La famille languedocienne s’est constituée au fil des ans un bouquet de 7 domaines dont 5 sont déjà certifiés bio, soit quelque 260 hectares. Au moins l’un d’entre eux sera en conduit en biodynamie d’ici trois ans : le domaine Causse d’Arboras, juste en dessous du Larzac tout au nord de l’Hérault, offre dès fin janvier la première cuvée nature d’une gamme ambitieuse.

“Nature, c’est à dire un vin bio, sans aucun intrant ajouté en cours de vinification – ni levures, ni sulfites, ni filtration” : voilà la première définition donnée par Matthieu Carliez, directeur technique des vignobles Jeanjean. Et en même temps que ce premier repère, le regard du responsable des vignes et vinifications s’éclaire d’une étincelle de passion… “L’agriculture biologique s’appuie chez nous sur trois justifications. C’est d’abord pour les gens qui travaillent dans les vignes. Chez AdVini (groupe ombrelle des vignobles Jeanjean) le développement durable n’est pas une option, c’est un objectif très clairement posé. Ensuite ce que nous voulons c’est exprimer le terroir : le cultiver sans produits de synthèse, c’est lui laisser cette possibilité d’expression. Les acquisitions de la famille se sont toujours faites sur l’originalité du vin produit dans chaque propriété et le bio respecte mieux cette identité. Enfin, l’agriculture biologique mobilise les équipes aux côtés des vignes. Le bio c’est d’abord observer, puis trouver des solutions. Aller le plus loin possible, pour se passer de cuivre par exemple ! Depuis cinq ans nous menons un programme de recherche sur les levures présentes naturellement dans chaque domaine. 80% sont des levures existantes dans le commerce, dans les 20% restants, il faut arriver à identifier celle qui réalisera la fermentation la mieux aboutie, la plus respectueuse de la vendange : nous soignons nos raisins, nous voulons des jus éclatants”.

Fervent défenseur du bio, on l’aura compris, Matthieu Carliez a aussi l’ambition de défendre une gamme de 1, 5 million de cols répartis sur des terroirs très différents, depuis le domaine du Pive (notre top rosé 2016 avec la cuvée Vie de Bohême) en Petite Camargue où l’écosystème est passionnant (l’eau de mer est à environ un mètre de profondeur), jusqu’au domaine de Fenouillet à Faugères (avec un énorme coup de cœur dans notre magazine actuellement en kiosque pour la cuvée Père La Minute 2014), en passant par la dernière acquisition : le domaine du Causse d’Arboras en Terrasses du Larzac.

Un “Autochtone” bluffant de fruit et de netteté

Ici, les vignes trentenaires culminent à 320 mètres d’altitude et offrent déjà des cuvées remarquées (voir notre grande dégustation Languedoc, page 62, le 2014 score à 17, 75 de moyenne). Cet écrin de calcaire, dernière marche de l’escalier conduisant au plateau de Larzac, vient buter contre un massif corallien où la garrigue lutte pour sa survie entre pauvreté du sol et micro-climat cyclothymique, brulant ou glacé, au choix.

Un cadre quasi idéal pour l’Autochtone, pur cinsault et donc nature jusqu’au bout du bout, bluffant de fruit et de netteté : nez très pur de baies de sureau, bien noires, notes de silex, palais très droit, juteux, faisant jubiler les papilles de ses saveurs de framboise et de prune, des tanins de soie, en filigrane, avec une minéralité fine laissant une longue signature au palais. Si ce n’est un pavé dans la marre des anti-bio, car on entend encore dire que c’est pas possible, pas bon, pas net, j’en passe et des plus niaises, c’est un grand pas vers la diffusion et l’adhésion à cette viticulture d’avenir, parcimonieuse de tout sauf de travail. On pourra dans les prochains jours rencontrer l’Autochtone chez les cavistes, où chez nos cousins canadiens qui ont déjà passé commande !

L’Autochtone (2016), IGP Saint-Guilhem-le-Désert, environ 15 euros

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