©D. Faivre
©D. Faivre

L’histoire aime malheureusement se répéter. Le weekend dernier, dans la nuit de samedi à dimanche et de dimanche à lundi, les températures sont tombées en dessous de zéro en Champagne. Cet épisode de gel qui survient à la même période que l’année dernière a fait quelques dégâts, mais pour l’instant très inférieurs à ceux de 2021, même s’il est encore trop tôt pour en faire une estimation exacte.

En France, c’est en Champagne que les températures les plus basses ont été enregistrées ce weekend : jusqu’à -9,3 degrés à Mourmelon-le-Grand dans la Marne (village dépourvu de vignes heureusement) ! Du jamais vu au mois d’avril depuis 1947… Pour autant, compte tenu du faible avancement de la vigne dans cette région plus septentrionale, ce n’est sans doute pas le vignoble champenois qui a connu le plus de dégâts. En réalité, c’est le chardonnay, cépage le plus prompt à débourrer, qui aurait été le plus touché. Cela reste cependant cantonné à certains secteurs. Dans la vallée de la Marne, David Faivre à Belleval-sous-Châtillon, nous explique que ses meuniers qui forment 80 % de l’exploitation sont indemnes, mais qu’il a perdu environ 60 % de ses bourgeons de chardonnays. « Le village forme une cuvette bordée de bois avec un fond de vallée escarpé. Il est donc particulièrement gélif et l’humidité apportée par la forêt rend ces épisodes plus difficiles encore. » Alors qu’aux dernières vendanges, ce vigneron en conversion bio n’a récolté que 200 kilos par hectare suite aux ravages du gel et du mildiou, l’enjeu cette année est capital, car il ne peut plus compter cette fois sur la réserve qualitative pour compenser les pertes. Or ce n’est que le début de la saison et d’autres épisodes pourraient encore venir !

Chez Henriot, pour l’instant, on a le sentiment d’être passé entre les gouttes. « Nous n’avons pas vu de bourgeons noirs grillés, comme on peut en observer habituellement, par contre nous avons des bourgeons un peu mous, donc nous attendons quelques jours pour refaire un comptage. Dans la Côte des Blancs, sur les bas d’Avize et à Chouilly, la température est tombée à – 7, c’est là qu’il a fait le plus froid. Mais ce qui nous a probablement sauvé, c’est la faible hygrométrie (ndlr: degré d’humidité présent dans l’air ambiant). Le lundi matin, il n’y avait pas de charpente blanche ce qui signifie que ce n’était pas trop humide. Nous avons eu très peur parce que la météo avait annoncé de la pluie, puis du gel. Pour l’instant, nous n’avons pas équipé notre vignoble contre le gel, même si nous suivons certaines recherches avec attention, comme par exemple l’utilisation des UV. Elle a été testée par un vigneron dans l’Aube l’année dernière. Normalement, cette technique est d’abord employée contre les maladies cryptogamiques pendant la période végétative, où elle stimule les défenses naturelles de la plante. Mais, on a pu remarquer qu’elle donnait aussi de très bons résultats contre le gel. ». Dans le même secteur, à Chouilly, Antoine Malassagne (A.R. Lenoble) a observé quelques dégâts, mais effectivement limités. Il se rappelle cependant que l’année dernière on a vu des bourgeons non débourrés, donc encore protégés, qui quinze jours plus tard ont fini par tomber. Il faut donc rester très prudents et ne pas crier trop vite victoire.

Au champagne « La Borderie » dans l’Aube, les 5 hectares protégés par aspersion n’ont pas été affectés. Simon Normand, comme beaucoup de vignerons, a cherché à tailler le plus tard possible pour obtenir un débourrement plus tardif, même si cette technique a ses limites. « Notre domaine fait 11 hectares, on ne peut pas tout tailler en avril, cela engagerait trop de personnel. » Ici, c’est le sentiment de déjà vu qui domine : « On a l’impression de revivre un copié/collé de l’année dernière à la même époque, avec quelques jours de grandes douceurs à la fin mars, déclenchant la sortie des bourgeons, puis derrière des températures extrêmement négatives, jusqu’à -6,5 dans la Côte des Bar cette année, et – 7 de mémoire en avril 2021. Cela devient habituel. »

Les dégâts au domaine sont réels, mais heureusement moins graves que ceux connus l’année dernière. En revanche, ils semblent plus importants que ceux observés dans la Marne. A la différence de ce dernier département, ils concernent par exemple également les pinots noirs, souvent plus avancés sur la Côte des Bar. Selon Arnaud Descôtes, directeur des services techniques du Comité Champagne, l’hygrométrie dans l’Aube était plus importante, ce qui constitue aussi un facteur aggravant.

Pour suivre le quotidien du travail d’un vigneron champenois abonnez-vous à la chaîne youtube de David Faivre : https://www.youtube.com/watch?v=ZUmYeJMj0Z0