Présentes parmi la vingtaine de domaines de l’appellation Pomerol en dégustation avec « Terre de Vins » ce jeudi 8 février à Paris, ces trois propriétés sont familiales de longue date. A leur tête, une nouvelle génération préside à leur destinée. Portraits.

Entre héritage familial et renouveau, ils écrivent une nouvelle page de Pomerol, amenant leur patte aux propriétés qu’ils dirigent. Jean-Claude Desmarty (clos Saint-André), Nathalie Despagne (château La Rose Figeac), Frédérique Vayron (château Bourgneuf), tous trois seront présents à l’hôtel InterContinental Paris – Le Grand ce jeudi 8 février (18h-21h) avec l’envie de faire découvrir leur histoire et leurs vins aux amateurs parisiens. Trois pomerols, trois destins, trois styles à déguster.

Clos Saint-André
Jean-Claude Desmarty

Avec moins d’un hectare de vignes, le clos Saint-André est l’une des plus petites propriétés de Pomerol. Alice Desmarty, l’arrière grand-mère de Jean-Claude Desmarty, a créé le vignoble en 1923 en plantant, parmi d’autres cultures, quelques ares de vignes autour de sa maison. De décennie en décennie, le vignoble reste dans la famille, mais est confié en fermage. Jusqu’à ce que Jean-Claude Desmarty, alors en activité dans le secteur commercial, décide de mettre les deux mains et les deux pieds dans la vigne. Déjà passionné de vin, lui qui « adorait aller sur les propriétés et poser plein de questions, toucher les barriques, traîner dans les vignes et essayer de comprendre ce qu’il s’y passait » décide de retourner durant deux ans sur les bancs de l’école pour se former. Il devient en 2004 le fermier de son père et apprivoise peu à peu ce terrain de jeu, planté majoritairement de merlot agrémenté de cabernets sauvignon et franc. « Je suis arrivé avec une adoration de Pomerol. Mais lorsque vous avez un enfant, la première fois qu’il vous regarde, il y a un temps d’adaptation et de découverte. Je ne voulais pas tout révolutionner, je voulais d’abord observer, comprendre, et trouver des équilibres, pour accompagner ces vignes afin produire un beau raisin. » Au fil des années, Jean-Claude Desmarty affine son approche. « Je me suis beaucoup intéressé à la gestion du feuillage et j’ai modifié peu à peu ma façon de travailler. En 2011, j’ai commencé à travailler mes sols avec des chevaux… Quand je vois le comportement de la vigne depuis, je me dis que c’était sûrement l’une des clés. Je n’utilise pas d’engrais, les analyses montrent que le sol a tout ce qu’il faut pour que la plante se développe bien. »
En dégustation ce jeudi 8 février à Paris, clos Saint-André 2015, « une grande année où tout le monde a fait de très beaux vins. C’est le genre de millésime qui permet de voir ce qu’est l’excellence de Pomerol, et qui fait plaisir à ceux qui le font et à ceux qui le goûtent. » Impatient de venir à la rencontre du public, le vigneron « aime que les gens goûtent son vin avant de leur en parler, pour les laisser se faire leur avis. » Il accepte néanmoins de donner quelques alléchantes indications à quelques jours de la dégustation. « Mon 2015 est un vin riche, avec beaucoup de fruit, des tanins mûrs et tendres, et de l’élégance malgré la richesse de la matière. On peut déjà commencer à se faire plaisir avec ce 2015 et on se fera encore plus plaisir si on a la patience de l’attendre, car il a un très beau potentiel de garde. » Les amateurs pourront également découvrir un autre millésime de la propriété, probablement le millésime 2014.
(Prix public : 60-70€)

Château La Rose Figeac
Nathalie Despagne

« Un peu barrée, créative, artistique, et pas trop conventionnelle », elle rêvait d’être styliste, nez ou herboriste… Devenue viticultrice, elle est finalement un peu tout ça à la fois ! Nathalie Despagne a l’enthousiasme communicatif et l’envie d’embarquer les amateurs dans son monde. Née dans une famille de viticulteurs bordelais, cadette d’une fratrie de trois enfants, elle officie en tant que secrétaire des propriétés familiales durant vingt ans. Mais tout change en 2010, lorsque ses parents décident de donner une propriété à chacun de leurs enfants. Son frère François hérite de château Grand Corbin-Despagne (Saint-Emilion), son frère Nicolas de château Maison Blanche (Montagne Saint-Emilion) et elle de la propriété pomerolaise. Novice en matière de viticulture, elle tremble, hésite… Et se lance finalement seule. A son arrivée « la propriété était en sommeil, un bijou dans un écrin qu’il a fallu ouvrir et nettoyer soigneusement à la brosse à dents pour faire briller les diamants » se souvient-elle. Animée de l’envie de « comprendre sur le terrain », elle met sa « sensibilité, son intuition, et son sens de l’observation » en action pour apprendre la vigne et le vin par la pratique, épaulée par un conseiller de la Chambre d’Agriculture. Elle restructure le vignoble, aujourd’hui d’une surface de 4,5 ha plantés à 90% merlot et 10% cabernet franc, et poursuit la démarche biologique engagée dès 2006, avec l’obtention de la certification en 2009 (avec un passage à la biodynamie en cours). Elle aménage le chai construit en 2007 pour pouvoir vinifier et stocker sa production. Nés sur des sols sablonneux-graveleux, ses vins sont créés « dans le respect de ce que la nature me donne, du sol, du sous-sol, de l’encépagement et de qui je suis, explique-t-elle. Je fais 1m55, je ne vais pas faire un vin bodybuildé d’1m95 avec des gros muscles ! Je crée des vins légers car le sable est drainant, et le merlot soyeux. »
En dégustation ce 8 février à Paris, La Rose Figeac 2014 et 2015, « deux millésimes qui se suivent mais ne se ressemblent pas. 2014 est bon à déguster maintenant, 2015 en a encore sous la pédale ! Les traits caractéristiques de La Rose Figeac sont la fraîcheur, les tanins légers, bien fondus… Un verre en appelle un autre, ce sont des vins digestes, à boire à table. » Nathalie Despagne tient à décomplexer d’emblée les futurs amateurs : « ce qui m’importe ce n’est pas que les gens aient les connaissances et le vocabulaire, mais que quand ils goûtent mon vin, ils me disent ce qu’ils ressentent, s’ils aiment ou pas, ce à quoi ça les fait penser. »
(Prix public 38-42€)


Château Bourgneuf
Frédérique Vayron

L’histoire de Frédérique Vayron, 8e génération à la tête du château Bourgneuf, propriété familiale depuis 1840, est l’une de ces belles reconversions dont le monde du vin regorge. Pas vraiment engagée sur le chemin familial, celle qui avait suivi des études de philosophie ressent l’appel du vignoble en 2006. Pour embrasser « le très beau métier de vigneronne », elle étudie durant deux ans la viticulture et l’oenologie. Puis rejoint ses parents sur la propriété début 2008. Depuis, elle a amené sa touche à ce vignoble de 9ha planté à 90 % de merlot et 10 % de cabernet franc. Elle rajeunit le vignoble dès 2011 par des arrachages-replantations, en veillant à une meilleure adéquation du cépage avec chaque parcelle. Elle se focalise également sur la taille et sur les questions environnementales, « avec une gestion tendant de plus en plus vers le bio », pour obtenir la meilleure matière première possible. La réception vendange et la sélection des baies se font aussi de plus en plus précises, notamment avec la création en 2012 du second vin. Derrière toute cette démarche, Frédérique Vayron est guidée par un fil rouge : « respecter l’identité de ce très beau terroir. Je veux le laisser s’exprimer. Je privilégie une maturité optimale, en veillant à ne pas aller à la surmaturité. Lors de la vinification, je procède à des extractions douces, pour toujours obtenir une trame sur la finesse et l’élégance. »
En dégustation ce 8 février à Paris, château Bourgneuf 2014 et château Bourgneuf 2015, « deux millésimes très différents. 2015 est très solaire, avec un fruit éclatant, il a de l’ampleur et est démonstratif. Il s’offre de manière immédiate (42€). 2014, lui, est dans un style plus classique de Pomerol. Il commence à s’ouvrir mais est plus dans la discrétion (38€). » Frédérique Vayon est toujours ravie d’établir le contact direct avec les amateurs, de « les voir heureux de rencontrer les vignerons pomerolais et de déguster les vins ».