Château Clos de Vougeot - photo DR
Château Clos de Vougeot - photo DR

À l’occasion des Grands Jours de Bourgogne, du 21 au 25 mars 2022, retrouvez chaque jour notre chronique sur l’un des vignobles de la région. Hier, Chablis, aujourd’hui, la Côte de Nuits. Le vignoble le plus célèbre de Bourgogne, et peut-être du monde, n’en finit pas d’impressionner par son succès. Mais la viticulture locale n’oublie pas ses fondamentaux, en premier lieu un tissu d’exploitations familiales et un matériel végétal de grande qualité.

C’est l’un des miracles du vignoble français. Comment un chapelet de petits villages, aussi discrets que laborieux, peuvent-ils à ce point attirer l’attention, de San Francisco à Hong-Kong ? Gevrey, Morey, Chambolle, Vosne et Vougeot en font rêver plus d’un dans le mondovino, particulièrement ces dix dernières années. Parmi les 50 vins les plus chers du monde, 23 en sont issus, d’après le dernier classement de Wine Searcher, qui fait référence en la matière.

Une attention mondiale pour quelques centaines d’hectares de pinot noir : cette reconnaissance rend fier le vignoble, autant qu’il l’inquiète. Avec le succès est venue la spéculation. Sur les bouteilles, puis – plus ennuyeux – sur les terres. Le foncier flambe, les droits de succession avec, et les petits domaines se voient souvent contraint de s’amputer, au profit de grands groupes. Le modèle de viticulture familial qui a fait la Côte de Nuits – et la Bourgogne en général – est en péril.

Le pinot noir, trésor à choyer

Ce dont on parle moins, c’est cette partie de la Côte de Nuits qui échappe au phénomène. Les amateurs connaissent-ils si bien les délicats crus de Marsannay, le caractère de Fixin, les Hautes-Côtes friands, les grands crus oubliés de Nuits-Saint-Georges ? Ce pan du secteur évolue – pour l’instant – dans une relative discrétion. Les vignerons de talent et les climats d’exception y sont pourtant aussi nombreux que dans le secteur des grands crus. À des prix bien plus amicaux…

Hormis la célébrité, ces deux Côtes de Nuits ont tout en commun. En particulier le pinot noir, cépage roi sur ces terres argilo-calcaires. C’est ici qu’on en trouve les plus beaux exemplaires, des « pinots fins », souvent issus d’une sélection rigoureuse opérée au sein-même des domaines : les fameuses « massales ». De quoi garantir l’expression aromatique la plus élégante, au-delà des effets terroir, millésime et vigneron.

L’enjeu aujourd’hui : conserver cette diversité et cette qualité de matériel végétal, à l’heure où le vignoble est soumis à différentes causes de dépérissement. Les vignerons s’y emploient, mettant en commun leurs connaissances et sauvegardant les plus beaux spécimens dans des conservatoires. Voilà un travail d’orfèvre, qui implique patience et rigueur. Les rouges de la Côte de Nuits lui doivent beaucoup. Car le vin en général et le pinot noir en particulier aiment le temps long, bien plus que la spéculation effrénée et l’agitation des salles d’enchères.

Le salon professionnel des « grands jours de Bourgogne » dédie le mardi 22 mars à la Côte de Nuits.
Informations sur grands-jours-bourgogne.fr.