(photo AFP)
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Dans la nuit de samedi à dimanche, un nouvel épisode de gel est survenu en Champagne, avec un scénario inverse à celui du weekend précédent : cette fois les températures sont descendues moins bas, mais avec davantage d’humidité. Terre de vins vous livre le témoignage de plusieurs vignerons.

Vincent Van Waesberghe, directeur du vignoble du champagne JM. Labruyère à Verzenay

Sur le premier épisode de gelée, on est descendu dans les plus bas de Verzenay à -5 et dans les plus hauts à -3, mais le fait qu’on ait une faible hygrométrie a limité les dégâts. Toutefois, il faut toujours être prudent. J’ai pris, comme le faisait mon grand-père, un sarment dans une de mes parcelles les plus hâtives que j’ai plongé dans l’eau. Il est posé dans son verre au coin de ma fenêtre, et j’observe après plusieurs jours que les bourgeons de sa base qui étaient les plus développés ont quand même été affectés alors que ceux de l’extrémité donnent déjà de belles feuilles.

Sur le deuxième épisode, la problématique, c’est que nous avons pris, selon les secteurs, une trentaine de millimètres d’eau entre jeudi et vendredi, ce qui a ramené de l’humidité au sol. Ensuite, nous avons eu un gel radiatif (la chaleur accumulée sur le sol pendant la journée s’évapore pour laisser place au froid plus dense) et l’humidité a provoqué une gelée blanche. Sur les parcelles du bas de Verzenay où les pinots noirs en sont au stade de la pointe, on recense 18 % de dégâts. C’est ce qui est déjà visible, le bilan dans les jours qui viendront pourrait s’alourdir. L’hiver a été sec avec à peine 200 mm d’eau, aussi les fortes pluies de jeudi et vendredi ont réveillé la végétation, ce qui a accru l’impact du gel. Le dernier point concerne les nouvelles plantations. Comme elles ont moins de bourgeons, elles sont toujours plus précoces, l’année dernière elles avaient déjà subi le gel, et ce nouvel épisode pourrait compromettre définitivement leur survie.

Alice Tétienne, cheffe de vignes du domaine Henriot (Montagne et Côte des Blancs)

Le weekend précédent, sur notre vignoble, le bilan n’a pas été inquiétant, puisqu’après comptage nous estimions la perte à moins de 1%.  Ce weekend, nous sommes descendus moins bas au niveau des températures, mais avec plus d’humidité. Nous avons refait le tour des vignes et les dégâts sont très aléatoires. D’un côté vous aurez une parcelle avec une perte de 30% des bourgeons de l’autre 2%, ailleurs 10… Il y a des bourgeons un peu marrons, ils n’ont pas bougé depuis quelques jours, on ignore s’ils vont prendre ou s’ils sont grillés. Nous avons hâte que cela verdisse pour savoir ce qui va repartir. A Avenay où nous avons 8 hectares, certains secteurs sont très touchés, notamment en bordure de forêt et dans les bas. Sur Aÿ, nous sommes épargnés, parce que les parcelles sont exposées plein sud avec de fortes pentes ce qui a facilité le réessuyage. C’est une vague que nous n’avons pas vu venir. La semaine dernière, dans un premier temps, aucune gelée n’était annoncée, puis ils ont fini par indiquer -1, et ce -1 en fonction des endroits est devenu -2, -3…

Hugo Drappier du champagne Drappier à Urville dans l’Aube

Le plus gros des dégâts pour nous date du weekend précédent parce que nous avions eu beaucoup d’humidité avec de la neige qui avait fondu la veille. Sur les blancs, cela a été catastrophique provoquant une perte de 50 à 70 % des bourgeons, sur les noirs qui n’étaient pas trop sortis, moins de 20 %, le petit meslier qui débourre tôt a été impacté, le meunier en revanche pas du tout. Ce weekend nous avons eu -1, toujours beaucoup d’humidité, mais la vigne n’avait pas beaucoup évolué au cours de la semaine, il y avait eu peu de sorties de nouveaux bourgeons, les pertes ont donc été limitées.

Au vu de ce bilan, est-ce que vous envisagez de renforcer l’encépagement en meunier ?

La question s’était déjà posée dans les années 1950, à la suite de plusieurs gelées consécutives. Mon grand-père avait dans les années 1960 beaucoup planté en meunier dans les bas, les coins les plus gélifs. Nous en avons plus que la moyenne de la région. Mais lors des trois grosses gelées que j’ai vécues en 2016, 2017 et 2021, ce ne sont pas les meuniers qui ont le mieux résisté parce qu’elles étaient tardives, fin avril.