de la maison Joseph Drouhin est devenu, lundi 22 mars, président de l’interprofession bourguignonne. Ses pairs l’ont désigné pour achever le mandat de Louis-Fabrice Latour, qui a souhaité se mettre en retrait pour des raisons personnelles. Jusqu’au prochaines élections, en décembre, Frédéric Drouhin devra s’attaquer à de nombreux dossiers “chauds” en collaboration le président délégué François Labet. Entretien.

La présidence du Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) est une lourde charge. Pourquoi l’avoir acceptée ?
J’ai eu la confiance de mes confrères pour achever le mandat de Louis-Fabrice Latour. Pour des raisons qui sont les siennes, il a pris du recul. J’ai réfléchi avant d’accepter cette responsabilité, qui demande beaucoup de temps. J’ai une profonde amitié pour Louis-Fabrice, et je souhaitais qu’il puisse avoir confiance pendant son absence. Il y aussi des dossiers d’une extrême importance, pour lesquels il ne faut pas s’arrêter au milieu du chemin. Je pense aux futures cités des vins et climats, ainsi qu’à la charte environnementale.

Cette charte environnementale a été signée en 2017. Pourquoi l’évoquer à nouveau ?
De bonnes bases ont été posées. Mon intention n’est pas de les remettre en question. Mais j’ai le sentiment qu’après l’enthousiasme de départ, on est un peu au point mort. Il y avait plusieurs objectifs. D’abord expliquer notre métier, pourquoi l’on traite nos vignes, qu’on soit en bio ou non, et avec quels produits. Quant un tracteur traite avec de la poudre de roche, quelqu’un qui ne sait pas peut croire c’est un produit chimique. Il y a ce devoir d’explication, d’autant plus que l’on a de plus en plus d’œnotourisme dans nos vignes.
Ensuite, il faut préparer la transition de la chimie à des produits plus respectueux. Parce qu’on est conscients que pour l’environnement, pour les salariés, il faut trouver des alternatives. Certains vignerons ont plus d’expérience que d’autre, ils sont prêts à partager. Avec les représentants de la viticulture, il faut reprendre tous les points clefs de cette charte, retourner sur le terrain, et accompagner ceux qui sont encore hésitants, pour diverses raisons. On ne peut pas continuer à faire comme avant, on ne peut pas se voiler la face.

Les futures cités des vins de Beaune, Mâcon et Chablis font également partie de vos priorités, pourquoi ?
Sur ces futurs sites, tout le monde a eu son avis. Pour certains, il fallait faire autrement, ou pas le faire du tout, pour des questions de prix, d’esthétique… Mais en regardant un reportage sur la pyramide du Louvre récemment, je me suis dit que finalement, c’est un peu la même idée : au début tout le monde a critiqué. Et finalement, on ne regrette pas. On sera tous ravis de pouvoir emmener des amis, accueillir des visiteurs dans ces bâtiments. Je crois que c’est dans la nature humaine de voyager, même post-Covid. Historiquement, le Bourguignon a toujours été accueillant. La difficulté qu’il va falloir gérer, c’est la cohabitation entre le tourisme dans nos vignes et notre activité quotidienne. On ne pourra pas avoir un million de visiteurs dans les vignes de la Côte de Beaune, même si je ne pense pas qu’on passe si vite à cette échelle-là.

Les conséquences du dérèglement climatique sur les vins de Bourgogne font-elles également partie des dossiers urgents ?
D’une manière générale, l’interprofession a entamé des réflexions techniques pour lutter contre le dépérissement du vignoble. Cela comprend des problématiques climatiques, mais aussi génétiques, et les maladies du bois. C’est une grande part du budget. Le BIVB travaille depuis longtemps sur ces aspects, de concert avec d’autres interprofessions et des labos de recherche. Il faut s’assurer que l’on aura toujours du raisin. Car faire la promotion de vins que l’on a pas, cela devient compliqué…