(photo Jean-Michel Brouard)
(photo Jean-Michel Brouard)

Cette appellation phare du Rhône méridional connait un nouveau souffle avec l’arrivée de nombreux jeunes qui comptent bien porter encore plus haut la qualité de ce cru merveilleux.

Pas facile d’exister dans une région où certaines appellations ont une renommée mondiale. Châteauneuf-du-Pape n’est qu’à quelques kilomètres de là… Vacqueyras a opté pour de grandes lettres blanches à la mode hollywoodienne en haut d’une colline. Pourquoi pas. Gigondas se fait pour sa part plus discrète. Trop discrète peut-être au point que Louis Barruol, propriétaire du château de Saint Cosme et président de l’appellation, reconnaît que « l’image des vins de Gigondas n’est pas clairement définie auprès du public ». Si l’on a pu associer dans le passé le cru à des vins rustiques, force est de constater que le virage qualitatif engagé depuis longtemps a connu récemment une véritable accélération. « L’appellation est portée par le dynamisme incroyable instillé par une jeune génération de vignerons âgés entre 25 et 40 ans. Leur volonté est de favoriser toujours davantage de finesse dans les vins, d’exprimer toute leur minéralité ». Les nombreux échanges et rencontres entre eux et les vignerons plus anciens favorisent évidemment la traduction concrète de cette énergie dans leur travail.

Densité et finesse

Les imposantes Dentelles de Montmirail au pied desquelles s’étendent les vignes de Gigondas sont le témoin des forces géologiques gigantesques qui ont façonné le terroir. Une multitude de sols mais un point commun : le calcaire. Parfois si difficile à travailler mais pouvant donner naissance à de très grands vins. Quand en plus les vignes profitent d’une certaine fraîcheur liée à l’altitude du piémont… la magie ne demande qu’à opérer. Et elle opère avec le grenache, cépage roi des lieux qui s’épanouit ici avec une grâce déroutante.

Prenez le petit chemin qui monte sur les hauteurs, en direction de Sablet. Faites donc une halte au domaine Grand Romane pour y découvrir un Gigondas 2014 (14, 50 €) impressionnant de densité, au fruité intense mais au toucher de bouche tout en délicatesse. A quelques battements d’aile, les vignes du Pas de l’Aigle offrent une matière tout aussi maîtrisée mais plus imposante, comme sur ce 2012 aux notes chocolatées, ainsi qu’un potentiel de garde impressionnant.

Continuez votre route pour aller rencontrer Julien Bréchet au domaine des Bosquets. Un fonceur de 36 ans, ancien pilote de rallye, qui n’hésite pas à bousculer les habitudes. Ses recherches perpétuelles sur le parcellaire l’ont conduit à proposer des cuvées particulièrement racées aux côtés du Gigondas à l’assemblage traditionnel. Ce dernier est un générateur d’émotion quand il se fait floral comme en 2014. Et que dire des deux cuvées parcellaires si ce n’est que ce sont de grands vins. Une mention spéciale pour l’extrême finesse du « Lieu dit » 2014 né sur le sable dans une parcelle fraîche. Et les blancs dans tout ça ? Certains domaines, comme à Saint Cosme, en font depuis plus de 100 ans. « Nous allons prochainement déposer un dossier auprès de l’INAO pour que les blancs puissent bénéficier de l’appellation. Louis Barruol assure que « le parcours sera long » mais qu’il s’écrira avec de la clairette qui fait merveille sur le calcaire. Faites attention, vous risquez fort de succomber à la « vinaltude » de Gigondas.