(photo d'archives)
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À l’image d’autres régions viticoles françaises, le Beaujolais a connu quelques épisodes de gel au mois d’avril. S’il est toujours difficile d’estimer les dégâts sur le moment, Daniel Bulliat, nouveau président de l’interprofession du Beaujolais, dresse un état des lieux deux mois après.

Quel bilan peut-on dresser des épisodes de gel de ce printemps 2021 ?
« C’est toujours difficile de chiffrer et d’estimer précisément les conséquences des épisodes de gel, surtout du gel printanier.
Les chardonnays ont été les plus touchés, à hauteur de 50% environ. Le gamay s’en sort mieux, on devrait comptabiliser 20% de perte.
Pour le reste tout dépendra des grappes restantes : 20% de pertes c’est compensable si tous les autres bourgeons mûrissent bien.
On constate aussi que les pieds près du sol ont plus gelés que les autres, que les vignes en cordons ont beaucoup moins gelés. Il y a beaucoup de paramètres.
Donc même si on s’en est sorti plutôt correctement, la perte globale serait entre 20 et 30%, ce qui signifie une récolte potentiellement insuffisante pour abonder pleinement les marchés.
Cela dit, ce printemps froid et pluvieux nous fait espérer que ‘on échappera à la sécheresse sur ce millésime, et que nous pourrons vendanger plus tard que l’année dernière, en septembre et pas en août… »

Comment avez-vous géré cet aléa climatique sur votre domaine ?
« Je dirais qu’environ 20 à 30% des bourgeons ont été touchés. En revanche, je taille comme le faisaient les anciens, c’est-à-dire tardivement. Je ne taille jamais avant la Saint-Vincent (le 3è jeudi de janvier, ndlr), et dans ces cas-là c’est un avantage face au gel. Les épisodes de gelée noire qui ont eu lieu le mardi et le mercredi de la semaine 14 (on s’en souvient précisément !), ont été ravageuses mais moins sur les vignes moins avancées. 
Et puis tout dépend des zones, de la vigne, de son implantation et de sa culture : par exemple en Côte de Brouilly, j’ai eu 50% de perte sur les ceps bas et 0% sur celles charmet et cordon, alors que les vignes sont côte à côte…»

Ces épisodes sont-ils récurrents, et quelles pratiques peuvent être modifiées pour éviter de trop grands dégâts ?
« Ces problèmes de gel risquent de devenir récurrents. Le réchauffement climatique entraîne des débourrements précoces, rendant la vigne plus exposée aux épisodes de gel printanier. Nous avons quasiment tous les ans maintenant une période chaude en mars, et on se retrouve à trembler pendant un mois, espérant que le gel ne nous tombera pas dessus.
Je pense donc que les tailles tardives, surtout dans les zones gélives en plaine, dans les vallées et sur les hauteurs peuvent aider, en commençant par les zones de mi-hauteur. »

Le Beaujolais n’a pas non plus été épargné par la grêle et la sécheresse ces dernières années, quel avenir et quel impact ont les aléas climatiques sur le vignoble ?
« Maintenant nous connaissons tous les aléas climatiques, et à des occurrences plus rapprochées qu’avant. Les épisodes de sécheresse ont augmenté, en durée comme en intensité. Or les vendanges qui démarrent le 20 août, c’est un peu le même problème que le débourrement qui commence le 20 mars !
Quant à la grêle… on a observé que les couloirs sont cycliques : elle emprunte le même pendant deux ou trois ans, puis ça change. Même si elle peut faire des ravages localement, elle est globalement moins destructrice que le gel ou la sécheresse.
Par exemple, en 2020, la sécheresse nous a fait perdre 150K hectolitres, quand la grêle de 2019 nous a fait perdre entre 50 et 80K hL.
Ce qui est nouveau pour nous, c’est la gestion des stocks sur quatre ou cinq ans, en fonction de ces aléas qui nous font perdre plus de récolte qu’il y a 40 ans lorsque j’ai commencé et que le réchauffement climatique n’avait pas autant d’impacts.
On est sur des années plus sèches, avec des rendements plus irréguliers : il suffit que je compare mes déclarations de récolte ces 10 dernières années à celles des années 80 et 90. Difficile d’être climato sceptique quand on est vigneron… ! »